20h17 rue Darling de Bernard Emond

20h17 rue Darling de Bernard Emond

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Libris québécis, le 28 avril 2003 (Montréal, Inscrit(e) le 22 novembre 2002, 80 ans)
La note : 9 étoiles
Visites : 3 629  (depuis Novembre 2007)

Un alcoolique en quête de rémission

Bernard .mond est un cinéaste qui nous a donné La Femme qui boit. Il récidive avec un deuxième film sur l'alcoolisme, 20h17, rue Darling. Il ne faut pas croire qu'il tourne des films pour trouver une rédemption avec de la pellicule. Ce n'est pas son problème personnel qu'il étale au grand jour, mais la souffrance humaine à laquelle il est très sensible. Cette fois-ci, il a voulu écrire auparavant le roman duquel il tirerait son film. L'inverse arrive plus souvent quand une production connaît du succès. Et chaque fois, le livre nous déçoit. Dans son cas, les deux oeuvres sont d'égale valeur pour le plus grand plaisir des amateurs de l'un ou de l'autre des expressions.
L'auteur raconte un moment dans la vie d'un alcoolique, celui de l'effondrement à 20h17 de son logement dans un immeuble d'habitations de la rue Darling à Montréal. Il a échappé à la mort grâce à son lacet dénoué, ce qui a retardé son arrivée de 30 secondes dans son appartement, temps suffisant pour le voir s'écrouler au lieu d'y périr. Ce choc l'amène à s'interroger sur l'identité de toutes les victimes qui sont mortes sous les décombres. Il entreprend une enquête personnelle pour reconstituer la vie de ces occupants. Il est habilité à le faire, car Gérard, le héros, est un ancien journaliste affecté aux faits divers pour un grand quotidien.
Ainsi, il remonte la filière de chacun pour évoquer la personnalité de ceux que l'anonymat gardait dans l'ombre. Cette quête d'informations crée l'intrigue du roman. Gérard parviendra-t-il dans le cadre de ses recherches à trouver sans le vouloir que cet effondrement est d'origine criminelle, damant ainsi le pion à l'enquêteur chargé de l'affaire? Plein d'indices le laissent croire comme le 1000 $ qu'il reçoit du mari d'une victime qui n'habitait pas l'immeuble. Qu'y faisait-elle? Le lecteur peut échafauder plusieurs hypothèses. Un peu comme Agatha Christie, l'auteur laisse planer le doute sur tous les survivants et sur les connaissances.
Derrière ce fait divers, se cache une dynamique beaucoup moins événementiel. .mond nous fait assister au combat d'un homme contre son alcoolisme avec l'appui des alcooliques anonymes, les A. A. Ce problème n'est pas parallèle au sinistre. Les deux sont intégrés dans un tout qui les transcende. Le héros s'inspire des étapes à suivre par les membres des A. A. pour réaliser son objectif. ‚a apporte même un élément humoristique qui tempère un peu le caractère sombre du roman. Ainsi, on chemine avec Gérard vers sa rémission tout en assistant au développement de son enquête. Cette dernière lui donne même l'idée d'écrire l'histoire de cet événement «pour tromper son ennui, la mère de tous les vices», car raconter, «c'est faire de la musique dans le néant.»
Ces deux volets menés de front nous amènent au coeur de la solidarité humaine. L'union fait la force. Par souci des autres, sûrement à cause de la fréquentation des A. A., Gérard parvient à sonder les coeurs et les reins pour les aider et aussi par curiosité compte tenu de son métier de fouineur. Mais il reste, que c'est un homme sensible aux injustices humaines, à la disparité des classes sociales. Son monologue sur «les petits culs» anorexiques des riches madames de la rue Laurier est une charge très émotive contre les possédants. Il leur imagine même une association calquée sur la philosophie des A. A. pour leur inculquer l'esprit de partage.
À travers ce héros, l'auteur fait une oeuvre de sensibilisation sur la condition humaine. Que vaut la vie? C'est un tableau noir qu'il nous trace d'autant plus que c'est un quartier glauque de Montréal qui sert d'encadrement à l'action. L'auteur se sert de l'alcoolisme et d'un sinistre pour nous faire faire le tour de notre enfer. Ce portrait infernal devient la méditation d'un agnostique qui se représente la mort comme la simple fin de la vie. C'est un roman mené tambour battant, servi par une écriture efficace qui draine son lot de révolte, d'émotions et de tristesse.

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