Un homme se penche sur son passé de Maurice Constantin-Weyer

Un homme se penche sur son passé de Maurice Constantin-Weyer

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Pieronnelle, le 11 août 2013 (Dans le nord et le sud...Belgique/France, Inscrite le 7 mai 2010, 73 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (12 147ème position).
Visites : 2 514 

Le Jack London français !

Comment avons-nous pu oublier notre cow-boy français ?! Le plus étonnant c’est que son œuvre la plus importante « Un homme se penche sur son passé » a obtenu le prix Goncourt en 1928 ! Certes ce n’est pas ce prix qui fait la valeur de l’œuvre mais dans sa dédicace à un ami l’auteur lui-même écrivait : «Ce livre est… aussi parfaitement étranger au goût du jour qu’un costume de cow-boy à l’avenue de l’Opéra»… Et pourtant on sait, depuis, à quel degré le cow-boy et « l’Américane way of life » ont envahi notre univers d’européen!
Mais ce qui fait la différence notoire entre un simple livre d’aventures c’est bien le style, parfaitement littéraire, à l’écriture perlée qui s’intègre avec un rythme alerte et libre. C’est que le héros de cette histoire, un siècle après Fénimore Cooper, rejoint Bas-de-cuir, arpente aussi bien la Prairie, la Forêt, le Grand Nord, avec toujours des livres dans sa besace, et pas n’importe lesquels : Discours de la Méthode ; le Faust de Marlowe ; Shakespeare ;Stevenson ; Saint-Simon ….
Mais pourquoi cet homme se penche-t-il sur son passé ? On pressent le drame mais on ne peut déjà en connaître la nature. Ce qui est certain c’est que dans cette histoire c’est l’amour qui sera au centre de tout…
Tout d’abord l’amour immodéré et inconditionnel pour la nature.
Ce français, Monge, amoureux du Canada, en compagnie d’un fidèle compagnon métis Napoléon, a parcouru la Prairie à la recherche de chevaux destinés à être vendus après avoir été dressés dans les règles de l’art. Que de chevauchées dans cette merveilleuse Prairie ! Mais la Prairie se meurt, «déshonorée par la charrue » ; les colons arrivent en masse ; entre Fénimore Cooper et Constantin-Weyer il aura fallu un siècle pour qu’elle agonise et progressivement disparaisse. Alors, le cœur brisé, Monge achète un lopin de terre, Napoléon lui, écoutera son sang indien et continuera sa route à la recherche de lieux encore vierges.
Mais Monge est un homme de ressources et la Forêt deviendra pour lui un nouveau havre au sein de la nature. Besoin aussi de se poser un peu, auprès de ces colons de nationalités diverses ; d’autant que le visage d’Annah commence déjà à le hanter et à bousculer son cœur de vagabond.
Mais avant il veut retourner dans le Grand Nord ; fascinant aussi bien de beauté que de cruauté. Il le sait mais il le faut pour aller chercher des fourrures et se constituer un petit pécule ; et puis c’est un peu comme un adieu à cette vie à demi-sauvage. Cette aventure à moins cinquante degrés, en compagnie d’un ami mal préparé à ce genre d’épreuve se terminera en drame. Superbe passage, qui décrit l’homme dans sa lutte pour sa survie, avec une volonté qui dépasse les limites du naturel, le rendant animal, mais sans jamais oublier d’honorer sa parole envers son compagnon !
Alors Monge s’installe ; il tombe amoureux et une petite Lucy naîtra de cette union .
Mais le danger n’est pas forcément dans la Forêt, dans les glaces du Grand Nord …Il est au cœur même de l’être humain !
Ce livre n’a pas pris une ride. Il est un ode à la nature, à l’aventure, mais aussi au dépassement de soi, au courage, à la force de caractère. Et il est superbement écrit !
Maurice Constantin-Weyer, écrivain, journaliste, né en 1881 et mort en 1964, a vécu dix ans au Canada d’où il est revenu pour s’engager dans la première guerre mondiale.
Surtout ne lisez pas la préface de Yves Berger, elle raconte toute l'histoire...

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Din l'Grin Nord Canadin !

8 étoiles

Critique de Bookivore (MENUCOURT, Inscrit le 25 juin 2006, 39 ans) - 5 septembre 2021

Considéré comme le Jack London français, Maurice Constantin-Weyer aura obtenu le Goncourt en 1928 pour ce livre qui, apparemment (c'est ce qui est indiqué au verso d'une réédition récente faite... au Québec, par les Presses Universitaires locales, édition que j'ai acheté non pas là-bas, car je n'y ai hélas jamais été, mais sur le Net), était extrêmement lu, en France, au début du XXème siècle, dans la première moitié du siècle, avant de sombrer dans l'oubli en raison, dixit, de passages idéologiquement marqués (l'auteur de la préface le dit, Constantin-Weyer parle des habitants locaux du Grand Nord canadien et du Canada comme s'ils étaient, limite, des sous-hommes, parfois).
Un roman d'aventures sur un homme, originaire de France, parti vivre l'aventure au Canada, qui va chercher à y faire fortune, et qui va surtout connaître des hauts et des bas, y rencontrer l'amitié, l'amour, mais aussi et surtout la jalousie, la trahison... Tout le roman, écrit à la première personne, est une sorte de gigantesque flash-back, le narrateur se penche sur son passé, comme le titre (et la première phrase du roman... et la dernière aussi !) le dit.
Un peu daté parfois, mais c'est malgré tout un excellent roman d'aventures, que je conseille si vous aimez Jack London.

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