Caprice de la reine de Jean Echenoz

Caprice de la reine de Jean Echenoz

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Rotko, le 4 juin 2014 (Avrillé, Inscrit le 22 septembre 2002, 50 ans)
La note : 7 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (27 042ème position).
Visites : 3 210 

Humour épris d’exactitude.

Jean Echenoz, Caprice de la reine, 122 p chez Minuit.

Cette courte nouvelle (Caprice de la Reine) donne son titre, à double entente, au recueil. On n’en dira pas la chute, qui pourrait être un caprice de l’auteur, mais

- on fait avec lui un petit tour du propriétaire.

On est chez l’écrivain, il se fait son petit cinéma :

« A droite de la main qui écrit ceci s’étend d’abord une terrasse en carreaux de pierre synthétique grenue … »

Début qui dresse un panorama dont le visiteur goûtera - ou non, les ingrédients, des plus nobles aux plus banals, du végétal au minéral, sans oublier le règne animal.

La progression a de quoi surprendre, puisqu’on en arrive au clou du spectacle, qui n’a rien de grandiose sur l’échelle de Richter. Mais on a eu le temps d’effectuer des rotations, d’orienter notre regard selon les précises indications du scripteur : lui, au moins ne perd pas le nord et revient à la fin sur

« sa main qui, reprenant sa place, est en train d’achever d’écrire ceci »

- Le tour est bouclé, non sans que l’auteur, soucieux d’exactitude, ne s’interroge sur la propriété des termes qu’il emploie :

«  L’a-pic se prolonge donc par un creux que l’on pourrait qualifier de sillon, de canyon ou plus simplement de ravin. Va pour ravin »

Même scrupule pour la suite :

«  peut-on se permettre d’avancer à son propos la dénomination de hameau, voire d’écart ? Va pour hameau. »

Du côté des êtres vivants, sans anticiper sur la fin, on s’interroge « sur ce qu’il faut bien appeler des vaches ».

Précision et prise à témoin, le lecteur serait donc le complice de l’auteur qui mène le train de la visite :

«  Poursuivons, poursuivons », s‘exclame-t-il, tout à son affaire.

A moins que de complices, nous pensions que l’humour de l’auteur se développe à nos dépens, et qu’il nous « balade », et nous fasse « battre la campagne ».

Au diable la lecture grincheuse, on pratique donc l’empathie devant un exercice autour du rien, spectacle gratuit dont Echenoz est l’architecte malicieux

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Instructif

8 étoiles

Critique de Catinus (Liège, Inscrit le 28 février 2003, 73 ans) - 6 novembre 2016

Sept courts récits de cet excellent écrivain qu’est Jean Echenoz.
Pointons :
- « Nelson » : sur un aspect précis de l’amiral Nelson.
- « Babylone » : description hallucinante de la vile de Babylone.
- Vingt femmes dans le jardin du Luxembourg : courte description méthodique des statues des reines de France au jardin du Luxembourg.
- Génie civil : histoire des ponts à travers les âges + décès accidentel de la fiancée de l’ingénieur Gluck sur un pont en Floride.


Extrait :

- A ce propos, il est une règle babylonienne sur laquelle l’explorateur porte un regard assez critique, c’est celle qui contraint chaque femme à se rendre dans un temple pour s’y prostituer. Certes, ce n’est qu’une fois dans sa vie qu’elle doit s’acquitter de cette tâche avant de rentrer chez elle, mais enfin ce système déplaît beaucoup à Hérodote. Il lui déplaît d’autant plus qu’il est injuste : deux poids et deux mesures car, si les jolies femmes peuvent régler très vite cette affaire, ce n’est pas du tout le cas des vilaines qui ont bien du mal à trouver preneur et doivent rester au temple, parfois plusieurs années, jusqu’à l’accomplissement de leur mission.

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