mãn de Kim Thuy

mãn de Kim Thuy

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Libris québécis, le 19 avril 2013 (Montréal, Inscrit(e) le 22 novembre 2002, 82 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 7 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (41 500ème position).
Visites : 3 661 

L'Art d'être mãn

Avec ce roman, on nage en plein bonheur. Un bonheur acquis douloureusement. Kim Thúy est un bulbe qui donne, en dépit de l’adversité, le plus beau fruit d’amour. C’est une femme mignonne et ricaneuse. Mãn reflète ce que l’auteure donne comme impression à la télévision

Entre la fiction et elle, le seuil semble facile à franchir. Son précédent roman précisait comment elle avait survécu au boat people au milieu de la population de Granby, qui l’avait adoptée comme sienne. Cette fois-ci, Kim Thúy indique comment elle est devenue mãn (comblée) comme femme malgré les aléas de la vie.

Son héroïne est une Vietnamienne venue au Québec à l’âge adulte. Elle emmène avec elle un lourd bagage de belligérance. Après avoir connu trois mères à Saigon, elle s’est retrouvée au nord dans un camp communiste pour apprendre à déloger le colonisateur français, qui faisait dire aux enfants : « Nos ancêtres les Gaulois. » Heureusement que le ridicule ne tue pas. Ce fut une période difficile pendant laquelle il fallait taire son identité pour ne pas subir les foudres du Viêt-Cong, le front de libération du Sud. L’héroïne a réussi à échapper à cette guerre civile en atterrissant à Montréal. Sans papier, elle put faire légaliser sa situation pour, finalement, marier un compatriote restaurateur de qui elle eut deux enfants.

Kim Thúy ne fait pas dans le tarabiscoté. Cette trame soutient par contre les dédales de l’amour. Et il n’est pas facile de trouver son chemin dans le labyrinthe d’Éros. Admirative devant le beau Luc, un Parisien qu’elle a connu lors d’un voyage, elle entretient une correspondance qui risque de chambouler sa vie. Mais elle a appris de sa mère qu’une femme doit mettre un X sur certaines amours à l’instar de sa génitrice follement éprise d’un soldat du Nord, l’ennemi quand on habite le Sud. Hormis cette femme, toute la culture vietnamienne la soutient dans son combat passionnel. La famille, restant la principale valeur à ne pas détruire. Le bonheur en dépend. L’amour des siens prime avant toute chose comme le démontre le dénouement, qui évoque l’image d’une mère cajolant ses enfants avant leur départ pour l’école.

Cette histoire se déroule sur une toile gastronomique. Tous les sens sont invités au banquet de l’amour. L’amour d’une table bien dressée qui fait saliver les convives. Une table rehaussée de fleurs exotiques. C’est en somme le festival de tous les sens appelés à s’ouvrir à tous les plaisirs. Voilà, le bonheur total. Voilà la manière d’être mãn.

Petit roman positif (145 p.) écrit avec beaucoup de soin. Mais c’est un roman décousu comme l’est le quotidien. Les souvenirs se bousculent aux portiques, chacun identifié par un mot vietnamien, traduit en français. On entre dans ce temple consacré à l’intimité en se laissant porter par la poésie, mais aussi par l’amour du pays, soit le Vietnam et le Québec.

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MANgeable

6 étoiles

Critique de Yotoga (, Inscrite le 14 mai 2012, - ans) - 2 juin 2013

On retrouve dans ce deuxième livre de Kim Thuy l’univers vietnamien québécois, avec cette fois un passage parisien et un personnage principal adulte.

Le thème principal semble être l’amour.

Sous la forme des traditions et d’un mariage arrangé, on suit les contradictions d’un amour pour les enfants nés sans attachement entre les parents. Ici, la famille et l’union mère-enfant ressemblent à un cocon incassable. Le rapport de l’héroïne avec ses propres mères, adoptives, est survolé et non décrit.

Tout au long du livre l’amour pour la nourriture reste un centre d’idée : la protagoniste ouvre un restaurant avec sa meilleure amie, les plats décrits mettent l’eau à la bouche… Elle recherche à recréer les sentiments naissant en goûtant un met, les ingrédients pour embaumer l’âme.

Et puis l’amour illégal, hors mariage illégitime, mort dans l’œuf mais vivant pour toujours, qui fait avancer et donne des ailes, même en étant brisé. On découvre comment un problème de langue peut fissurer une vie et tout faire basculer, une petite fausse note qui ferme une porte à jamais.

Ce deuxième livre est beaucoup moins travaillé que RU. La langue n’est pas aussi poétique et moins sensible. Le lecteur a du mal à resituer le récit.

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