Les étrangers de Sándor Márai

Les étrangers de Sándor Márai
(Idegen emberek)

Catégorie(s) : Littérature => Européenne non-francophone

Critiqué par Tanneguy, le 8 février 2013 (Paris, Inscrit le 21 septembre 2006, 83 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 7 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (38 531ème position).
Visites : 2 600 

Exil initiatique...(Paris 1926)

Né en 1900, Sandor Marai mettra fin à ses jours en 1990, exilé en Californie ; il n'aura donc pas vécu la libération de son pays. Entre temps il aura souffert de nombreux exils, le premier alors que sa famille craint pour lui les représailles du nouveau dictateur Bela Kun à l'égard des sympathisants du bref gouvernement communiste.

Cet ouvrage n'a jamais été publié, il s'agit manifestement d'un récit autobiographique, même si le personnage principal (parfois narrateur) n'est pas nommé. Les éditeurs (qu'il faut féliciter, je crois, pour cette redécouverte) nous indiquent qu'il a été écrit en 1930, soit sensiblement en même temps que son premier roman. Pour ma part je pense qu'il ne s'agit que de carnets de voyage ou d'un journal intime, ou les deux, remis en forme par l'auteur.

Nous suivons donc ce personnage d'abord à Berlin, puis à Paris et en Bretagne avant qu'il ne se décide à rentrer chez lui après environ deux années d'errances. Les descriptions des lieux sont précieuses pour nous, presque un siècle plus tard ; la période est exceptionnelle, juste après la Grande Guerre, que les Français s'obstinent à appeler la Victoire, à tort d'après lui (prémonition ?). Il se sent toujours "étranger" mais surtout il analyse finement la façon dont les autres le considèrent, mépris, pitié (ce qu'il déteste), curiosité, ignorance. Il en arrivera même à poser la question crûment : "Suis-je un Homme Blanc" ? Le débat est d'une singulière actualité... Ses compagnons sont pour la plupart également des exilés : Russes, Hongrois, Africains... mais parfois aussi des Français "de souche" avec lesquels les relations sont étonnantes.

J'ai découvert des choses surprenantes, par exemple le 14 juillet vécu par cet exilé, le café du Dôme, un bal pour hommes seuls en plein Paris. J'ai adoré !

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Les éditions

  • Les étrangers [Texte imprimé], roman Sándor Márai traduit du hongrois par Catherine Fay
    de Márai, Sándor Fay, Catherine (Traducteur)
    Albin Michel / Les Grandes traductions
    ISBN : 9782226244291 ; 22,00 € ; 03/10/2012 ; 445 p. ; Broché
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Un malentendu

5 étoiles

Critique de Jlc (, Inscrit le 6 décembre 2004, 78 ans) - 8 février 2013

Ce livre, en grande partie autobiographique, raconte le voyage en Allemagne et en France permis par l'obtention d'une bourse américaine. Nous sommes en 1926-1928, Paris est la capitale du monde et on y vient de partout. Des groupes d’étrangers fréquentent les mêmes établissements, reprennent toujours les mêmes discussions. Leur exil à Paris s’accompagne de leur ignorance par des Français qui veulent les assimiler sans faire le moindre pas vers eux alors que les Allemands cherchaient à les comprendre. On imagine le malentendu qui en résulte.

Je ne sais qui a qualifié « Les Etrangers » de roman – peut-être l’éditeur s’il est toujours vrai que le qualificatif « roman » fait encore vendre ? - mais ce n’en est pas un tant la trame romanesque est lâche et sans vrai intérêt, tant les personnages ne suscitent aucune empathie. On pourrait résumer l’histoire en moins de dix lignes. La "fille" est totalement incompréhensible ce qui m’a étonné de la part d’un écrivain reconnu pour la finesse de ses analyses psychologiques. Disons le crûment, je me suis copieusement ennuyé.

Et pourtant ce livre a deux faces. Exit le roman qui n’en est pas un. L’autre face pourrait s’appeler « choses vues » et Tanneguy a cité quelques exemples tout à fait probants. Sa description du 14 juillet, le dancing pour prolétaires annoncent le grand photographe Brassaï, lui aussi d’origine hongroise. Paris est capitale du monde mais Marai en montre aussi bien le ventre peu ragoûtant que les « combats de boxe cérébraux » et « l’ivresse de la parole » qui ne sont pas sans liens avec « Droit de réponse », l’émission de feu Michel Polac dans les années 80. Le voyage en Bretagne qui évoque les peintres de Pont Aven, la promenade sur la Seine qui rappelle Monet ou Renoir décrivent joliment un monde qui a disparu. Mais ces pépites sont noyées dans un flot de détails et de considérations qui en altèrent la saveur.

Reste l’opinion de l’auteur sur le comportement des Français dont l’arrogance le conduit à s’interroger sur ce qu’il est, où est sa place, qu’a-t-il en lui ? Cela va de la réflexion sur la solitude la plus totale –« J’ai appris que quand on est obligé de vivre avec moins de 5 francs par jour, nul désagrément ne peut nous atteindre. Les malheurs et les soucis perdent tout aspect individuel. » à la plaisanterie de « garçon de bains », « En France il est plus facile à un Etranger de rentrer dans une chambre à coucher que dans la salle à manger ». C’est peut-être cette arrogance, cette ignorance des autres qui a fait perdre à Paris son rôle de capitale mondiale.

Mais bien sûr tout ceci n’est que mon avis.

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