Palestine de Hubert Haddad

Palestine de Hubert Haddad

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Lectio, le 18 mars 2013 (Inscrit le 16 juin 2011, 73 ans)
La note : 7 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (23 932ème position).
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Désespoir sans issue

Quelque part en Cisjordanie. Le long de la "ceinture de sécurité" deux militaires israéliens patrouillent. Attaqués par des Palestiniens, l'adjudant Tziv est tué, le soldat Cham, blessé, est enlevé par le commando. Tsahal ne tarde pas à riposter. Les Palestiniens en déroute abandonnent Cham dans une fosse de cimetière avant d'être décimés. Sans papiers, sans repères, amnésique, en vêtements civils, coiffé d'un keffieh, le jeune israélien est recueilli et soigné par deux palestiniennes. Asmahane, aveugle, est la femme d'un homme politique abattu dans sa voiture. Falastin, fille d'Asmahane, était à l'arrière du véhicule lors de l'embuscade contre son père. Elle est depuis anorexique. Fils et frère des deux femmes, Nessim a disparu. Cham l'israélien devient fils et frère des palestiniennes. Passé de l'autre côté de la barrière, Cham/Nessim connaît cette vie hagarde de quasi errance et de survie. Epié, traqué, humilié par l'armée occupante omniprésente, de check-point en check-point, de barrages volants en interminables contrôles d'identité, Nessim a rendez vous avec la violence gratuite des colons et des soldats, les arrestations arbitraires. C'est la guerre, celle qui détruit toute humanité sous les chenilles des chars et les bombes, ne laissant ni maisons ni champs d'oliviers ni souvenirs. Les hommes ont laissé la place à des monstres hurlants et des zombies sans raison. Dans ces décombres de vies et de désolation, une petite étincelle d'amour tente de s'allumer entre Nessim et Falastin. Petite lueur sans lendemain bien vite étouffée par la mort d'Asmahane dans les décombres de sa maison. Dans son désespoir Nessim est récupéré par une faction terroriste et transformé en bombe humaine. Son voyage en ville le ramène vers Cham son identité originaire. Mais trop tard. L'explosion fera un mort..Cham. Roman bouleversant écrit dans un style direct sans fioritures ni détails inutiles, avec des phrases courtes. Une histoire de guerre transposable dans n'importe quel pays en conflit. Sauf qu'ici on ne voit aucune issue. Situation tragique où les opposants aux envahisseurs sont eux-mêmes divisés et n'agissent que pour vaincre et non discuter.Espoir impossible où l'idéalisme est le dernier refuge de ceux qui ne croient plus au vivant. Une fiction désespérante.

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dans la poudrière

9 étoiles

Critique de Cyclo (Bordeaux, Inscrit le 18 avril 2008, 76 ans) - 31 mars 2020

Hubert Haddad prend cette fois pour sujet la Cisjordanie occupée et de plus en plus colonisée de façon illégale (les colons sont armés et impitoyables se considérant chez eux), sous contrôle israélien drastique (barrages, check points, humiliations perpétuelles, arrestations, destructions de maisons, arrachages d’oliviers, etc.), tout près du fameux mur.

Cham, très jeune soldat israélien, pris dans une embuscade et blessé, a été transporté par un commando palestinien qui aurait voulu en faire une monnaie d'échange. Mais voilà, le jeune homme se remet difficilement de sa blessure et ne se souvient de rien. Il finit par échouer chez une vieille Palestinienne aveugle, Asmahane, qui vit avec sa fille Falastin. Toutes deux le soignent avec dévouement, d’autant qu’elles retrouvent en lui une ressemblance avec leur fils et frère Nessim, sans doute prisonnier ou tué et dont elles n’ont plus aucune nouvelle. Cham, l’Israélien, devenu le Palestinien Nessim, va découvrir de l’intérieur et avec horreur les vexations humiliantes ("C’est comme ça dans les territoires, quiconque est appréhendé, serait-ce pour avoir enfreint le couvre-feu, est fiché par les services de renseignement..."), les brimades et tueries haineuses et pas toujours fondées ("Nous voilà en zone libre, ironisa-t-il, un œil sur les snipers. Mieux vaut s’écarter. c’est assez banal qu’une balle blesse ou tue quelqu’un par ici, une femme, un enfant… Avec les regrets garantis de Tsahal et les cris de joie des colons"), la terreur militaire que les occupants et les colons font subir aux Palestiniens ("Des enfants tombent fréquemment sous les balles des soldats, les bavures se multiplient en pleine illégalité, malgré les ordres et les sanctions prévus par la Cour suprême. On croirait que les recrues n’obéissent qu’aux colons et aux pires activistes de l’état-major"), ce qui engendre désespoir et haine en retour et alimente le terrorisme ("L’idée, c’est de se faire éclater dans un bus ou dans un marché, poursuivit Omar. Je sais où trouver les ceintures d’explosifs. Il ne faut pas regretter cette vie d’opprimé").
Cham-Nessim tombe amoureux de sa sœur (?) Falastin, jeune fille rendue anorexique par la situation. La maison d’ Asmahane finit par être broyée par les bulldozers et Asmahane meurt. Le jeune homme rencontre Omar, un Palestinien engagé sur la voie du martyre et se laisse convaincre à son tour d’utiliser la fameuse ceinture d’explosifs, l’arme du pauvre.
Dans ce récit sans schématisme, Haddad fait comprendre la nature de ce qu’on a coutume d’appeler le conflit israélo-palestinien, un conflit inégal (l'armée la plus puissante du monde contre un peuple démuni) qui déshumanise et broie les êtres des deux côtés, rendus hostiles par une situation qu’ils ne peuvent maîtriser. L’auteur nous promène dans la conscience d’un homme coupé en deux et ne sachant plus où il en est.
Le plus beau personnage est peut-être le jeune adolescent infirme et devenu mendiant (pour avoir reçu des balles de la soldatesque dans les jambes) qui partage son pain avec Cham-Nessim affamé et qui lui dit : "Si je ne m’occupe pas de moi, qui s’en chargera ? Et si je ne m’occupe pas de moi, qui suis-je ?"
Ce roman permet au lecteur de prendre la mesure du drame qui se joue là-bas depuis plus de cinquante ans et l’occupation-colonisation de la Cisjordanie : pour un Palestinien, "Rien, aucune loi humaine, ne l’obligeait à subir indéfiniment les barrages et les fouilles, les confiscations et les destructions, les outrages divers, toutes les mortifications d’une soldatesque arrogante traquant le terroriste jusque dans les cercueils".

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