La péninsule aux 24 saisons de Mayumi Inaba

La péninsule aux 24 saisons de Mayumi Inaba
(Hantô e)

Catégorie(s) : Littérature => Asiatique

Critiqué par Débézed, le 1 mars 2018 (Besançon, Inscrit le 10 février 2008, 75 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (12 455ème position).
Visites : 4 433 

Au rythme de la nature

A l’automne de sa vie, une Tokyoïte divorcée décide de quitter provisoirement la ville quand sa meilleure amie se suicide, elle se rend dans la presqu’ile de Shima, une péninsule sur la côte pacifique dans la région de Nagoya, où elle passait ses vacances avec sa famille quand elle était plus jeune. Fatiguée, ébranlée par le décès de son amie, elle a besoin de se ressourcer, de reprendre espoir, de donner un nouveau sens à sa vie. Dans cette maison éloignée de tout et de tous, elle découvre un ancien calendrier, un calendrier des vingt-quatre saisons, un calendrier qui rythme la vie à la campagne un peu comme les almanachs utilisés dans nos villages dans un passé pas si éloigné. Il indique au début de chaque quinzaine, ce qu’il conviendra de faire au cours de celle-ci : les travaux des champs, du jardin, de la maison, … tout ce qui rythme la vie à la campagne. Un calendrier en accord avec le rythme de la nature et de la végétation.

Finalement, elle décide de s’installer dans cette maison pour un an, le temps d’accomplir un cycle calendaire complet. Séduite par ce coin de nature presque aussi vierge qu’à l’origine, elle tombe sous le charme de la nature, de la faune, de la flore, qu’elle observe, écoute, sent avec une grande attention, s’efforçant de ne perdre aucunes des sensations qu’elle peut recevoir dans ce coin perdu. La bruit de la chute des feuilles, le spectacle des lucioles sur le marais, la musique et l’odeur de la forêt sont autant de sensations dont elle se repaît. Elle vit en symbiose avec la nature, hésitant entre l’autonomie à la manière de Thoreau et la réclusion comme Hermann Hesse. Mais, elle avoue qu’il lui est « Impossible de tout faire par moi-même à la manière de Henry David Thoreau », et profite abondamment des conseils, coups de main et menus présents de la petite communauté qui vit sur cette péninsule.

La vie à la campagne comporte aussi quelques inconvénients, comme les moustiques, mais elle voulait se prouver qu’elle avait, jusqu’à ce jour, attaché trop d’importance aux frivolités de la ville. « Je voulais me proclamer à moi-même que j’étais une jeune imbécile du temps où je léchais les vitrines, éperdue d’envie devant les fringues hors de prix ». La vie simple au cœur de la nature, près de la mer, à cultiver son jardin et en écrivant des haïkus avec sa mère, lui semblait beaucoup plus riche et plus en accord avec son corps. Elle trouvait là le moyen de vivre autrement, plus en harmonie avec elle-même. « Nanako (son amie suicidée), es-tu d’accord ? Je voudrais trouver un rythme différent que celui qui t’a fait vivre ta vie trop vite. Oui, un rythme moins précipité que celui de Tokyô, une vitesse qui corresponde à ce que je suis, … » Et, même si on reste toujours attaché à ses origines, comme elle le découvre en lisant les haïkus de sa mère :

« Arrivée de loin
A la veille de la saison des pluies
Je m’attendris sur les miens. »,

le retour à la nature est une alternative salutaire à la vie trépidante dans les grandes villes où tout devient trop artificiel.

Mayumi Inaba a reçu, pour cet ouvrage, le Prix Tanizaki en 2010, c’est une auteure qui, malgré une forte imprégnation de la tradition nipponne, connait très bien la culture occidentale, elle cite Thoreau, Hesse, connait la musique classique européenne, la littérature occidentale et même des chanteurs et chanteuses comme John Lennon et Françoise Hardy. Son texte est fortement imprégné de cette double culture qui lui donne une saveur particulière et lui évite de sombrer dans le manuel du citadin convertit à l’écologie campagnarde. Avec ce texte, elle emmène le lecteur dans un monde sensuel, un peu oublié, rempli d’odeurs, de saveurs, de sons plus ou moins musicaux, tout en veillant à conserver une grande qualité littéraire.

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lucioles et autres merveilles…

10 étoiles

Critique de Jfp (La Selle en Hermoy (Loiret), Inscrit le 21 juin 2009, 74 ans) - 30 avril 2022

Les rêveries d’une promeneuse solitaire, au pays du soleil-levant. Abordant la soixantaine, la narratrice, qui travaille pour une maison d’édition tokyoïte, a décidé de s’installer définitivement dans cette maison isolée qu’elle a fait construire au fin fond de la presqu’île de Shima, maison qu’elle appelle modestement sa "cabane". Elle y passait souvent ses congés, loin des bruits et des lumières de la ville, mais elle éprouve maintenant le besoin d’y vivre en permanence et se contenter de peu pour enfin atteindre la sérénité à laquelle elle aspire. Le récit est fait de ses pérégrinations sur des sentiers connus ou inconnus, au fil des saisons qu’elle décline maintenant selon le calendrier traditionnel bâti sur un cycle de vingt-quatre quinzaines. Ses pas l’amènent à connaître plantes et animaux mais aussi des voisins, proches ou lointains, qu’elle n’avait jusque-là jamais eu l’occasion d’aborder. L’ombre de Jean-Jacques Rousseau plane sur ce parcours initiatique, à la découverte de l’enchantement de la nature mais aussi propice au recueillement et au souvenir des êtres chers trop tôt disparus. L’écriture, délicate et empreinte de poésie, laisse parfois furtivement entrer le surnaturel, au fil de la rêverie. Attention toutefois à ne pas suivre aveuglément l’auteure lorsqu’elle évoque de délicieuses recettes à base de bolets des bouviers, ces magnifiques champignons bruns, tout luisants, que l’on trouve en abondance dans les forêts de pins : votre palais d'occidental(e) ne s’en accommodera peut-être pas !

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