Je suis un assassin de Laurent de Graeve

Je suis un assassin de Laurent de Graeve

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Bluewitch, le 21 août 2002 (Charleroi, Inscrite le 20 février 2001, 43 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (21 746ème position).
Visites : 4 081  (depuis Novembre 2007)

Ultime face-à-face avec la mort

Ce roman posthume de Laurent de Graeve n’en est certainement pas le plus heureux ni peut-être le plus abouti, mais il en est certainement le plus criant de douleur, de lucidité et de pureté.
Ici, l’auteur se lance dans un pseudo-thriller qui sert de trame à une réflexion métaphysique sur la mort, son absurdité et sa beauté. C’est l’inspecteur William de Leeuw qui sera le personnage central de ce roman. Sur les traces d'un serial killer sévissant dans le milieu homosexuel de Bruxelles, il se découvrira de nombreuses similitudes avec les victimes et, plus encore, une attirance brutale pour leur meurtrier.
William est lui-même homosexuel. Trente-deux ans, visage angélique et corps de rêve, il enchaîne les aventures où le sexe, pur et sauvage, est le principal moteur. Mais la mort est là, qui rôde autour de lui et s’infiltre dans son quotidien. C'est une relation intime, sans pudeur, ni contrainte. De même que l’histoire qu’il vit déjà avec l'assassin…
Ce sont les peurs, les désirs les plus noirs et les plus profonds, les souvenirs douloureux, les humiliations, l'amour, qu'expose Laurent de Graeve au travers de ce roman déroutant, bouleversant et qui vous fait l’effet d’un vent froid en plein visage. Jusqu'à l'ultime clin d'œil de cette troisième victime nommée. Laurent de Graeve, que William devait justement rencontrer. Il n'est pas encore mort lorsqu’on le retrouve mais va-t-il survivre, lui ?? Non. bien sûr que non. C’est une descente aux enfers, où William passera du rôle de victime à celui d'assassin.
Rien n'est dit au hasard, aucun acte ne manque de sens et tout est là pour nous parler de cette fin inéluctable. Roman inachevé mais dont la spontanéité fait un peu peur. C'est une écriture pure et forte, impressionnante, même. Un écrivain qui n’avait pas peur des mots mais les respectait avant tout. Laurent de Graeve a quitté ce monde avant de pouvoir en dire plus et c'est un besoin obsédant d’écrire qui m'apparaît dans ses romans, comme s'il savait que le sursis ne serait jamais suffisamment long. Des noms qui ne semblent pas choisis par hasard et pourtant le lien avec les sentiments ne semble pas connu de qui que ce soit d’autre que de l'auteur. Même pas peut-être…
Et toujours omniprésente, la mort. La mort comme amante.
« La mort se rapproche de moi, Elizabeth. Elle me guette. Cela fait des semaines que je vis dans un perpétuel courant d'air. Je sens que je me détache du monde des vivants. La distance entre eux et moi s'agrandit tous les jours. Et le pire peut-être, c’est que cette idée, aussi morbide qu'elle soit, ne m'effraie même plus. C’est comme si j'avais accepté que la mort s'empare de moi. Je n'ai plus la force de résister. Touche mes mains ! Elles sont glacées. »
Ce roman m'a retournée, mais que cet aspect faussement morbide du roman ne vous arrête pas. Pour moi, Laurent de Graeve était un VRAI écrivain. De ceux qui, en fin de compte, écrivent pour vivre.

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Roman posthume d'un auteur belge

8 étoiles

Critique de Nirvana (Bruxelles, Inscrite le 7 avril 2004, 50 ans) - 14 septembre 2004

Que dire de plus à la lecture de la très belle critique de Bluewitch?
L'intrigue du roman est classique, mais ici, c'est la personnalité des personnages, ambigus, qui prime.
En peu de mots, Laurent de Graeve cisèle un héros fatigué, autour duquel la mort rôde en permanence, tant par la criminalité qu'il a pour rôle de réprimer que dans son entourage proche, le Sida provoquant une hécatombe dans le milieu gay.
Au fil du roman, on s'aperçoit que la Mort, cette ennemie qu'il cotoie, est parfois devenue son alliée.
Cette critique sert surtout à remettre en avant un écrivain belge, pour répondre à un des posts concernant les auteurs belges.

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