Le seigneur des porcheries de Tristan Egolf
( Lord of the barnyard)
Catégorie(s) : Littérature => Anglophone
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Une passionnante étude de milieu
Il s’agit ici du premier roman de Tristan Egolf qui, à ma connaissance, n'en a pas encore écrit un second.
Il date de 1998, et il faut féliciter Gallimard qui l'a découvert et fait traduire.
L’action se passe dans un trou du Midwest. Le personnage principal s'appelle John Kaltenbrüner, nom des plus allemands dans une région où l’immigration d’origine allemande fut très importante.
Manifestement, le jeune John, bien que très intelligent n’est pas fait pour l’école. Il ne s'y adapte pas, tant son type d'intelligence est différent des autres. Son père est mort quelques années plus tôt et il vit sur la ferme familiale avec sa mère. Une tornade arrive et sa mère perd la raison. Tout tourne au drame et contre lui.
Nous découvrons alors une macabre organisation : celle des " harpies méthodistes de Baker " et la mère de John devient leur proie...
John va travailler dans un abattoir de dindes. Il éventre, étripe pendant des semaines, dans une ambiance infernale, avec des cadences de fous. Quelques pages surréalistes...
La petite ville et sa population sont décrites ainsi : " A cet égard, la consommation d'alcool sous à peu près toutes ses formes est, d'un point de vue tant historique que contemporain, aussi inséparable de la généalogie et du patrimoine de la plèbe de Baker que son credo profondément ancré de jalousie, de méfiance et de mépris de son prochain. Les deux sont, en fait, liés et courent, main dans la main, à travers toute l’histoire de Pullman Valley depuis sa colonisation par les Européens. " Voici pour le décor !.
John Kaltenbrüner quitte l’abattoir de dindes et devient éboueur, pour le plus grand malheur de la ville... Il fera payer cher tout le mépris dont il aura été accablé !...
Cette année là, le match de basket annuel entre les Pumas de Baker et les Faucons de Pottville sera un moment qui ne sortira pas de si tôt de la mémoire collective des concitoyens de John !...
Ce livre est une extraordinaire description du mental du Middle West le plus étroit, mesquin et petit. John Kaltenbrünner en aura souffert, mais sa vengeance sera grande.
Tristan Egolf nous montre un talent de grand écrivain et nous devons espérer qu'il nous donnera encore bien d'autres livres d'une telle qualité !.
Les éditions
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Le seigneur des porcheries [Texte imprimé], le temps venu de tuer le veau gras et d'armer les justes Tristan Egolf trad. de l'anglais par Rémy Lambrechts
de Egolf, Tristan Lambrechts, Rémy (Traducteur)
Gallimard / Du monde entier (Paris).
ISBN : 9782070749966 ; 6,18 € ; 09/10/1998 ; 421 p. ; Broché -
Le seigneur des porcheries [Texte imprimé], le temps venu de tuer le veau gras et d'armer les justes Tristan Egolf trad. de l'anglais par Rémy Lambrechts
de Egolf, Tristan Lambrechts, Rémy (Traducteur)
Gallimard / Collection Folio
ISBN : 9782070414734 ; 9,70 € ; 18/10/2000 ; 608 p. ; Poche
Les livres liés
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Les critiques éclairs (10)
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Un roman singulier
Critique de Sundernono (Nice, Inscrit le 21 février 2011, 41 ans) - 9 janvier 2018
Et si je m’attendais à un roman un peu à part, sur ce point là je n’ai pas été déçu.
Le seigneur des porcheries est un roman vraiment particulier, notamment par rapport à l’histoire qu’il nous narre : celle de John Kaltenbrüner. Un être au destin singulier et particulièrement tragique qui développera une puissante rancœur envers la communauté qui la vu naître.
L’histoire étant bien résumée dans les critiques précédentes je vais essayer de mettre en avant mon ressenti de lecteur. Tout d’abord je peux dire que j’ai apprécié ce roman, surtout pour sa première partie qui met en place l’environnement si particulier dans lequel grandira John. L’histoire de sa famille ainsi que les particularités de Pullman Valley sont bien développées et constituent un parfait terreau pour la suite du roman consacrée à la phase adulte de John et la crise qui s’en suivra.
C’est cette deuxième phase qui m’a moins « emballé ». Je l’ai trouvée parfois poussive et trop exagérée. Certes cette partie se voulait exaltante mais j’ai été tout de même déçu par son traitement. J’aurais aimé que cette vengeance soit plus fine, plus malsaine même et surtout plus réaliste. Dommage.
Un bon roman tout de même !
Humour noir
Critique de Yossarian (, Inscrit le 6 février 2013, 64 ans) - 6 février 2013
Un tourbillon de folie
Critique de Araknyl (Fontenay sous Bois, Inscrit le 5 mai 2006, 54 ans) - 29 novembre 2012
Aussi déjanté que "la conjuration des imbéciles" de Toole, aussi loufoque qu'un bon Bukowski, aussi cynique qu'un roman de Fante, ce livre m'a pris et ne m'a plus lâché jusqu'à la dernière page. Je ne compte plus le nombre de fois où j'ai oublié de descendre à la bonne station de métro, plongé que j'étais dans cet incroyable et magistrale histoire.
On ne respire plus mais on halète, on ne marche plus mais on court, on ne dort plus mais on cauchemarde... Egoff, à travers John Kaltenbrunner, nous embarque dans la folie de cette société mesquine, étroite, renfermée, malsaine du fin fond des Etats-Unis, sans épargner rien ni personne. Un vrai chef d’œuvre...
Roman riche par un écrivain de talent
Critique de GiLau (Annecy, Inscrite le 18 septembre 2010, 61 ans) - 19 novembre 2011
Pour ma part, j'ai eu besoin d'un temps de "digestion" après cette lecture pour finalement l'apprécier car on ressort de l'aventure, quelque peu exténué !
Ebouriffant
Critique de DE GOUGE (Nantes, Inscrite le 30 septembre 2011, 68 ans) - 7 octobre 2011
Quel plaisir que cette lente montée de prise de conscience de droit à exister d'éboueurs : les parias d'une Amérique (d'une France, d'une Europe, d'un monde ?) qui a besoin d'avoir d'un autre à mépriser...
Je suis triste que Tristan EGOFF se soit suicidé si jeune , pour lui, pour nous, pour moi ! J'aurais aimé lire ce qu'il aurait pu produire.
Son écriture était trop belle : échevelée ou drastique mais toujours appropriée.
Lisez le. Je lui donne toutes les étoiles, je suis une addict aux livres, c'est celui qui m'a le plus bouleversée ces derniers mois.
Inégal
Critique de Wmgec (, Inscrit le 21 juillet 2005, 55 ans) - 2 février 2006
1° Si la société de Baker a des spécificités bien américaines, ce roman est cependant tout à fait transposable à d'autres pays dont la France: Nous avons aussi nos "intouchables" qui pour se rappeler à notre bon souvenir ne font pas la grève du ramassage des ordures mais brûlent des voitures (cette dernière assertion est, j'en conviens, très approximative).
2° Il s'agit ici d'une farce, d'une oeuvre satirique et défoulatoire. L'auteur force un peu le trait et donne à son roman une allure de blague potache visant à "choquer le bourgeois"
J'aurai donc préféré un petit peu plus de finesse (y compris stylistique) mais tel n'était peut être pas le but de l'auteur.
Ouf, fini !
Critique de Cuné (, Inscrite le 16 février 2004, 57 ans) - 24 janvier 2005
Tout à fait ce genre de livre-tourbillon qui vous prend, vous mâche, vous disloque et vous rejette, épuisés, vaincus...
En très très résumé, on découvre ici l'histoire de John Kaltenbrunner, qui commencera comme créateur de basse-cour à 8 ans, pour finir par trouver la mort comme exutoire de la haine d'une petite bourgade du Midwest américain. Bourgade raciste, bigote, arriérée et terrible. Son histoire nous est narrée par ses derniers collègues, de détails en points minuscules, l'histoire d'une vie, absurde.
Si je reconnais bien des qualités à ce roman ébouriffant, j'ai bien peiné pour en venir à bout, trouvant particulièrement pénibles ces tournures incessantes du futur employé comme prédictions macabres. Truc devra se souvenir longtemps de... plus tard il devra en dire... etc... un certain emploi du présent aurait rendu la lecture plus facile !
Bref, il faut avoir envie de s'y plonger vraiment, c'est une oeuvre qui "demande" beaucoup au lecteur... Pour ma part le style m'a lassée assez vite, quoi que l'histoire soit réellement extra-ordinaire !
En quelque sorte ça a bien des points communs avec La malédiction Henderson, de David Adams Richards, que je vous recommande fortement, sauf qu'ici l'écriture est plus factuelle, plus dans le détail, et beaucoup moins dans l'analyse psychologique du phénomène.
Merci à Pendragon...
Critique de Jules (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 80 ans) - 3 octobre 2002
... ou comment la brique devient pierre angulaire !
Critique de Pendragon (Liernu, Inscrit le 26 janvier 2001, 54 ans) - 3 octobre 2002
Ce roman est une véritable pierre angulaire d’une sociologie directe, franche et sans bavure d'une petite ville des Etats-Unis, Baker, dans le Midwest, représentation microcosmique de toutes les petites bourgades où subsiste le même esprit de clocher concentré sur lui-même, centré en son sein et prétexte, sinon excuse, à toutes les dépravations de l’inintelligence de ceux qui ne regardent pas au-delà de la barrière.
John Kaltenbrunner est un enfant du pays, aussi « blaireau » que tous les autres, à la différence qu’il ne demande rien à personne, se suffit à lui-même et surtout, surtout, rejette complètement et sans la moindre trace de remords ou de fioritures toute l'institution de Baker. Il s’en fout, il s’en tape, il ne veut pas entendre parler de ces gens mesquins, imbéciles, abrutis d'alcools et d’hypocrisie, il les rejette. Le problème est qu'il commence tôt, à huit ans déjà, il veut vivre en autarcie et, même pour quelqu’un d'aussi intelligent que lui, ce n'est pas évident. Cependant, il essuie tous les plâtres, il passe au travers de tout et de tous, avec la rage de vaincre. Puis survient la tempête décrite par Jules, il y perdra tout et même au-delà.
Les années passent, la prison, le fleuve, le dépeçage des oies, les éboueurs…
Et toujours cette insatiable soif de vengeance, toujours cette rage et cette fureur qui le poussent vers l'avant, qui le font traverser les épreuves les plus sordides, les plus abjectes et qui le font tout simplement. survivre !
De John on peut lire « qu’un objet en mouvement tend à rester en mouvement », c’est effectivement ce qui le caractérise le plus. Il se vengera de Baker, mais à quel prix !
Grand roman, magnifique roman, souffle puissant et ravageur, dévastateur ! L’écriture d'Egolf convient parfaitement à son message. Claire et directe, elle montre les faits, précise et minutieuse, elle décrit les événements, rapide et crue, elle nous fait sentir l'atmosphère lourde et oppressante de cette vie dont la chance était totalement absente. Quant à la psychologie, ma foi, elle est tout simplement parfaite !!!
C'est effectivement son premier, long, roman, mais il vaut le détour !
Le porc n'est pas celui que l'on croit….
Critique de Heyrike (Eure, Inscrit le 19 septembre 2002, 57 ans) - 22 septembre 2002
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