À la mesure de l'univers: Chronique familiale de Jón Kalman Stefánsson

À la mesure de l'univers: Chronique familiale de Jón Kalman Stefánsson
(Eitthvað á stærð við alheiminn)

Catégorie(s) : Littérature => Européenne non-francophone

Critiqué par Alma, le 18 décembre 2017 (Inscrite le 22 novembre 2006, - ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (37 531ème position).
Visites : 2 981 

Cahiers d'un retour au pays natal

Le roman se présente comme le second volet d'un diptyque commencé en 2015 avec D'AILLEURS LES POISSONS N'ONT PAS DE PIEDS. On en retrouve d'ailleurs certains épisodes, perçus sous un angle différent.
Le point de départ est le même. Ari poète , éditeur « chevalier servant de la culture » revient au pays à la demande de son père qui se sent proche de la mort. Le retour sur les lieux de sa jeunesse entraine celui des souvenirs familiaux .
Le pôle géographique est le même: Keflavik, un port islandais, qui a tout perdu depuis que s'y est installée une base américaine .
Le principe narratif est la même: un éclatement géographique entre différents ports d'Islande, un éclatement chronologique sur 3 générations de personnages . Passé et présent y alternent , parfois aussi se superposent et se confondent .

Il m'est arrivé de râler intérieurement, désorientée et étourdie par ces incessants allers et retours, sans pouvoir me raccrocher facilement aux patronymes et toponymes islandais peu faciles à mémoriser. Difficile parfois de reconstituer ce qui apparaît comme un puzzle, mais les personnages qui peuplent cette chronique familiale sont tellement attachants et dégagent une telle puissance d'émotion que je n'ai eu de cesse, après avoir dû les quitter sur plusieurs dizaines de pages, de les retrouver ensuite . Difficile d'abandonner en route « les petites jambes de 5 ans » d'Ari, Jakob, Margret et les autres,eux dont le souvenir court encore en moi une fois le roman terminé .

Si l'évocation du passé occupe une place majeure dans le roman, par la relation des deuils, des crises, des tourments, des turbulences de la vie des pêcheurs, celle du présent témoigne d'un regard désabusé . Keflavik, américanisé, a perdu son âme. Il n'est plus que chômage, stress et obésité. Si l'amour est au début jaillissement de délices, il se confond au fil des ans avec l'habitude et apporte plus de sécurité que de bonheur . Une couleur grise, une tonalité mélancolique colorent le récit de ce voyage mémoriel .

Certes, le roman a pour principe narratif l'éparpillement dans le temps et l'espace, mais son unité est donnée notamment par un point commun entre de nombreux personnages : leur goût pour la lecture, l'écriture ou la poésie, eux qui ont toujours réussi à isoler dans le journée de dur labeur quelques moments pour s'adonner à ce plaisir . C'est alors que l'auteur trouve l'occasion d'analyser le pouvoir de la littérature, en des phrases qui résonnent comme des aphorismes. Ceux qui connaissent les quatre précédents romans de Stefansson y retrouveront ce qui caractérise son talent : sa prose poétique, ce qui fait sa petite musique et qui me plaît tant .

Les allusions à la musique ponctuent le récit : celle du violoncelle de Pabo Casals, celle aussi des musiques des années 60 et 70 qui ont bercé l'adolescence d'Ari et de ses copains, des chansons d'Elvis Presley, celle de Dire Straits, dont certaines phrases reviennent en mémoire du narrateur, ponts entre passé et présent, porteuses d'une forme de nostalgie et dont les paroles resurgissent pour s'adapter à une situation du présent .

Un grand plaisir de lecture , un de ces romans « qui semblent agrandir la vie, qui contiennent des phrases qui se changent en galaxies »

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Les éditions

  • À la mesure de l'univers [Texte imprimé], chronique familiale Jón Kalman Stefánsson traduit de l'islandais par Éric Boury
    de Jón Kalman Stefánsson, Boury, Éric (Traducteur)
    Gallimard / Du monde entier (Paris)
    ISBN : 9782070179312 ; EUR 22,00 ; 06/04/2017 ; 448 p. ; Broché
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L'Islande n'est plus ce qu'elle était

6 étoiles

Critique de Darius (Bruxelles, Inscrite le 16 mars 2001, - ans) - 26 juillet 2018

La critique principale est excellente et a tout dit de ce récit. Il constitue le second volet et fait suite à « D’ailleurs les poissons n’ont pas de pieds ».
Ne l’ayant pas lu, j’ai eu un peu de mal à reconstituer ce récit qui oscille entre jadis et aujourd’hui, car l’auteur entremêle les époques, les histoires individuelles et les lieux : le Norðfjörður, dans les fjords de l’'Est, et Keflavík, ce village de pêcheurs, très marqué par la présence de la base militaire américaine, un Keflavik, américanisé, qui a perdu son âme et qui n'est plus que chômage, stress et obésité.

Son écriture poétique décrit à la perfection l'existence laborieuse de ces habitants de l'Islande aux conditions de vie plutôt difficiles, marqués par des générations de pêcheurs, tirant leur existence de la mer, du poisson, du rêve.

Ce qui m’a frappé, c’est la présence du soleil, j’avais pourtant lu que l’Islande avait une température estivale qui ne dépassait pas les 13 degrés. Et pourtant, selon l’auteur, la chaleur et le soleil sont omniprésents :

« Les rayons d’un soleil noir nous brûlent.. »
« La caméra montre des enfants baignés de soleil… »
« Deux mères de famille prennent le soleil sur le balcon, toutes deux sont torses nus, la radio de la base diffuse la chanson « let the sunshine », laisse le soleil entrer, la lumière, la chaleur.. »
« La porte du balcon est ouverte, ouverte sur le soleil, sur les cris, sur le jour magnifique, cette bénédiction, ce que nous désirons. »
« Des glaciers qui fondent, des mères au foyer cuites par le soleil, des enfants qui courent en hurlant de joie, débordant d’une telle vitalité qu’on dirait que le ciel s’est rapproché, que Dieu s’est approché de l’Islande, pour filmer cette tranche de vie et de bonheur.. »

Personnellement, j’ai trouvé le livre assez ennuyeux, malgré sa prose poétique. Ce va et vient incessant entre les époques et entre les personnages m’a désarçonnée. Je n’ai pas eu assez de patience pour le terminer…

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