Sébastien Roch de Octave Mirbeau

Sébastien Roch de Octave Mirbeau

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Nathafi, le 9 avril 2012 (SAINT-SOUPLET, Inscrite le 20 avril 2011, 56 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 4 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (2 908ème position).
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Douloureuse enfance


Joseph Roch, quincaillier, a de grandes ambitions pour son fils Sébastien. Il tient à ce qu'il entre au Collège des Jésuites de Vannes. Il use donc de tous les subterfuges possibles pour arriver à ses fins, et n'est pas peu fier quand, enfin, son fils est accepté dans ce lieu prestigieux !

Mais ce que M. Roch ne sait pas, c'est qu'il va provoquer, ainsi, le malheur de son fils. Frêle jeune homme, sensible, très proche de la nature, innocent et naïf, Sébastien va découvrir ce Collège avec appréhension, puis subir les moqueries de ses camarades de classe, presque tous issus de la Bourgeoisie, et qui lui rappelleront sans cesse sa condition de fils de quincaillier...

Et pourtant, ce n'est que le début d'une longue descente aux enfers...

Ce roman est poignant. Octave Mirbeau a écrit cet ouvrage en s'inspirant de tristes événements qu'il a vécus lui-même. A sa parution, ce livre est rapidement tombé dans l'oubli, du fait du thème plus que dérangeant qu'il aborde.

J'ai beaucoup aimé l'écriture de M. Mirbeau, son regard sur les êtres, son analyse des sentiments.

"Il aurait voulu partir, emporté par ces gentilles voiles, sur des flots inconnus, s’enfoncer loin, plus loin, mettre des mers, des continents, d’infranchissables montagnes entre lui et cet homme qui osait prier, qui pouvait prier, cet homme qu’il ne voyait pas et dont l’image était partout, emplissait tout, ses pensées, ses prières, et la lumière du ciel, et le mystère des bois, et l’âme rude de la lande, et les ténèbres de la nuit, et jusqu’aux prunelles de plâtre de la bonne mère sainte Anne".

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Les éditions

  • Sébastien Roch [Texte imprimé], roman Octave Mirbeau
    de Mirbeau, Octave
    Alteredit / Romans populaires des XIXe & XXe siècles
    ISBN : 9782846331890 ; 29,38 € ; 22/09/2010 ; 248 p. ; Broché
  • Sébastien Roch [Texte imprimé] Octave Mirbeau préface de Hubert Juin
    de Mirbeau, Octave Juin, Hubert (Autre)
    10-18 / 10-18. Série Fins de siècles
    ISBN : 9782264001351 ; 24,79 € ; 09/09/1998 ; 372 p. p. ; Poche
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Tueurs d’innocence

7 étoiles

Critique de Aaro-Benjamin G. (Montréal, Inscrit le 11 décembre 2003, 53 ans) - 16 août 2013

Belle et triste histoire d’un jeune garçon envoyé par un père « qui se saigne aux quatre membres » dans un internat renommé. Mirbeau évoque avec beaucoup de justesse les tourments et les peur de son personnage titre, qui doit à la fois, répondre aux attentes de son père, s’intégrer parmi des élèves riches et comprendre les contradictions d’un prêtre pieux pourtant aux mains baladeuses…

Le style est grandiloquent. De longues phrases avec de multiples adjectifs. Il faut s’y faire. Cela donne à chaque scène une sorte de lyrisme qui parfois ne convient pas au propos. Mais, c’est tout de même très beau. « …les Bigoudens de Pont-L’Abbé dont l’étrange coiffe phallique se paillette de clinquant et de broderies barbares, et les pâles vierges de Quimperlé, si minces, si fragiles, si monastiques, et les hardies commères de Trégunc et de Concarneau, faites pour l’amour... ».

Précurseur et visionnaire

9 étoiles

Critique de CC.RIDER (, Inscrit le 31 octobre 2005, 64 ans) - 14 août 2013

En 1862, à Pervenchères, petit village de l'Orne, Monsieur Roch est un quincaillier bien pensant relativement prospère. Veuf et n'ayant qu'un fils unique, Sébastien, il a de grandes ambitions pour lui. Elève assez médiocre, l'enfant ne s'intéresse guère aux études, il préfère de loin courir la campagne avec ses petits copains campagnards. Mais son père l'inscrit au prestigieux collège Saint François Xavier de Vannes, tenu par les Jésuites. Il espère que son fils lui fera honneur et qu'il pourra s'introduire dans les milieux aristocratiques d'où seront issus la plupart de ses camarades de classe. Malheureusement, rien ne se passe comme prévu. Sébastien est rejeté par toute sa classe à l'exception d'un certain Bolorec, élève silencieux, voire mutique car rejeté lui-même pour sa laideur. Un brillant jésuite, le père de Kern finit par s'intéresser au cas « Sébastien Roch ». Va-t-il lui venir en aide ou aggraver son sort ?
Ecrit en 1889, ce roman psychologique et social reste étonnamment d'actualité par les thèmes qu'il aborde : la discrimination sociale, l'ambiance délétère des internats de garçons, la pédophilie (et l'homosexualité, mais de façon plus diffuse) sans oublier le pacifisme et une certaine forme d'anarchie. Octave Mirbeau, auteur un peu oublié de nos jours, mériterait de sortir au plus vite de son purgatoire tant son oeuvre, écrite de façon magistrale, dans un français impeccable, limpide, et agréablement lisible, est celle d'un précurseur et d'un visionnaire. Une histoire touchante et lamentable qui s'achève en drame. Un jeune héros dont la démarche est finement analysée du point de vue psychologique côtoie des personnages secondaires tout aussi intéressants même s'ils sont nettement moins positifs. Un ensemble proche du petit chef d'oeuvre, dans la veine d'un Maupassant ou d'un Dickens...

A (re)découvrir absolument

10 étoiles

Critique de Eric B. (Bruxelles, Inscrit(e) le 15 février 2001, 56 ans) - 22 avril 2012

Sans doute l'un des plus grands textes sur la pédophilie, à lire absolument pour comprendre les stratégies perverses de l'abuseur en vue d'arriver à ses fins. Car, au risque de dévoiler l'intrigue, c'est bien de cela que Sébastien sera la victime, de la part d'un de ses précepteurs, prêtre de surcroît, qui repère en lui la proie idéale vu sa fragilité, son isolement et son besoin de reconnaissance. Etonnant que ce roman si actuel - même s'il a plus d'un siècle - ne soit pas plus connu. Par son sujet et la manière de le traiter, il mériterait autant de notoriété que "Le journal d’une femme de chambre" ou "Le jardin des supplices", les deux livres les plus célèbres (ou les moins oubliés) d’Octave Mirbeau. "Sébastien Roch" est plus sobre dans sa forme, mais c'est un roman d'une très grande finesse d'analyse et qui se tient de bout en bout. On l’a probablement trop longtemps occulté ou rangé parmi les œuvres anticléricales, alors que l’enjeu est bien au-delà.

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