Quand la voile faseille de Noël Audet

Quand la voile faseille de Noël Audet

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Libris québécis, le 22 janvier 2004 (Montréal, Inscrit(e) le 22 novembre 2002, 82 ans)
La note : 10 étoiles
Visites : 4 755  (depuis Novembre 2007)

Vivre en Gaspésie

Noël Audet est né en Gaspésie, péninsule longeant l'Atlantique. Il s'est inspiré de son coin de pays pour écrire un roman émouvant et truculent qui rend compte des conditions de vie des villageois. Il a choisi un jeune garçon comme alter ego pour montrer que « la vie est courte mais plutôt haute su´pattes ».

Sa famille est aux prises avec un quotidien qui l'oblige à vivre comme si elle avait fait le voeu de pauvreté. C'est du moins ce à quoi le curé de l'endroit imagine pour ses paroissiens, surtout pour son sacristain, le père du jeune héros, à qui il refuse une augmentation de salaire. « La mesquinerie prend le masque de la charité », pour mieux exploiter une population en manque criant de moyens pour subsister. Ceux qui réussissent à enfourcher la vie doivent rester vigilants pour bien se garder en selle. Si les naïfs considèrent la mer comme un moyen d'apaiser les tourments de l'âme, ceux qui en vivent savent fort bien que l'empathie n'est pas son fort. Et comme l'écrivait Vigny, « la nature est une décoration dont la durée est insolente, et sur laquelle est jetée cette passagère et sublime marionnette appelée l´homme. » Les Gaspésiens sont à même de vérifier chaque jour la véracité de cet aphorisme. Les savants ont beau affirmer que la terre est ronde, la population sait bien que l'on « monte plus de côtes qu'on en descend. »

Dans ce contexte, on peut comprendre que les enfants traitaient « les choses sans respect, avec agressivité souvent, parce que la nature, la marâtre, menaçait continuellement de retirer d´une main ce qu´elle avait chichement consenti de l´autre. » Ce qui les sauve, c'est l'affection qu'ils se portent. « Préfères-tu mourir assassiné ou étranglé ? Sous son écorce assassine cette phrase cachait une tendresse extrême. Et personne ne sursautait en entendant ces énormités, on connaissait d´instinct le code. » Malgré les difficultés, tous ont choisi d'en rire. C'est une réaction viscérale devant l'ouragan qui les emporte. Ce qui compte dans la vie, « ce n'est pas l'arrivée, c'est la sortie. » On veut montrer à la mort qu'elle peut faucher des vies, mais que les racines les feront toujours renaître.

Ces Gaspésiens sont de braves gens. Ceux du roman vivent sous l'ère de Duplessis, premier ministre du Québec de 1936 à 1959. « En ce temps-là, on avait le coeur à l´étroit dans nos bridcheusses de laine (francisation de breech, culotte), le regard bien tenu par des oeillères catholiques, l´esprit peu fier, la parole bégayante et, par grands bouts, silencieuse. Le peuple croyait être nourri de la main des évêques qui mangeaient dans la main du Chef qui se disait dans la main de Dieu. Ainsi tout le monde se sentait à l´abri pour manger son pain noir. On a fini par avoir le respect de l´autorité. »

L'auteur vient donc montrer comment l'albatros gaspésien se démène pour garder sa dignité. Son roman traduit magnifiquement une époque. Pour éviter le piège de la pitié, c'est avec humour qu'il présente les siens. C'est une oeuvre d'autant plus réussie que l'écriture alerte et maîtrisée sert très bien le don de conteur de Noël Audet, lequel me rappelle un peu Léon Daudet. Les noms mêmes prêtent à confusion.

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