Goldberg : variations de Gabriel Josipovici

Goldberg : variations de Gabriel Josipovici
(Goldberg : Variations)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par Stavroguine, le 8 décembre 2014 (Paris, Inscrit le 4 avril 2008, 39 ans)
La note : 10 étoiles
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L'oeuvre totale

Mes maigres connaissances en musique classique m’autorisent à savoir la légende qui veut que Johann Sebastian Bach ait écrit ses célèbres Variations en 1740 pour que son apprenti, Johann Gottlieb Goldberg, les joue au clavecin à son protecteur, le comte Keyserling, durant ses longues nuits d’insomnie ; elles ne suffisent pas, néanmoins, pour m’indiquer si le dernier livre traduit de Josipovici, Goldberg : Variations, y fait autrement référence que par son point de départ scénaristique. Car si Keyserling devient ici Westfield et si le décor, d’allemand, nous place ici dans la campagne anglaise, Goldberg demeure Goldberg. Mais il est écrivain, cette fois, et bon lecteur, celui qui devra, nuit après nuit, lire au vieil aristocrate les oeuvres qui devront l’endormir. Tâche simple a priori, et lucrative, jusqu’à ce qu’une difficulté s’ajoute quand le commanditaire déclare :

J’ai lu tous les livres qui ont été écrits, Mr Goldberg, et cela me rend mélancolique. Un profond ennui s’empare de moi chaque fois que j’ouvre une fois de plus un de ces volumes ou même quand une autre voix m’en livre le contenu.

Il s’agira donc pour Goldberg de composer chaque jour une nouvelle oeuvre qu’il soumettra, chaque nuit, à cette épreuve terriblement perverse où l’endormissement de l’exigent public rend compte de la réussite de l’auteur. Car « une histoire qui est vraiment nouvelle et vraiment une histoire, donnera l’impression à la personne qui la lit ou l’écoute que le monde a repris vie pour lui. Voici comment je pourrais le dire : le monde recommencera à respirer pour elle alors qu’auparavant il avait paru être fait de glace ou de roche. Et ce n’est que dans les bras de ce qui respire que nous pouvons nous endormir, car ce n’est qu’alors que nous pouvons être certains que nous nous réveillerons vivants. » La tâche semble insurmontable.

Mais dès lors, ce roman tranquillement sis dans l’Angleterre des soeurs Brontë, où l’on dort dans d’immenses manoirs et où les dialogues sont prétextes aux digressions philosophiques, devient, comme cet alcool qu’on fait passer en douce sous des étiquettes de soda, une réflexion sur la création littéraire et ce premier chapitre, par un effet de mise en abîme, la première des trente variations dont l’écrivain Goldberg accompagnera le sommeil du vieux Westfield. En suivront vingt-neuf autres, qui avec la première, formeront plusieurs oeuvres.

Car dans Goldberg : Variations, comme dans les Variations Goldberg, l’auteur joue en effet avec les différentes formes de son art. On y croisera, pêle-mêle, un roman à facettes où l’auteur tissera les différents liens entre Westfield et ses proches en consacrant à chacun d’eux un de ces courts chapitres dont est constitué le livre (laissant le soin au lecteur de relier tous ces points et de combler les vides), mais aussi des réflexions d’un extrême intérêt sur Homère et son oeuvre, sur Victor l’enfant sauvage, et puis, dans une seconde partie, on trouvera un auteur contemporain, une rupture amoureuse, une étude de tableau et par-dessus tout ça, peut-être au coeur de tout, un (ou deux ?) roman épistolaire. L’écho entre les deux auteurs, entre les deux époques, au sein de cette somme fictionnelle qu’est Goldberg : Variations, il se fait moins, peut-être, dans ce qui nous apparaît comme le roman du roman de la seconde partie — où l’on serait tenté de prêter à l’écrivain contemporain les traits de Josipovici avec trop de promptitude — que dans ce trio formé, autour de l’artiste, du riche ami des arts et de la femme aimée, parfois doublement, qui prolonge le premier et le façonne parfois. « Mais si vous deviez choisir, insista-t-il, entre passer la nuit devant votre bureau ou dans votre lit, que choisiriez-vous ? », demandera sournoisement Westfield à Goldberg, livrant sans doute là un des thèmes de la jolie musique de Gabriel Josipovici.

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  Une merveille 7 Feint 19 décembre 2014 @ 13:54

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