Le suspect de Georges Simenon

Le suspect de Georges Simenon

Catégorie(s) : Littérature => Policiers et thrillers

Critiqué par Pieronnelle, le 3 novembre 2014 (Dans le nord et le sud...Belgique/France, Inscrite le 7 mai 2010, 76 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 3 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (12 674ème position).
Visites : 3 290 

Une course contre la mort...

Le suspect, Pierre Shave, est un anarchiste idéaliste rêvant d'un monde meilleur où la pauvreté et l'exploitation des individus n’existeraient pas. Exilé à Bruxelles et considéré comme déserteur en France il va se trouver confronté à un autre anarchisme, celui-là beaucoup plus violent que dans les mots, s'écrivant avec une bombe réelle qui doit être lancée dans une usine de fabrication de véhicules aux portes de Paris entre Courbevoie et Puteaux.
Shave est un tendre avec des mots forts, il a femme et enfant et s'est lié d'amitié avec un jeune garçon, le petit Robert, écorché par la vie et dont il est le modèle dans ce mouvement anarchiste. Et voilà qu'il apprend que le poseur de bombe est justement ce petit Robert manipulé par des anarchistes étrangers qui vont se servir de lui pour cet attentat.
Alors Shave dont l'idée de provoquer la mort d'ouvriers sacrifiés au nom d'une idéologie qui n'est pas la sienne, ne va avoir qu'un seul but : arrêter le petit Robert et l'empêcher de jeter cette bombe.
Commence une course au péril de sa sécurité qui le rendra suspect aux yeux de la police belge et de celle de Paris. Une vraie chasse à l'homme dans laquelle Shave va se trouver confronté avec ses propres idéaux, les désillusions sur les êtres en qui ils croyaient et aux difficultés liées au fait qu'il ne sait pas exactement où et quand l'attentat doit avoir lieu.
C'est un Simenon haletant, une plongée sans aucun jugement, dans le milieu anarchiste des années 30 (le livre a été écrit en 1938) ; un Simenon que je ne connaissais pas mais dans lequel on retrouve des personnages d'une vérité, d'une vulnérabilité, que ce soit dans le monde des révoltés que de celui de l'ordre et qui démontre à quel point ce grand écrivain s'est penché sur la nature humaine.
Il n'y a aucun manichéisme ; Shave n'a qu'un seul but, empêcher un massacre, et il veut tout faire pour y parvenir. Il y a un vrai suspense car on vit avec Shave, on transpire avec lui, on a peur, on soupçonne jusqu'au simple pêcheur au bord de l'eau ; ah les descriptions de Simenon !
J'y ai vu aussi un message sur la tolérance, les idéaux qui guident les hommes et femmes liés à une condition qu'ils n'ont pas forcément choisie et surtout sur la confrontation entre ces idéaux et la réalité des actes et leurs conséquences.
On n'est pas chez Maigret où on entend le moindre tic tac, où la lenteur est là pour s'immiscer dans la psychologie des personnages afin de découvrir qui est coupable , on est dans la palpitation du cœur de Shave ; mais le regard est le même sur les gens, le flic est un homme comme les autres, l'anarchiste idéaliste n'est pas forcément un terroriste, et les « petites gens » se débrouillent comme ils peuvent dans leurs difficultés.
Et cette écriture naturelle, précise, sans aucun pathos qui cible au cœur même des personnages est un vrai régal ; quel plaisir Simenon !

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Chave sauve Robert...

7 étoiles

Critique de Pierrot (Villeurbanne, Inscrit le 14 décembre 2011, 72 ans) - 30 octobre 2019

Y'en a pas un sur cent et pourtant ils existent
La plupart Espagnols allez savoir pourquoi
Faut croire qu'en Espagne on ne les comprend pas
Les anarchistes
Ils ont tout ramassé
Des beignes et des pavés
Ils ont gueulé si fort
Qu'ils peuv'nt gueuler encor
Ils ont le coeur devant
Et leurs rêves au mitan
Et puis l'âme toute rongée
Par des foutues idées
Y'en a pas un sur cent et pourtant ils existent
La plupart fils de rien ou bien fils de si peu
Qu'on ne les voit jamais que lorsqu'on a peur d'eux
Les anarchistes
Ils sont morts cent dix fois
Pour que dalle et pourquoi ?
Avec l'amour au poing
Sur la table ou sur rien
Avec l'air entêté
Qui fait le sang versé
Ils ont frappé si fort
Qu'ils peuv'nt frapper encor
Y'en a pas un sur cent et pourtant ils existent
Et s'il faut commencer par les coups d' pied au cul
Faudrait pas oublier qu' ça descend dans la rue
Les anarchistes
Ils ont un drapeau noir
En berne sur l'Espoir
Et la mélancolie
Pour traîner dans la vie
Des couteaux pour trancher
Le pain de l'Amitié
Et des armes rouillées
Pour ne pas oublier
Qu'y'en a pas un sur cent et qu' pourtant ils existent
Et qu'ils se tiennent bien bras dessus bras dessous
Joyeux et c'est pour ça qu'ils sont toujours debout

Ambiance lourde, plombée

9 étoiles

Critique de Catinus (Liège, Inscrit le 28 février 2003, 73 ans) - 10 novembre 2014

Ceci n’est ni une pipe, ni un Maigret.

Une partie de l’histoire se déroule à Schaerbeek ( Bruxelles) dans les années ‘30.
Pierre Chave est second régisseur dans un théâtre de la ville de Bruxelles. Il est marié et père d’un petit Pierrot. Il est également anarchiste, il écrit dans des journaux « révolutionnaires« mais il est contre la violence. Il apprend qu’un de ses amis, Robert, a été chargé de déposer une bombe à Courbevoie près de Paris. Il va partir à la recherche pour dissuader son ami de passer à l’acte.

Un roman « dur « de Simenon et c’est le cas de le dire car l’ambiance et est lourde, oppressante, plombée.

Je me permets, une fois, d’émettre une critique. Simenon est liégeois, donc belge. Et pourtant, à de nombreuses reprises, il met dans la bouche d’un inspecteur de police bruxellois, la très récurrente expression bruxelloise – qui fait tant rire les Français, dont Coluche -, à savoir « une fois « . Mais à très mauvais escient. En tout cas, nous autres, Belges, l’humour ne passe pas du tout puisque humour il n’y pas. Un coup dans l’eau ! Là, Simenon , tu aurais mieux fait de s’abstenir, dis donc une fois ! Net !

Peut-être pas le meilleur de Georges …


Extrait :

- Il aimait Robert comme il eût aimé un frère plus jeune que lui et plus malheureux. Car Robert était malheureux, intégralement malheureux, de naissance, comme d’autres sont malades ou idiots.

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