Les poissons ne ferment pas les yeux de Erri De Luca

Les poissons ne ferment pas les yeux de Erri De Luca
(I pesci non chiudono gli occhi)

Catégorie(s) : Littérature => Européenne non-francophone

Critiqué par Provisette1, le 11 août 2013 (Inscrite le 7 mai 2013, 10 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 5 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (11 241ème position).
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A "l'âge d'archive"...

C'est avec beaucoup de plaisirs que j'avais découvert les récits d'Erri de Luca il y a quelques mois et j'ai retrouvé ce même bonheur avec ce dernier livre.

Le narrateur, devenu cet homme, l'adulte d'aujourd'hui, celui qui "Cinquante ans plus tard (s') approche de cet âge d'archive de (ses) formats successifs, nous conte, avec cette douce et familière nostalgie poétique chez Erri de Luca, l'été de ses dix ans- "cap solennel"- "sur l'île d'été" où il passe ses vacances avec sa mère, seule, puisque son père, "enfant d'une Américaine" "était aux Etats-Unis"... "cet Ouest qui avait concentré ses désirs."

Et au fil du récit, il va dérouler pour nous le film de cet été-là où son seul désir est grandir, sortir de ce "magma d'enfance muette", où "il ne se passe rien", où "on est dans le même corps de mioche emprunté des étés précédents, troublé à l'intérieur et calme à l'intérieur.".

L'enfant d'alors, bien que lecteur assidu et solitaire, lui qui "dormai(t) sous les châteaux de livres de (son) père, va brutalement constater que ce "bastion des livres ne suffit plus à (l)'isoler lorsque "Venant de la ville, les cris, les misères, les cruautés se lancèrent tous ensemble à l'assaut de mes oreilles."

...Et toutes les expériences vécues cet été-là -celle de la découverte du seul véritable premier amour, celui de la découverte de l'autre et "le baiser, le premier fruit de la connaissance" avec cette "fillette", celle pour laquelle "la justice... était une nécessité première", celle à cause de laquelle il ira "au-devant (des) coups, pour obliger son corps à changer"- se révèleront, plus tard, avoir été, pour lui, ces initiations qui permettent à l'enfant de dire, d'écrire un jour:

"La vie ajoutée ensuite, loin de cet endroit, n'a été que divagation."

Un récit encore à fleur de coeur où le nôtre vogue entre la beauté et l'innocence de ce premier amour et les douleurs de ces apprentissages avec toujours tendresse et poésie.

Simplement beau.

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Le souvenir de la découverte de l'amour

8 étoiles

Critique de Veneziano (Paris, Inscrit le 4 mai 2005, 44 ans) - 2 mars 2019

Le narrateur, quinquagénaire, se souvient, par une nostalgie réaliste, de l'été insulaire et solaire où il a découvert l'amour, ses espérances, comme ses doutes. L'habitude des lieux a permis de baliser le décors et de finir par vouloir multiplier les apprentissages, tant matériels que sentimentaux.
Ce roman court m'est apparu beau, sensible, retranscrivant de manière lucide et vraisemblable le for intérieur d'un jeune garçon de dix ans qui commence à s'interroger sur son existence et son environnement. Loin de rester vain, il s'avère fort recommandable.

L’île

8 étoiles

Critique de Aaro-Benjamin G. (Montréal, Inscrit le 11 décembre 2003, 53 ans) - 5 octobre 2014

Probablement un des romans les plus justes sur l’enfance. Mon préféré de cet auteur. Cette fois sa sensibilité à fleur de peau le sert très bien. Ce n’est pas un livre original dans son propos mais un moment de poésie magnifique.

Je me souviens ……..

8 étoiles

Critique de Alma (, Inscrite le 22 novembre 2006, - ans) - 23 mars 2014

Comme dans les autres romans d’ Erri de Luca, l’écriture représente ici un moyen privilégié de faire resurgir le passé lointain de l’enfance . « à travers l’écriture, je m’approche du moi-même d’il y a cinquante ans, pour un jubilé personnel ».

Avec la délicatesse qui caractérise sa prose, il revient sur « ce bout d’été d’il y a cinquante ans, vu à travers la focale de la distance », l’été de ses dix ans où la rencontre avec celle qu’il appelle « la fillette », une petite fille de son âge au comportement dominateur lui permet de « faire une brèche dans son corps pour faire sortir la forme vivante du cocon de l’enfance ».

Moment charnière de son évolution, étape importante du passage à l’âge adulte dont De Luca analyse finement les répercussions sur son comportement ultérieur. Instants initiatiques où la chrysalide s’ouvre à l’état futur de papillon, sans en posséder pour autant l’aisance « je n’étais plus un enfant et en échange j’étais à peu près rien »

Vert paradis des amours enfantines ? Pas exactement, cette saison des premiers émois amoureux est aussi celle de la découverte des rivalités et de la violence, de la mise à l’épreuve des réalités de la vie entrevues auparavant par la lecture « à travers les livres de mon père, j’apprenais à connaître les adultes de l’intérieur …. j’étais un mécanicien de l’appareil adulte »

Ce bref récit d’apprentissage, empreint d’une émotion discrète, tient son charme d’une écriture poétique qui sait traduire l’impalpable, qui évoque sans peser, qui effleure sans s’imposer.

Réminiscences

9 étoiles

Critique de Nathafi (SAINT-SOUPLET, Inscrite le 20 avril 2011, 55 ans) - 17 octobre 2013

L'auteur, dans ce livre, nous raconte l'été de ses dix ans...

Ce retour en arrière lui apporte une certaine nostalgie, il se souvient des changements qui ont marqué cette période, de la découverte d'un nouveau sentiment, l'amour, né de sa rencontre avec une jeune fille qui lui consacre beaucoup de temps, aussi de sa déconvenue avec d'autres garçons qui le jalousent et le malmènent.

Au-delà de ces souvenirs, il analyse les fondements de sa vie, comme si cet été-là l'avait guidé vers sa vie future. Il a grandi et a ouvert les yeux sur un monde insoupçonné.

Jalonné de passages poétiques, ce livre offre une ambiance particulière, comme celle d'une douce soirée d'été.

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