Le Peintre d'éventail de Hubert Haddad

Le Peintre d'éventail de Hubert Haddad

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par CC.RIDER, le 4 janvier 2014 (Inscrit le 31 octobre 2005, 64 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 7 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (12 402ème position).
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Une histoire sombre et belle

Suite au tremblement de terre de Kobé et à un accident de la circulation dans lequel Osué, une jeune femme, trouva la mort en se jetant sous les roues de son véhicule, Matabei décide de se retirer du monde au fin fond de la contrée d'Atora au nord-est de l'île de Honshu. Il s'installe dans une pension de famille tenue par dame Hison, une ancienne prostituée qui le prend sous son aile et en fait son amant. En plus des principaux pensionnaires du lieu, il rencontre Osaki, un vieux jardinier qui se révèle être un formidable peintre d'éventail dont il devient le disciple dévoué. Quand le vieil homme meurt, Matabei prend sa succession au jardin et à la peinture avec le jeune Hi-Han comme nouveau disciple. La rencontre avec la belle Enjo va bouleverser la donne...
« Le peintre d'éventail » est un très beau roman qui rend bien l'atmosphère zen de ce petit coin perdu de Japon éternel. L'histoire de Matabei, à la fois touchante, émouvante et emblématique finit par basculer dans le drame quand les forces de la nature vont se déchaîner lors du fameux tsunami. Toute la fin du livre prend alors une dimension et une puissance tout autre. On passe du conte philosophique à la tragédie pour finir sur une fin désenchantée et un ultime rebondissement qu'on ne dévoilera pas pour ne pas gâcher le plaisir du lecteur. Nul doute qu'Haddad soit un très bon écrivain et un merveilleux conteur. J'avais beaucoup apprécié « Opium Poppy » sur les tribulations d'un enfant afghan. L'auteur sait parfaitement restituer les ambiances de contrées aussi différentes à chaque livre. Il use et abuse un peu de descriptions très méticuleuses de décors et de paysages ce qui peut rendre la lecture un peu lente et laborieuse dans les débuts. Mais peu à peu, on se laisse prendre par une sorte de musicalité particulière, on est fasciné par les personnages hors du commun et charmé par cette histoire sombre et belle à la fois.

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Les éditions

  • Le peintre d'éventail [Texte imprimé], roman Hubert Haddad
    de Haddad, Hubert
    Zulma
    ISBN : 9782843045974 ; 17,00 € ; 03/01/2013 ; 192 p. ; Broché
  • Le peintre d'éventail [Texte imprimé], roman Hubert Haddad
    de Haddad, Hubert
    Gallimard / Collection Folio
    ISBN : 9782070454419 ; 6,90 € ; 10/04/2014 ; 192 p. ; Poche
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émotion d'ordre esthétique

9 étoiles

Critique de Myrco (village de l'Orne, Inscrite le 11 juin 2011, 73 ans) - 7 mai 2016

Un beau roman que nous offre là Hubert Haddad que je découvre, un roman sur la mémoire et la transmission comme sens à donner à la vie, même s'il est vrai qu'il parle peut-être plus à l'âme qu'au cœur, mais que de beauté en ces pages!

C'est une immersion dans le Japon de nos rêves avec ses arts ancestraux (jardins, lavis, haïkus...) et ses paysages magnifiques dont les éléments empruntés au réel recomposent celui de cette contrée imaginaire d'Atora, un Japon néanmoins ancré dans une tragique réalité contemporaine: le séïsme de Kobé en 1995, celui de 2011 avec les conséquences que l'on sait.

"Le peintre d'éventail" est l'histoire de la seconde vie d'un homme, Matabei, hanté par le dernier regard d'une jeune fille (image féminine fantasmée qui d'ailleurs traversera tout le livre s'incarnant dans d'autres personnages), détruit par la culpabilité, qui cherchant désespérément l'oubli, trouvera d'abord une consolation, puis une forme d'accomplissement dans la perpétuation de l'œuvre du maître Osaki Tanako, ce jardin merveilleux de la pension de Dame Hison fait pour la contemplation et dont les arcanes lui seront peu à peu révélées par les lavis du maître sur ses éventails.
Viendra le temps d'une ultime passion tourmentée et dévorante pour la mystérieuse Enjo avant que ne survienne la catastrophe et le dernier combat, émouvant, d'un homme qui tentera de reprendre la main sur les forces destructrices de la nature en espérant sauver ce qui peut l'être, l'esprit de l'œuvre: "Recomposer un jardin de pensée avec toute la patience de l'intention, afin qu'un jour puisse renaître ou pas le jardin réel, au gré des désirs et de la providence."

J'ai trouvé personnellement un bel équilibre entre l'harmonie et le chaos que nous peignent respectivement la première et la seconde partie, illustration de la notion bouddhique de l'impermanence des choses.
Certes, il faut aimer les longues descriptions, ici de la nature puis de sa dévastation. L'auteur nous donne à voir sa large palette. Son œil de peintre excelle dans la restitution des paysages visuels, mais il excelle tout autant dans celle des paysages sonores.
Il semble bien maîtriser les codes de la culture et de l'esthétique japonaise et pas seulement l'art des jardins, pour autant que puisse en juger une occidentale. Sa prose souvent pudique et délicate transmet ce curieux mélange de froideur apparente et de passion paroxystique que l'on rencontre dans la littérature japonaise.
La facture est classique, l'écriture travaillée notamment dans le choix du vocabulaire; cela peut induire parfois un sentiment d'artificialité elle-même génératrice d'une certaine distance de la part du lecteur. Mais au bout du compte pour moi, l'émotion esthétique a primé de telle sorte que j'ai pris beaucoup de plaisir à relire ce texte dans la foulée.

Une dernière citation ?
"La vie est un chemin de rosée dont la mémoire se perd, comme un rêve de jardin. Mais le jardin renaîtra, un matin de printemps, c'est bien la seule chose qui importe. Il s'épanouira dans une palpitation insensée d'éventails."

A noter que l'auteur a fait paraître simultanément à cet ouvrage "Les haïkus du peintre d'éventail".

Décris-moi un tableau...

6 étoiles

Critique de Marvic (Normandie, Inscrite le 23 novembre 2008, 64 ans) - 29 mars 2016

En commençant ce livre, j'ai eu l'impression d'entrer dans un Musée d'Art munie d'un audio-guide. Je me trouvais devant des tableaux dont on me détaillait le thème, le sens, les touches de couleurs, les dégradés de tons, les perspectives, tout en me racontant la genèse de la peinture.
De fugitives et discrètes silhouettes humaines apparaissaient dans ces paysages et jardins magnifiques.
Puis, les personnages se sont faits plus présents, ayant eux-aussi une histoire à raconter.
Jusqu'à ce que la nature, sa force, son immuabilité reprennent le premier plan.

Comme Ellane, je suis peu sensible à la littérature asiatique. Et pour être franche, la première partie, si elle reste magnifique, m'a passablement ennuyée. Je lisais quelques pages puis reposais le livre. Ce n'était pourtant pas un livre à lire "en pointillés".
Mais ce sont les histoires humaines, ces destins fragiles meurtris par les événements individuels qui se retrouvent tous dans la pension Hison, qui m'ont passionnée.
Une délicate histoire, de jolis tableaux, tout en petites touches entre aquarelles et tableaux impressionnistes.

Sagesse du fou, folie du sage

5 étoiles

Critique de Ellane92 (Boulogne-Billancourt, Inscrite le 26 avril 2012, 47 ans) - 8 mars 2016

Le narrateur raconte la vie de Matabei, un homme qui, suite à un accident, se retrouve dans la pension de dame Hison, ancienne Geisha, et apprend auprès du jardinier l'art de peindre les éventails et de trouver l'harmonie d'un jardin. Le narrateur, Hi-Han, fut lui-même pensionnaire de la maison, et apprit auprès de Matabei son art, avant de s'enfuir à cause d'une femme qui avait séduit son maître.

Cela faisait longtemps que je voulais découvrir Hubert Haddad, poète et écrivain, et à mon avis, je me suis trompée sur le livre avec lequel faire sa connaissance. Pour être honnête, je n'ai pas beaucoup (voire pas du tout) d'affinité avec la littérature asiatique, surtout quand elle est "contemplative". D'autre part, je n'aime pas les récits de troisième ou quatrième main : Haddad nous raconte le récit de Hi-Han qui nous conte la vie de Matabei qui nous livre celle du "vrai" maître d'éventails, Osaki Tanako, jardinier de la pension. Je trouve que c'est compliqué, on ne sait jamais qui raconte quoi, ni à quel moment ça se passe.
Ce livre est, grosso modo, divisé en deux parties. La première, qui raconte les passations d'expérience et de sagesse dans la pension de dame Hison, est essentiellement "contemplative", emplie de descriptions du jardin japonais, de la place de chaque essence, de sa couleur, de son intégration dans le tout... Comme je l'ai dit, je ne suis pas assez sage pour que ça me "parle" ou m'intéresse. A noter quand même, dans cette première partie, la galerie de personnages qui vivent à la pension, assez réussie et attachante (de la Coréenne sans enfant qui vit avec ses poupées aux amoureux discret et officieux ou même l'énervant mais drôle commerçant Monsieur Ho), mais pas assez approfondie à mon goût. Cette première partie voit également naître et se développer la folie amoureuse de Matabei pour une jeune pensionnaire recueillie par Dame Hison, Enjo. Ca, c'est pareil, ça m'échappe : comment un homme qui maîtrise tant de sa vie, qui introjecte son environnement, qui "cultive son jardin" (aux sens propre comme figuré) avec tant de rigueur et de minutie peut ne plus se contenir à la vue d'une jolie paire de seins ? La sérénité la plus totale en même temps que la folie amoureuse la plus paroxystique ? En fait, à dire vrai, j'ai trouvé cette folle passion un peu ridicule, comme ça, vue de l'extérieur, entre un vieux monsieur un peu sage qui perd la tête pour une jeunesse pas très sage !
Bref, la seconde partie est celle de la désolation, suite à un tremblement de terre provoquant un tsunami, et celle de l'errance de Matabei sur les ruines de son jardin, à la recherche d'Enjo. J'ai finalement préféré cette seconde partie, plus courte, plus intense émotionnellement (en tout cas, pour moi).
Que dire d'autres sur ce peintre d'éventails ? L'écriture de Haddad est recherchée, parfois alambiquée, ne fluidifiant pas le récit. Les quelques passages sur la peinture sur éventails (il y en a bien moins que sur l'entretien du jardin, mais il semble que ces deux actions ne soient que les deux faces d'une même activité) sont passionnants, et les Haïkus qui y sont inscrits sont inspirés.
Mais je suis globalement déçue de cette lecture...


Peindre un éventail, n'était-ce pas ramener sagement l'art à du vent.

Japon, celui qui nous fascine.

8 étoiles

Critique de Tistou (, Inscrit le 10 mai 2004, 66 ans) - 2 mars 2016

Il y a Japon et Japon, bien entendu. Tout comme il y a le Larzac et Paris ; la France tous deux. Japon et Japon donc, et celui qui semble bien nous fasciner le plus, c’est bien entendu celui qui est resté collé à ses traditions, le Japon non-urbain, le Japon retiré. Cf « Je vais bien ne t’en fais pas », d’Olivier Adam, « Nuage et eau », de Daniel Charneux, « Neige » de Maxence Fermine ou, dans une moindre mesure, « Soie », d’Alessandro Baricco pour ce qui concerne des écrivains européens, mais c’est le cas aussi pour des auteurs japonais ayant succès en traduction française, au moins.
« Le peintre d’éventail » est dans ce modèle puisqu’il n’est pas question de vie trépidante tokyoïte ou osakienne, non, il est question d’une auberge aux confins du monde japonais, « au fin fond de la contrée d’Atora, au nord-est de l’île de Honshu » nous dit la présentation de l’éditeur, une pension plutôt, tenue par dame Hison, prostituée retraitée, qui accueille un petit monde bien réglé ; de monsieur Ho, le jovial négociant de thé à Aé-Cha, éternelle vieille fille d’origine coréenne en passant par le couple d’amants qui vient avec régularité s’isoler dans ce trou perdu. Mais en fait ce ne sont pas les personnages de l’auberge qui sont importants, du moins pas ceux cités plus haut mais deux personnages périphériques ; Osaki Tanako, vieux petit homme d’apparence insignifiante qui se consacre à l’entretien créatif et artistique du jardin ainsi qu’à la peinture sur éventail, une peinture liée à son activité de jardinier puisqu’il y décrit en quelque sorte son credo en matière d’art jardinier. Osaki Tanako donc et Matabei Reien, qui va devenir son disciple et successeur. Un Matabei Reien qui s’est réfugié dans cette pension perdue suite à un accident (au sens propre !) de la vie qui le hantera éternellement. Autant dire que Matabei est détruit socialement et qu’il va paraître naturel qu’il reprenne le flambeau des mains du Maître Osaki Tanako, dans le même isolement et la même mise en retraite de la société. Le flambeau étant le jardin, les éventails et leur peinture.
La plus grosse partie du roman est essentiellement contemplative, tournée vers l’éblouissement de ces êtres vis-à-vis de la nature et singulièrement de la nature domestiquée que représente le jardin. Et le style d’Hubert Haddad est très descriptif, très fouillé, pouvant de fait faire paraître longues les pages. Mais il va se produire une accélération très brutale, qui pour ma part m’a perturbé puisque j’ai eu carrément l’impression de changer de roman. Littéralement !
Un séisme se produit (banalité au Japon se dira-t-on), qui provoque, comme l’actualité l’a hélas démontré en 2011, un tsunami qui va venir tout ravager ; les existences, le jardin, … tout.
Matabei est survivant puisqu’il était en montagne et c’est sa quête hallucinée d’une « Enjo », fantomatique jeune femme dont il était tombé amoureux, dont il va être question.
Le tout est raconté par Xu Hi-han, qui fut un temps son disciple – comme Matabei le fut auprès d’Osaki Tanako – mais qui avait fui, acte en lien avec des évènements concernant cette « Enjo ».
Ca donne un résultat un peu bancal, avec les trois premiers quarts plutôt contemplatifs et le dernier quart halluciné et plus trépidant. Un Japon qui nous fascine, disais-je …

Les mots pour le dire

8 étoiles

Critique de Aaro-Benjamin G. (Montréal, Inscrit le 11 décembre 2003, 53 ans) - 21 février 2016

L’auteur parvient admirablement à évoquer l’âme asiatique, ou du moins l’image que l’on s’en fait, c’est-à-dire, les émotions refoulées, la courtoisie, le respect des traditions, l’esthétisme. Son écriture est magnifique et très visuelle. J’ai eu beaucoup de bonheur à déguster sa prose même si je n’ai vécu aucun attachement avec les personnages. Car il y a quelque chose de très froid dans l’histoire, en quelque sorte comme si celle-ci était formulée afin de mettre en valeur les mots. Par exemple, la découverte d’un enfant mort amène une belle scène d’une tristesse soignée, mais l’impact émotif n’est pas là car cet enfant était inconnu avant d’en arriver là.

Zen

9 étoiles

Critique de Nathafi (SAINT-SOUPLET, Inscrite le 20 avril 2011, 55 ans) - 21 février 2016

"Le peintre d'éventail" est un livre qui fait du bien. La zénitude apportée par cet ouvrage invite le lecteur aux senteurs, aux couleurs, aux panoramas que découvre Matabei, reclus dans ces terres presque ignorées. Il découvre, doucement, l'enseignement du jardinier des lieux, peintre d'éventail à ses heures, et s'imprègne de cette harmonie avec la nature qui le soigne de ses divers maux. Soucieux d'apprendre et de partager, attentif aux conseils du Maître, il décide de perpétuer son art après sa mort, puis prend sous son aile le jeune Hi-Han. Ensemble ils s'occupent du jardin et veillent sur les éventails, riche héritage.
Que de poésie au fil des pages, de douceur et de sérénité.
Un livre plein d'enseignements, touchant, et truffé de détails précieux pour qui affectionne les jardins japonais et tout ce qu'ils représentent.

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