Première heure de Erri De Luca

Première heure de Erri De Luca
(Ora prima)

Catégorie(s) : Littérature => Européenne non-francophone

Critiqué par Poet75, le 1 avril 2017 (Paris, Inscrit le 13 janvier 2006, 66 ans)
La note : 9 étoiles
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Méditations sur la Bible

Comme beaucoup de livres écrits par le napolitain Erri De Luca, ce volume est petit par la taille (146 pages) mais grand par son contenu. C'est d'autant plus vrai qu'il s'agit ici d'un ensemble de méditations sur la Bible. Comme l'explique l'auteur dans sa préface, chaque matin, avant de partir à son travail d'ouvrier, il prenait le temps de feuilleter les Saintes Ecritures, de se laisser "rejoindre par elle" et, tout en étant dans le calme, de se laisser "agiter par elles". Il était devenu, comme il le précise ensuite "un hôte" des saintes paroles. Et, comme il connaît l'hébreu ancien, ses réflexions et ses méditations se nourrissent des mots et des racines de la langue dans laquelle furent écrits les textes.
Parfois, Erri De Luca fait le lien entre sa vie, son expérience, et le contenu de la Bible. Ainsi quand il observe que, lui le maçon de profession, il rencontre aussi plein de maçons dans les Saintes Ecritures, ce qui donne lieu à un développement sur la Tour de Babel, puis sur le Temple de Jérusalem. Ce sont, en règle générale, des textes bien connus de la Bible qu'il propose à notre rumination grâce à ses observations toujours pertinentes. J'aime ce qu'il écrit au sujet des rêves dans la Bible et de ceux qui les interprètent (Joseph, Daniel). A propos de ce dernier, il est question de la crainte de Dieu en des termes qui me paraissent libérateurs; "Daniel a cette rare vertu qui est la crainte de Dieu, écrit-il. Pour nous, cette expression sous-entend un homme doux ou vraiment peureux, mais en réalité c'est le contraire. Celui qui craint Dieu ne peut craindre autre chose, il est affranchi de toute terreur terrestre." (page 41).
Erri De Luca consacre de courts textes à Moïse, à Samson, à David, mais aussi à Jésus dans son rapport avec l'eau. A propos de Samson, il explique que c'est par amour que celui-ci finit par livrer à Dalila le secret de sa force. Il sait qu'elle va le trahir et qu'en lui disant la vérité il le paiera du prix de sa vie. Mais il le fait quand même: "Samson enseigne ici aux amoureux, écrit Erri De Luca, qu'en amour il n'existe pas d'autre tarif que la vie et ceux qui ne la mettent pas en jeu ne savent pas aimer." (page 75).
A la fin du livre, en guise d'ouverture à la dernière des méditations qu'il propose, l'auteur parle de lui-même en des termes qui me plaisent: "Je suis napolitain, explique-t-il, un résumé de sangs. Je suis le fruit de croisements venus par mer et par terre se mélanger à nous par voie de stupres plus que d'amour. D'une de mes blessures s'écoule un rouge de Méditerranée avec sels et épices grecs, sarrasins, normands, égyptiens, hispaniques, francs et juifs." (page 139). Que nos origines soient méditerranéennes ou non, que nous venions du sud, du nord, de l'ouest ou de l'est, ne pourrions-nous pas tous écrire quelque chose de semblable et nous en souvenir à l'heure où beaucoup d'hommes et de femmes en errance frappent à nos portes.

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Les éditions

  • Première heure [Texte imprimé] Erri De Luca traduit de l'italien par Danièle Valin
    de De Luca, Erri Valin, Danièle (Traducteur)
    Gallimard / Collection Folio
    ISBN : 9782070441730 ; EUR 5,90 ; 26/01/2012 ; 160 p. ; Poche
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