Styx de Roger Magini

Styx de Roger Magini

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Libris québécis, le 31 août 2003 (Montréal, Inscrit(e) le 22 novembre 2002, 82 ans)
La note : 9 étoiles
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Les Aventuriers modernes

Lambert, un ex-combattant de la guerre d'Indochine, s'est établi à Sainte-Luce-sur-mer, village blotti contre le Saint-Laurent. Les longues marches le long de ce fleuve occupent ses journées en compagnie de Coré, une amérindienne. Un beau jour, ils vont trouver sur la grève, le corps mutilé d'un navigateur encore vivant, qui participait à la Transat Québec-Saint-Malo.
Le titre rappelle Palinure, le capitaine du bateau d'.née, qui, tombé à la mer, eut le corps abîmé et refoulé sur les rives du Stix. Son nom inspira Magini, qui le transforma en Palino pour désigner le naufragé de son roman. La comparaison s'arrête là avec l'oeuvre de Virgile. L'auteur québécois, né à Monaco, s'en sert pour dénoncer les aventuriers modernes, ces «fêlés de la terre», qui risquent leur vie en gravissant les sommets les plus élevés, en sillonnant les immensités glacées, et qui «achèvent leurs prétentieuses randonnées dans un bain de champagne» s'ils n'en meurent pas suite à leur témérité. Lambert traîne donc le corps de Palino chez lui pour décortiquer la mythologie qui illustre la dimension illimitée de l'être humain. Le héros fait découvrir à son naufragé l'envers de la médaille. «Vos exploits me gênent, dira-t-il, cette sensation de vous admirer, de vous contempler dans un miroir.»
Derrière la force des supermans plane plutôt le spectre de la mort. Mettre sa vie en péril pour prouver sa force de caractère, c'est se transformer en «héros négatifs». Dans le cadre d'un rituel mortuaire et érotique, Palino devient celui qui défraie les audaces des aventuriers et aussi les cauchemars de Lambert, dont la conduite en Indochine est identifiée aux pires horreurs commises pendant la guerre. Comme Perkens dans La Voie royale de Malraux, il a réalisé qu' «on ne fait jamais rien de sa vie.» Toutes les passions connaissent leur Waterloo. Magini monte ainsi un univers désespérant. Son héros, qui a emprunté naguère cette voie si peu royale, tente de faire comprendre à son naufragé avant de mourir que l'on n'assume pas son humanité en défiant la mort. La fatuité qui porte à l'exploit conduit plutôt au choix de son tombeau. C'est ainsi que la mer par exemple recèle des trésors qui se sont rendus inutiles.
A l'inverse de L'Histoire de Pi de Martel, orientée à la verticale, Magini observe le plan horizontal d'une humanité à laquelle on ne doit pas s'offrir comme épave. Avec une langue magnifique et parfois lyrique, l'auteur situe l'homme dans un univers qui ne doit pas le pousser vers les extrémités où se loge le barbarisme. Il a écrit un petit chef-d'oeuvre de 90 pages, riche en réflexions, dans lequel le héros tient pompeusement le rôle de célébrant entre Perkens et Palinure comme acolytes.

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