Tu, mio de Erri De Luca

Tu, mio de Erri De Luca
( Tu, mio)

Catégorie(s) : Littérature => Européenne non-francophone

Critiqué par Kinbote, le 17 avril 2003 (Jumet, Inscrit le 18 mars 2001, 63 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 5 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (11 241ème position).
Visites : 6 607  (depuis Novembre 2007)

Haute tension

« Toi, mien », comme traduit Danièle Valin.
Erri De Luca nous raconte une histoire attachante, une de ces histoires, souvent situées dans la période de l’adolescence, qui scellent notre destin d'homme ou de femme.
Le narrateur se souvient de cette Juive-Roumaine qu'il a connue sur une île de la Tyrrhénienne, lors de vacances passées là l'été de ses seize ans avec son cousin Daniele, son oncle, et Nicola, un maître pêcheur. C’est l’apprentissage du métier âpre de pêcheur. Mais c’est surtout la rencontre avec cette jeune fille, Caia, plus vieille que lui de deux années qui lui apprend le sort infligé à des millions d’êtres humains lors de la guerre qui brisa le siècle d’un trait d'infamie. Il interroge son oncle et Nicola sur cette période difficile pour les Italiens chargés de faire, souvent contre leur gré, le jeu des Allemands qui passent dans les années cinquante leurs vacances à Naples tandis que les Américains, qui ont sauvé le pays (comme tant d’autres ensuite ?) se comportent en colonisateurs,la cicatrice à peine refermée.
La scène culminante du roman est celle où Caia pousse un cri de révolte, un cri
d’effroi tandis que dans une pizzeria où elle se trouve avec le narrateur et des amis un groupe de touristes allemands entonne un hymne SS.
On le voit, cela pourrait donner lieu à une adaptation cinématographique réussie, mais alors on perdrait le style de De Luca, brut, sans ces fioritures de langage qui font joli mais qui sont souvent une manière de cacher une véritable expression. La langue de De Luca est d’une grande tension, comme écrite au couteau, sur la défensive, dans la prescience d’avoir à se défendre vite contre l’émotion à rendre, pour découper le fait à rapporter au plus près de ses contours acérés.

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Une confrontation d'histoires adolescentes

9 étoiles

Critique de Veneziano (Paris, Inscrit le 4 mai 2005, 44 ans) - 28 février 2019

Un adolescent de famille modeste napolitaine passe ses vacances chez son oncle, sur une île de pêcheurs, où il rencontre une jeune femme d'origine juive. Par elle, il découvre non seulement l'apprentissage complexe des relations humaines, de leurs réactions face à l'épreuve dramatique et de la résilience. Solaire physiquement et assez sombre moralement, ce roman s'avère sensible et fin psychologiquement, d'autant plus qu'il reste synthétique. L'essentiel peut donc être exprimé en peu de mots, y compris quand il véhicule des sentiments mêlés, difficiles à résoudre. Il me paraît donc à conseiller.

Peu après la Shoah, Caia

6 étoiles

Critique de Pacmann (Tamise, Inscrit le 2 février 2012, 57 ans) - 13 mars 2017

Récemment, j’ai lu Gioconda de Nikos Kokàntzis, superbe histoire vraie d’une jeune fille juive grecque déportée de Thessalonique vers les camps de la mort. Ici « Tu mio », évoque aussi une jeune juive d’origine roumaine qui, peu après la guerre, passe ses vacances dans le sud de l’Italie et fleurte avec un jeune adolescent également en villégiature chez son oncle, pêcheur insulaire.

On ne peut évidemment pas éviter de comparer les deux ouvrages et l’écart entre l’avant et l’après, d’autant que, durant un épisode du livre la jeune fille se trouve confrontée à de jeunes touristes allemands mal inspirés.

On évoque également ce qui est raconté par Malaparte dans « La peau », soit l’occupation par les soldats américains de Naples, épisode qui semble avoir traumatisé pas mal d’italiens du sud plusieurs années encore après la fin de la guerre.

Au-delà de cela, ce court roman, poétique et platonique, m’a laissé un peu songeur par le flou qui se dégage du récit qui semble avoir l’ambition d’en dire beaucoup et qui finalement ne raconte pas grand-chose.

Il en laissera plus d’un sur sa faim.

Un joli roman

9 étoiles

Critique de Flo29 (, Inscrite le 7 octobre 2009, 50 ans) - 5 février 2017

Très facile et très rapide à lire, ce petit roman n'en décrit pas moins les relations complexes entre adolescents, et l'évolution d'un jeune homme au moment de rentrer dans le monde des adultes. L'ensemble est tout en retenue, c'est finement travaillé, je ne connaissais pas cet auteur mais j'ai bien aimé son écriture, limpide et agréable.
Quelques indices laissent prévoir la fin, mais c'est bien mené.

Une île italienne, des ados et le sirocco ...

9 étoiles

Critique de Pucksimberg (Toulon, Inscrit le 14 août 2011, 42 ans) - 17 juillet 2012

Dans les années 50, sur un île au large de Naples, le narrateur de 16 ans passe ses vacances chez son oncle. Son cousin Daniele est plus âgé que lui et l'inclut dans ses sorties avec son cercle d'amis. A ces repas sur la plage et ces soirées conviviales, s'ajoutent les expéditions en mer pour des parties de pêche, dirigées par Nicola. Ces vacances d'été seront inoubliables et reflètent le passage à l'âge adulte du narrateur.

Une jeune fille du groupe d'amis, Caia, est mystérieuse. Roumaine, seule, sans parents, de confession juive, possède un tel charme que le jeune narrateur ne saurait résister... La présence d'allemands, des touristes, sur cette île sauvage sera l'étincelle qui réveillera l'histoire personnelle de certains personnages et l'Histoire tout court.

Ce roman dépeint cette Italie d'après guerre, ses remords et sa lâcheté parfois lorsqu'elle a combattu aux côtés des allemands. Erri de Luca décrit ici un groupe de jeunes fougueux, s'attarde sur les ressentis du narrateur et permet au lecteur de s'immerger dans une ambiance qu'il peint à merveille. Il a le sens du détail, même les personnages secondaires sont dessinés en quelques lignes pour devenir inoubliables.

Au sujet des personnes qui courent aux abris pendant la guerre, un portrait de femme :
" Les femmes mettaient les objets précieux dans un sac et ne s'en séparaient jamais dans l'abri. Elle se souvenait d'une famille très pauvre : la femme serrait toujours un gros sac contre sa poitrine. Ses enfants s'étonnaient qu'elle pût posséder quelque objet de valeur. Un jour, dans sa course, la femme tomba et renversa son trésor par terre : des boutons. Pour ne pas faire mauvaise figure, elle aussi s'était dotée d'un sac inséparable, le remplissant pour lui donner du volume. Même sous les bombes une femme pauvre se refusait à paraître inférieure aux autres. De ce jour- là, on ne la vit plus."

Le style de l'auteur est aussi plaisant que cette île de pêcheurs.

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