Une mort très douce de Simone de Beauvoir
Catégorie(s) : Littérature => Francophone
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Acharnement thérapeutique
Ce livre n’est pas un roman à proprement parler, puisque Simone de Beauvoir y fait le récit de la mort de sa mère.
Entrée à l’hôpital pour un col du fémur cassé, Françoise de Beauvoir, 77 ans, ne saura jamais qu’on lui a, lors des radios, découvert un cancer.
Bien développé, le cancer.
Simone se fait apostropher dans les couloirs de l'hôpital par une infirmière qui, entre deux portes, lui chuchote : « Ne la laissez pas opérer ».
Mais face à l’espoir de sa soeur Poupette et à la détermination du médecin, que vaut le commentaire d'une infirmière ?
Françoise est donc opérée.
Elle restera encore un mois à l'hôpital, non pour une convalescence comme elle croit (ou veut le croire), mais pour une agonie.
Le corps se déglingue de partout, petit à petit.
Simone implore le médecin : « Ne la tourmentez pas ».
Réponse atroce : « Je ne la tourmente pas, je fais ce que je dois ».
Malgré un dispositif astucieux, les escarres font leur apparition.
Les intestins ne fonctionnent plus.
Je vous passe les détails…
La morphine, efficace au début, devient inopérante.
« Ces instants de vaine torture, rien au monde ne pourrait les justifier. »
Les deux soeurs souhaitent une mort rapide pour leur mère, mais en même temps, elles redoutent ce moment.
Accompagner ainsi sa mère pendant son agonie suscite bien des réflexions en Simone.
En quelques pages, elle raconte et analyse la vie de Françoise.
« Maman est entrée dans la vie corsetée des principes les plus rigides : bienséances provinciales et morale de couventine. »
Après dix années de mariage heureux, son mari, qui la comblait physiquement, perd de sa fougue et se tourne vers les prostituées.
D'autre part, il fait faillite et Françoise se force à assurer l’intendance elle-même.
« Sevrée des joies du corps, privée des satisfactions de la vanité, asservie à des corvées qui l’ennuyaient et l’humiliaient, cette femme orgueilleuse et têtue n'était pas douée pour la résignation.
Entre des accès de colère, elle ne cessait de chanter, de plaisanter, de bavarder, étouffant sous le bruit les murmures de son cœur. »
Dès lors, elle reporte toutes ses attentes vers ses filles.
Elle vivra pour elles, mais surtout par elles.
Elle deviendra possessive et dominatrice, jalouse de l'affection qui lie ses deux filles.
Simone se penche sur sa relation présente et passée avec sa mère : « Je m'étais attachée à cette moribonde.
Tandis que nous parlions dans la pénombre, j'apaisais un vieux regret : je reprenais le dialogue brisé pendant mon adolescence et que nos divergences et notre ressemblance ne nous avaient jamais permis de renouer.
Et l’ancienne tendresse que j'avais crue tout à fait éteinte ressuscitait, depuis qu’il lui était possible de se glisser dans des mots et des gestes simples. »
Récit poignant, pudeur déchirante, analyse psychologique fine, retentissements personnels, renvoi à sa propre mort, écriture précise, rien ne manque à ce livre…
Les éditions
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Une Mort très douce [Texte imprimé] Simone de Beauvoir
de Beauvoir, Simone de
Gallimard / Collection Folio.
ISBN : 9782070361373 ; EUR 4,10 ; 29/06/1972 ; 152 p. ; Poche
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indispensable
Critique de Faby de Caparica (, Inscrite le 30 décembre 2017, 62 ans) - 10 février 2019
Court récit autobiographique de Simone de Beauvoir où elle raconte les derniers instants vécus avec sa mère mourante.
Entrée à l'hôpital pour une rupture du col du fémur, une tumeur cancéreuse est décelée. Tout bascule.
Simone de Beauvoir profite de ces derniers instant pour nous parler de la vieillesse, de l'approche de la mort, ces étapes de la vie impossibles à éviter.
Ce rapprochement entre les deux femmes lui permet également de revenir sur la vie de sa mère, sa dévotion à un seul homme, sa solitude, les relations difficiles avec ses deux filles.
Elle met également en avant le paradoxe ressenti entre le fait d'un côté, d'être admirée par sa mère pour ses écrits et sa carrière et de l'autre, laissée à distance car incomprise d'elle pour certains de ses choix ( religieux, politique, amoureux).
Est abordé également le sujet de la fin de vie ( et oui, déjà): Face à la douleur et à la mort proche, faut-il abréger les souffrance ou maintenir la vie? Deux écoles se retrouvent face à face dans cette chambre d'hôpital .. celle des croyants représentée par la mère et celle des athées comme la philosophe.
Le récit est court, concis et à aucun moment ne tombe dans le pathos.
Nous somme juste face à la réalité. A nous de prendre les décisions qui nous semblent bonnes.
C'est toujours un réel plaisir de lire Madame de Beauvoir, quel que soit le sujet abordé.
Certaines de ses lectures devraient être indispensables
Un hommage austère
Critique de Veneziano (Paris, Inscrit le 4 mai 2005, 46 ans) - 12 janvier 2019
Simone de Beauvoir a voulu rendre un hommage analytique, afin de montrer les qualités et les torts de chacune, de manière distanciée et froide, y compris dans la description des sentiments, par un style sec, dénué de toute fioriture, afin, semble-t-il, de mieux se parer des effets de l'adversité et de mieux témoigner de cette expérience douloureuse. Elle s'avère utile à étudier, afin de de préparer, de prendre conscience des effets de la perte imminente d'un proche. Froid et beau, cet hommage s'avère utile.
Une lecture très dure
Critique de Aurol (, Inscrite le 17 août 2013, 33 ans) - 17 août 2013
Je me suis plongée dans cette lecture avec l'appétit du lecteur qui veut tout savoir, tout connaître, de l'auteur.
Cette lecture m'a embarrassée.
Certes, l'auteur décrit bien le processus qui fait perdre son sens à la vie d'un patient, qu'on veut "sauver" à tout prix, jusqu'à l'absurdité. L'univers médical, impitoyable, pèse.
J'ai beaucoup aimé les flash back de l'auteur, évoquant sa relation avec sa mère, des anecdotes, des réflexions. J'ai apprécié que la vie de cette femme soit racontée, contextualisée, comme un hommage à cette personne en partance, durant tout le livre.
Cependant, un sentiment prédomine, c'est celui de la perte de la dignité de cette mère qui souffre, qui perd son corps. Je sais que l'acharnement thérapeutique réduit la personne à un corps. Mais est-ce obligatoire de décrire aussi précisément la déliquescence d'un corps qui perd la vie ? L'auteur nous met face à un corps-cadavre, et nous force à le regarder, jusqu'au dégoût.
Si ce livre m'a gênée par cette impression d'impudeur, en revanche il questionne la vie, la mort, le corps, la relation mère-fille, la médecine, ...c'est là sa force.
L’agonie abolit les distances
Critique de Béatrice (Paris, Inscrite le 7 décembre 2002, - ans) - 3 juillet 2008
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