Grand frère de Mahir Guven

Grand frère de Mahir Guven

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Ddh, le 2 juin 2018 (Mouscron, Inscrit le 16 octobre 2005, 79 ans)
La note : 6 étoiles
Moyenne des notes : 7 étoiles (basée sur 5 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (22 841ème position).
Visites : 2 380 

Djihad, Islam, drogue, humanitaire

Grand frère et petit frère forment la trame de ce roman hors du commun.
Grand frère et petit frère vivent leur vie mais de façon particulière : grand frère se drogue, deale, se fait prendre, essaie de se reprendre et devient taxi-man VTC (Uber) tandis que petit frère aspire à un idéal, l'islam, infirmier de profession, il s'engage dans l'humanitaire mais islamique : la frontière avec le djihadisme est ténue ! L'éducation reçue est dure auprès d'un père taxi-man parisien mais qui rêve du pays perdu, Palmyre !
Très particulier, le style de ce roman : un glossaire de 8 pages le clôt avec des termes en verlan, argotiques, arabes, turcs, ... Ça ralentit le lecteur ! L'intrigue ne manque pas d'intérêt mais tout baigne dans l’extrême.

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Un roman original et bluffant

8 étoiles

Critique de Psychééé (, Inscrite le 16 avril 2012, 33 ans) - 8 octobre 2021

Avez-vous déjà observé la société à travers les yeux d’un chauffeur Uber ? C’est ce que propose Mahir Guven dans cette histoire qui a obtenu le prix Goncourt du premier roman. Il nous happe dès la première page avec sa langue truffée d’argot et son style direct. Chaque chapitre nous plonge dans la tête de deux frères syriens : Grand frère, c’est celui qui est chauffeur de VTC à Paris. Au quotidien, il observe le monde depuis sa carlingue et se dit que finalement, après son passé douteux et la fumette de temps en temps, il est maintenant plutôt rangé avec ce métier. Il a réussi tant bien que mal à échapper à sa condition. Petit frère, c’est un infirmier qui a toujours eu le nez dans les bouquins et est parti en Syrie dans une organisation humanitaire musulmane. Il n’a plus donné signe de vie depuis trois ans. Et ça, ça occupe pas mal l’esprit de Grand Frère.

Forcément, quand le Petit frappe à la porte du Grand après toutes ces années de silence, ça remue pas mal le passé et aussi les interrogations. Pourquoi est-il parti ? Pourquoi est-il revenu ? Que s’est-il passé pendant  ces années ? Ce n’est pas si simple à raconter. Et finalement peu importe, juste après les attentats de 2015 à Paris, quiconque part en Syrie ne peut espérer revenir en France et vivre normalement, comme si de rien n’était. Alors ils vont imaginer s’enfuir tous les deux, pour une autre vie. La famille, c’est sacré. Même si on ne sait pas exactement ce que l’autre a fait ou va faire, on a envie de croire en un futur meilleur...

Le fait d’être dans les pensées d’un frère ou de l’autre maintient le suspense et nous les rend sympathiques l'un comme l'autre. C’est un vrai roman à la fois social, psychologique et qui se prend des allures de thriller. La fin m’a complètement bluffée !

C'est l'histoire de deux frères

6 étoiles

Critique de Faby de Caparica (, Inscrite le 30 décembre 2017, 59 ans) - 19 avril 2020

" Grand frère " de Mahir Guven ( 269 p)
Ed. Philippe Rey

Bonjour les fous de lectures

Lecture réalisée pour le défi " je lis tous les Goncourt" .
Ce livre a reçu le Goncourt du premier roman 2018

C'est l'histoire de deux frères issus d'une famille franco-syrienne et qui vivent en banlieue parisienne.
L'ainé est chauffeur Uber, ancienne petite frappe qui essaye de se ranger mais qui subit de plein fouet la crise avec les taximen.
Le cadet est un jeune infirmier qui rêve de se rendre utile et s'engage dans une ONG, direction la Syrie. C'est la découverte de l'horreur.
Il disparait sans laisser de traces.
Après trois ans d'absence, le petit frère est de retour.
Mais qu'est-il devenu ? Que reste-t-il de ses rêves, de ses illusions?
Quoi qu'il arrive , un grand frère reste un grand frère...

Récit à deux voix où les chapitres s'enchainent donnant alternativement la parole à chacun des frères.
Sans tomber dans le misérabilisme social, l'auteur nous brosse un tableau de la vie dans les quartiers de banlieue où l'intégration reste illusoire d'une part et d'autre part, il évoque l'implantation du djihadisme sur le sol français de plus en plus tentaculaire ainsi que la vie de ces français partis "là-bas" quelles que soient leurs raisons.

Narration au langage bien particulier de ces jeunes banlieusards.
Mélange de Verlan, d'anglo-arabe, d'expression rencontrées dans les cités.
Une fois la surprise des premières pages passée, on assimile très vite ce langage "fleuri".
(un glossaire explicatif de certains mots se trouve en fin de livre pour les non initiés).

Une belle histoire sur la fratrie: deux frères que tout oppose mais qui restent soudés comme les doigts de la main.
Mais également un portrait de la vie dans ces cités ou règnent l'ennui et le désabusement entrainant le dépassement de la ligne blanche à un moment ou un autre.

Lecture agréable, plume surprenante mais contrairement à beaucoup, je n'ai pas été totalement engloutie par ce récit.
Je suis restée une spectatrice à distance.

Néanmoins, ce livre est atypique ne serait-ce que par son écriture.

Grand frère et Petit frère

8 étoiles

Critique de Pucksimberg (Toulon, Inscrit le 14 août 2011, 41 ans) - 31 août 2019

Ce roman possède deux narrateurs, Grand frère et Petit frère, selon les chapitres. Tous deux proviennent d'un milieu populaire et issu de l'immigration. Grand frère est chauffeur de taxi Uber au grand dam de son père chauffeur de taxi qui voit dans la branche professionnelle de son fils un adversaire. Petit frère est infirmier, mais est parti en Syrie. Deux destins étroitement liés tellement ancrés dans notre histoire contemporaine.

Ce roman possède un style singulier. Grand frère parle avec le jargon des cités et son style possède un souffle remarquable. Tous les mots sonnent juste. Les phrases ont une force incroyable et détruisent tout sur leur passage. Les premières pages sont particulièrement réussies. Ce langage est imagé et novateur. Des romans utilisant ce langage existent bien sûr, mais celui-ci me semble particulièrement réussi. Et c'est surtout ce style qui a emporté mon adhésion. Un lexique en fin d'ouvrage aide le lecteur peu familier avec ce vocabulaire.

Grand frère est très juste dans ses jugements et d'une sincérité si rare de nos jours. Il ne se place pas d'un côté ou de l'autre. Il ne fait pas preuve de manichéisme et retranscrit son point de vue avec humour parfois, mais surtout avec vérité. Il peut être critique avec le monde occidental, mais il l'est aussi avec son frère et son intégrisme. Il n'épargne pas non plus son père. Pourtant certains gestes de ce dernier pourrait déranger le lecteur surtout celui exercé contre sa propre mère. L'intégrisme et le monde des cités ont déjà été abordés en littérature des centaines de fois, mais ici il y a une certaine justesse qui sort un peu des clichés et un ton très juste dans ce roman.

Ce roman est réussi. Les passages où le Grand frère parle m'ont davantage intéressé que ceux où le Petit frère se confie. Il est intéressant d'entrer dans l'intimité de cette famille et de prendre conscience que les choses ne sont pas toujours aussi simples. Le lecteur parvient à se familiariser avec ces personnages au travers de ce roman. Le roman donne à voir ce qui relève de l'intime et du public. Ce dernier point est souvent montré à la télévision, ce qui n'est pas le cas de la sphère intime. On ressort de ce texte avec un avis plus juste sur ce milieu.

un roman à découvrir

8 étoiles

Critique de CHALOT (, Inscrit le 5 novembre 2009, 73 ans) - 6 février 2019

« Grand frère »
roman de Mahir Guven
éditions Philippe Rey
271 pages
octobre 2017


Ni rire, qui en a envie ?, ni pleurer mais comprendre

Si ma fille Aline ne m'avait pas laissé ce livre sur une étagère je ne l'aurais pas eu entre mes mains .

Cela aurait été dommage !

Ce livre écrit à un rythme accéléré, avec les mots expliqués de la cité et bien construit est passionnant et instructif.

C'est le « dialogue » entre deux frères « d'origine « syrienne, l'un est chauffeur VTC et l'autre, idéaliste ou un peu perdu qui passe de l'hôpital où il est infirmier, « au terrain », là bas en Syrie....

Grand frère fait tout ce qu'il peut pour s'en sortir financièrement car si au début la conduite VTC marche bien, il finit comme ses collègues à travailler beaucoup pour gagner moins....

Il vit avec son temps et a une relation plutôt distante avec la religion : croyant mais peu pratiquant.

Petit frère lui ne se déplaçait qu'à vélo. Voici ce qu'en pense son grand frère « D'après lui, le moteur était haram. Mon daron ( père), ça lui cassait la tête mais il ne bronchait pas. J'étais déjà assez grand pour comprendre qu'il flippait que mon frère parte en vrille »

Leur père est chauffeur de taxi, il combat les VTC et pour cause : il a payé sa plaque, lui.... quant à la religion, ce n'est pas son truc

Petit frère n'est pas un terroriste, il veut faire dans l'humanitaire et partir « au pays » pour soigner, voire opérer les blessés et servir.

Mais l'engrenage est fort, c'est une prison mentale qui enferme l'individu qui ne peut plus se libérer.

C'est la mort ou la mort, à moins que la fuite permette de construire autre chose un jour mais à l'impossible nul n'est tenu, et ceci malheureusement.

Entre le monde ubérisé et le libéralisme ambiant et la fuite vers le djihad en Syrie, il y a un espace à trouver, c'est ce que recherche le grand frère .

C'est une quête difficile mais nécessaire et indispensable .

Le grand essaye de convaincre le petit de l'accompagner.... Est-ce possible ou est-ce trop tard ?

Peut-on sortir de « la terre des fous et des cinglés . Là où pour une cigarette grillée, on te sabre la tête » ?

On sent que ce roman est une histoire vécue et racontée par l'un des acteurs, celui qui est resté et qui souffre doublement : une fois parce que son frère est parti en enfer et une autre fois parce que « le départ du petit frère, ça a démoli le daron. »


A lire absolument

Jean-François Chalot

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