Le Lac de Yasunari Kawabata

Le Lac de Yasunari Kawabata
(Mizuumi)

Catégorie(s) : Littérature => Asiatique

Critiqué par Duncan, le 22 février 2004 (Liège, Inscrit le 21 février 2004, 41 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 3 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (3 004ème position).
Visites : 4 675  (depuis Novembre 2007)

Un bonheur

Je ne résiste pas au plaisir de livrer ici un petit passage de cet oeuvre que j'ai beaucoup aimée:

" Ca parait bizarre et c'est la vérité, pourtant. Peut-être cela ne t'est-il jamais arrivé. Tu croises un être. Lui va dans un sens, et toi dans l'autre. Et alors tu te dis: " Comme c'est dommage ! " Ca m'arrive souvent, à moi. Je pense en moi-même: " Quelle grâce !... Comme elle est jolie !... Exixste-t-il un seul être au monde dont se dégage une telle séduction ?... " Dans la rue, au théatre, sur les marches de l'escalier après un concert. Puis celle qu'on a vue s'éloigne, et je sais que je ne la reverrai jamais. On ne peut pourtant pas héler des inconnus, leur adresser la parole. Est-ce donc ça, la vie ? Quand ces choses là m'arrivent, je me sens d'une tristesse mortelle, j'ai le vertige, je ne sais même plus ce que je fais. Je voudrais la suivre, elle , la femme, jusqu'au bout du monde. Mais cela non plus ce n'est pas possible. La suivre ainsi, cela voudrait dire qu'il faudrait la tuer. "

Combien de fois ne me suis-je fait cette réflexion... sans arriver à l'exprimer avec une si exacte justesse !

De plus, l'extrait résume assez bien l'étrange atmosphère de ce livre dans lequel on suit d'une part le Gimpei "d'aujourd'hui" mais aussi le Gimpei d'autrefois, traumatisé par la mort de sa mère ( et de son père... comme l'auteur ) et par l'indifférence de sa cousine Yagoï ( qu'il souhaite voir engloutie par les glaces d'un Lac... ).

Eternellement en quête de beauté, Gimpei la poursuit sans cesse... sans jamais pouvoir la saisir.
Une recherche de bonheur incessante... qui ne donne lieu qu'à de fugace moment de plaisir, trop rare pour remplir une vie.
Ce livre apparaît évidemment comme une autobiographie de cet auteur immense qui se suicidera sans faire de bruit en 1972. Tout se passe de cette manière avec lui: dans sa vie et dans ses romans, sans en avoir l'air, Kawabata marque et émeut.

J'aime beaucoup.

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Le crépuscule d'une vie

10 étoiles

Critique de Feint (, Inscrit le 21 mars 2006, 59 ans) - 12 mai 2006

Ce roman, un des derniers de Kawabata, baigne dans une lumière crépusculaire. Gimpei, le personnage principal, double exacerbé (j’imagine) de l’auteur, est au bout de sa course. Une course dont il n’est pas le maître : ce sont ses pieds qui le mènent, des pieds monstrueux, aux orteils de singe, qu’il observe avec une complaisance morbide. Des pieds qui le font suivre des femmes, des jeunes filles dont la beauté l’éblouit jusqu’à la douleur. Par le biais du souvenir, le récit alterne avec fluidité le moment présent, les dernières errances de Gimpei, dont la vie et l’état physique se dégrade devant nous, avec des moments-clefs de son passé : sa liaison scandaleuse avec une de ses élèves, qui a précipité sa déchéance sociale, des images de son enfance au bord d’un lac aux eaux noirs, ses promenades sur les rives avec sa cousine qu’il désirait et dont il désirait à la fois la voir s’engloutir dans ces eaux, l’ombre de son père, un être disgracié avec lequel sa mère s’était vraisemblablement mésallié, mort de façon suspecte, et dont les pieds monstrueux de Gimpei sont l’héritage. De même que ce sont ses pieds maladifs, quasi autonomes, qui semblent avoir pris malgré leur propriétaire l’habitude malsaine de suivre les jeunes filles ; les propos mêmes tenus par Gimpei, déplacés, souvent morbides, ne correspondent pas avec ses intentions. C’est l’ultime tragédie d’un homme qui ne parviendra jamais à être lui-même, à réaliser les espoirs qu’un rêve d’enfant – une daurade s’élevant dans les airs au-dessus du lac – avait fait naître autour de lui.

Tristesse japonaise

10 étoiles

Critique de Don_Quichotte (Metz, Inscrit le 31 mai 2004, 35 ans) - 1 novembre 2004

Cette histoire est celle de Kawabata, la recherche incessante de la perfection, de la beauté parfaite, donc "tôt vouée à se défaire".
Gimpei n'est pas un être bon torturé, il a plein de défauts comme tout le monde mais son passé le hante et bouleverse sa vie.
La grande force de ce livre est de nous immerger dans le Tokyo moderne ultra technologique tout en conservant une aura mystique propre à la culture japonaise, le style éthérée et certains passages d'une grande beauté(les lucioles) donnent à ce roman une atmosphère indéfinissable ou la plus grande pureté cotoie la tristesse infinie... Il faut être sensible aux sensations nouvelles et être toujours à la recherche de la beauté pour pleinement apprécier ce livre.

Chapeau bas Kawabata...

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