La fissure de Jean-Paul Didierlaurent

La fissure de Jean-Paul Didierlaurent

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Monocle, le 12 septembre 2019 (tournai, Inscrit le 19 février 2010, 61 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 4 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (2 857ème position).
Visites : 1 785 

A chaque recto son verso, copain !

A chaque recto son verso, copain !

Xavier Barthoux est représentant en nains de jardin. (ça ne s'invente pas !).
Il sillonne l'hexagone dans sa voiture de société privée d'air conditionné (c'est la crise). Dans son coffre et dans l'habitacle, des échantillons de Blanche Neige et de nains divers.
La vie de notre héros est rythmée par ses tournées professionnelles et le week-end sa résidence secondaire dans les Cévennes, sa femme (un peu régente style Elena Ceausescu) et le chihuahua qui se met toujours où il ne faut pas.
Tout le monde sait que les nains étaient 7. Avant son rachat par un holding américain, la société qui emploie Xavier avait bien essayé de commercialiser un nain N°8 en terre cuite mais les ventes ne suivirent pas. Il reste bien un exemplaire dans un présentoir de l'entreprise et un autre enfoui dans la végétation de la maison des Cévennes où la famille Barthoux passe son repos dominical.
Et voilà qu'un jour, Xavier se rend compte que derrière le lierre qui recouvre un mur de la maison, se cache une fissure. Curieusement le jour de la découverte de la faille, le nain N°8 se mit à parler. Seul Xavier l'entend et une étrange amitié se lie entre ces deux êtres si différents.


Un petit passage pour vous mettre l'eau à la bouche.

"Tandis qu'il réajustait les bretelles du sac à dos (où se trouvait le huitième nain qui parle), il lui sembla que Numéro 8 pesait beaucoup plus lourd que les quatre kilos de terre cuite qui le composaient.
- Le poids du deuil sur tes épaules, copain
- De quel deuil veux tu parler ?
- De celui de ton boulot, de ta voiture de fonction, de ton salaire, de ton train de vie, de ta position sociale. Te voilà engagé sur l'autoroute de l'enfer et va falloir passer au péage.
La raison me dictait de retourner présenter mes excuses mais le gnome étouffa dans l’œuf toute idée de reddition
- On ne fait pas demi-tour sur une autoroute, copain ! "
(sic)

Après "Le liseur du 6h27" on pouvait s'attendre à un bis repetita mais que nenni, L'auteur se fortifie dans ce superbe roman déjanté desservi par une plume délicieuse. Oui c'est un 5 étoiles, ou un coup de cœur, ou une perle si vous préférez.
Ruez-vous donc chez votre bouquiniste et prenez le temps de déguster !

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des nains, comme s'il en pleuvait…

10 étoiles

Critique de Jfp (La Selle en Hermoy (Loiret), Inscrit le 21 juin 2009, 73 ans) - 7 novembre 2021

Xavier Barthoux est représentant en nains de jardins et autres babioles disneylandisées, qu’il continue inlassablement de proposer à des clients de moins en moins intéressés et au prix de substantiels rabais. Sa vie se partage entre travail et vie de famille, l’achat d’une résidence secondaire devenant le piment d’une tranquillité vite devenue envahissante. Celle-ci va brusquement se lézarder, et le roman déraper vers le fantastique, lorsqu’apparaît dans le mur de façade de la maison de campagne tant choyée une fissure. La fissure va s’agrandir et finira par envoyer notre commis-voyageur aux antipodes, en compagnie de son nain de jardin favori avec lequel il s’entretient régulièrement pour se donner du courage. Dans ce roman, déjanté à souhait, Jean-Paul Didierlaurent a mis tout son talent, révélé par "Le liseur du 6h27", pour nous divertir tout en nous donnant une belle leçon d’humanité. À déguster sans modération, de sept à soixante-dix-sept ans (salut Hergé !) et bien au-delà bien entendu…

Le nain n° 8 ou Tiki one ?

8 étoiles

Critique de Marvic (Normandie, Inscrite le 23 novembre 2008, 63 ans) - 1 octobre 2021

Xavier Barthoux vit un moment de bonheur parfait sur la terrasse de sa résidence secondaire, un bon petit déjeuner au soleil en compagnie de son épouse Angèle et de sa chienne Bella.
Jusqu’à ce que son regard capte une fissure sur le mur.
Découverte qui déclenchera une longue série de changements…
Et que le nain de jardin "grand modèle" devienne l’ami de Xavier n’est pas le plus surprenant.
C’est avec lui qu’il aura d’instructives discussions et c’est encore lui qui l’aidera à prendre les bonnes (ou moins bonnes décisions), avec une certaine sagesse :
" Les hommes ont tous une fissure quelque part qui les attend, une fissure bien à eux, aussi unique et personnelle que leur ADN."
" et si la plupart des gens passent leur vie sans jamais tomber dessus, il arrive que de petits veinards comme toi se retrouvent un beau matin nez à nez avec leur faille et se mettent à gamberger, à remettre tout en cause, à se poser enfin les bonnes questions, auxquelles il leur faut soudain trouver de réponses... "

Un récit où l’on s’amuse beaucoup mais qui donne aussi matière à réfléchir sur le sens de la vie..
La deuxième partie après avoir déconstruit tout ce qui faisait sa vie, nous emmène bien loin pour une reconstruction émouvante et une révélation surprenante.

J’ai souvent pensé à Fabrice Caro et son univers particulier, drôle et cynique à la fois, alliant le burlesque et le dramatique.
Pas aussi convaincue que par le Liseur du 6h27, (Il faut dire qu’on y parle plus de nains de jardin que de livres), j’ai cependant passé un bon moment de lecture !

Et désolée (ou pas!) d’avoir relevé les mêmes passages que ceux d’Alma

« Les hommes ont tous une fissure quelque part qui les attend, »

8 étoiles

Critique de Alma (, Inscrite le 22 novembre 2006, - ans) - 8 juillet 2021

Tout a commencé comme ça : par une fissure dans un mur. Une fissure qu'on n'avait pas remarquée , mais qui était là, depuis un certain temps .
Et à partir de ce moment, tout a pris une autre tournure dans la vie de Xavier Barthoux, représentant pour une société chargée de fabriquer des nains de jardin: contre- performances professionnelles …....dont il se contrefout ! Licenciement …..qui l'enchante ! En parallèle, sa vie familiale se lézarde et débouche, sans regret pour lui, sur une séparation .
Accompagné partout par un nain de jardin en ciment nommé Numéro 8, sanglé sur lui dans un porte bébé , et qui tel un double malicieux, l'encourage à trancher le cordon qui le relie à la vie bien ordonnancée d'avant, il se libéré de toute obligation . Le pied!!!

Cette première partie du roman, ou plutôt du conte m'a paru savoureuse, avec ses dialogues cocasses, ses situations loufoques .Tel Alexandre le bienheureux interprété par Philippe Noiret dans un film de 1968 (que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître ….) , Xavier se la coule douce et lance un pied de nez à la société.

Et puis, voilà que Xavier décide de partir renaître de l'autre côté de la planète, à l'antipode exact du petit patelin des Cévennes où il a élu domicile. Il s'y crée une autre vie, un autre personnage. Numéro 8 lui aussi se transforme, il n'est plus le copain sympa, il a perdu son d'humour et ne cesse de râler.
Cette seconde partie m'a paru longue. Les constantes jérémiades de Numéro 8 :« le gnome » comme l'appelle désormais Xavier alourdissent le conte et en affaiblissent l'impertinence.

Il me reste toutefois le souvenir global d'un très agréable moment de lecture.
J'ai apprécié le regard décapant que l'auteur porte sur le conformisme des existences bien rangées et le portrait de ce personnage sympathique qui ose mettre en oeuvre ce dont certains rêvent tout bas : lâcher prise !
Sous la forme d'un conte bien tourné, à l'écriture concise et aux formules qui font mouche, Jean-Paul Didierlaurent offre un regard lucide sur l'être humain :
«  Les hommes ont tous une fissure quelque part qui les attend, une fissure bien à eux, aussi unique et personnelle que leur ADN. Et si la plupart des gens passent leur vie sans jamais tomber dessus, il arrive que de petits veinards comme toi se retrouvent un beau matin nez à nez avec leur faille et se mettent à gamberger, à remettre tout en cause, à se poser enfin les bonnes questions auxquelles il leur faut soudain trouver des réponses, et peu importe que ces réponses se cachent à l'autre bout de la planète, dans une bicoque posée sur une île battue par les vents au milieu d'un océan démonté. »

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