Je meurs souvent aux coins des rues de Christophe Kauffman

Je meurs souvent aux coins des rues de Christophe Kauffman

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Lucien, le 28 novembre 2002 (Inscrit le 13 mars 2001, 67 ans)
La note : 7 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (37 924ème position).
Visites : 3 608  (depuis Novembre 2007)

Pouquoi pas le cynisme?

Dans une récente et belle critique du dernier roman de Jacques Cels, Christophe Van Rossom dénonce "ce qui passe pour moderne dans les lettres aujourd'hui : la vulgarité, le cynisme, la surenchère dans l'horreur, le ressassement de la médiocrité autobiographique." Peut-être l'auteur vise-t-il des romans comme celui de Christophe Kauffman. Pas de vulgarité, certes. A moins que certains considèrent comme vulgaire la "scène de baise" autour de laquelle s'articule le livre. Pas de surenchère dans l'horreur non plus. Ou alors dans l'horreur d'une vie quotidienne rythmée par les bières bues sans plaisir avec un ami anonyme juste pour échapper à la solitude.
Mais "ressassement de la médiocrité autobiographique" conviendrait assez. On sait que, depuis un certain Arthur (pas l'ex d'Estelle Machin), "JE" est fréquemment un autre. Pourtant tout ici a le goût du vécu. Et du médiocre. Oserons-nous rendre à ce mot sa qualité primitive? Son sens latin positif? "Aurea mediocritas" : la médiocrité dorée. Homme d'abord. Ni Ange ni bête... le médiocre, celui qui assume ses fautes, celui qui sait encaisser. Celui qui ne se croit pas plus malin qu'un autre et qui sourit dans la tempête. Même s'il sourit jaune. Quant au cynisme, pourquoi pas? N'était-ce pas, là aussi, un mot connoté positivement, à ses débuts? Le nom d'une école philosophique, celle de Diogène. Le cynique "exprime sans ménagement des opinions contraires aux bienséances morales". Où et le mal? Et pourquoi une telle attitude "passerait-elle pour moderne" si elle est, ici et maintenant? Cynisme et médiocrité, oui. Mais aussi une extraordinaire collection de références à la chanson française, avec une dominante Ferré : on songe au début de "M. Richard" : "Les gens, il conviendrait de ne les connaître que disponibles, à certaines heures pâles de la nuit, près d'une machine à sous, avec des problèmes d'homme, simplement, des problèmes de mélancolie. Alors on prend un verre en regardant, loin, derrière la glace du comptoir, et on se dit qu'il est bien tard..." Et puis Liège : le Carré, la rue Chaussée des Prés, et le café Randaxhe... Et puis cet art d'aimer moderne, page 50... Allez-y voir. C'est édifiant...

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Où EST le mal?

8 étoiles

Critique de Lucien (, Inscrit le 13 mars 2001, 67 ans) - 2 décembre 2002

Un petit erratum : dans ma récente critique de ce livre, il faut lire : "Où EST le mal?" et non "Où ET le mal?" Par la même occasion, je ne résiste pas au plaisir de vous décrire l'art d'aimer moderne de la page 50, qui vaut bien quatre étoiles à lui tout seul :
"Je connais bien les relations qui se déclinent au nom de l'art d'aimer entre deux individus. Se dire le plus de mensonges intéressants la première fois pour qu'il y ait une deuxième fois, puis paraître, paraître le mieux possible, le plus propre, intelligent, prévenant, enfin tout ce qu'on n'est pas habituellement, puis tenter une approche plus physique dans un endroit propice aux approches physiques (cinéma, parking, palier, porte cochère), puis pénétration, jouissance plus ou moins importante et emmerdements plus ou moins longs."
Romantique, non?

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