Premier bilan après l'apocalypse de Frédéric Beigbeder

Premier bilan après l'apocalypse de Frédéric Beigbeder

Catégorie(s) : Sciences humaines et exactes => Critiques et histoire littéraire

Critiqué par Killeur.extreme, le 17 septembre 2011 (Genève, Inscrit le 17 février 2003, 42 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 8 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (11 894ème position).
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Les 100 livres du XXème siècle selon Beigbeder

10 ans après "Dernier inventaire avant liquidation", pour rappel Beigbeder y commentait les 50 livres du XXème siècle choisis par 6'000 votants clients de la Fnac. Ce "premier" bilan peut se voir (et doit se voir) comme un complément, mais cette fois Beigbeder commente ses propres choix, certains auteurs du "dernier inventaire" sont présents (Vian, Sagan, Gide, notamment), mais les autres sont des coups de coeur personnels.

Ce choix fera moins l'unanimité que "Dernier inventaire", c'est vraiment un livre subjectif et totalement personnel, ça ne sert à rien de dire : "moi, j'aurais mis...., mais pas ..., c'est subjectif, d'ailleurs la majorité des livres que Beigbeder a choisi, je ne les ai pas lu, mais il donne envie de les lire.

Begbeder ne se prive pas non plus de mettre des auteurs contemporains (Jauffray Depentes, Houelbecq), certains sont logiques ("les Bienveillantes" prix Goncourt et prix de l’Académie française doit faire partie d'un classement comme celui-là) d'autre surprennent (Simenon en 14ème, certains l’auraient mis plus bas) , mais tous sont vraiment des livres qu'il défend avec son coeur et ses tripes, il fait aussi dans sa préface une défense du livre sur support papier contre le support numérique, libre à vous de soutenir son combat, moi je suis plus perplexe, la disparition du livre est à mon avis inévitable, tout dépend si elle sera à court terme ou à long terme, on verra bien.

On peut contester ses choix, mais on doit admettre que Beigbeder aime la littérature et cet essai le montre bien.

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La subjectivité littéraire d'un dandy bobo

8 étoiles

Critique de Veneziano (Paris, Inscrit le 4 mai 2005, 46 ans) - 16 février 2013

Frédéric Beigbeder assume son personnage, la subjectivité qui en résulte, ses goûts un tantinet snobs et décalés, ses attirances pour les personnages hors norme, quelque peu en marge. Et il admet, d'emblée, prendre en compte la personnalité et la vie de l'auteur dans l'appréciation de ses livres, ainsi que son caractère jouissif, son style, sa poésie, sa faculté à dériver et à faire vibrer.
La démarche est assumée comme étant très personnelle, mais en restant foncièrement transparente, donc honnête. Le résultat de ce classement est donc, par nature, subjectif, critiquable, mais il a du sens : les critères sont expliqués, et le résultat est cohérent avec la grille d'analyse.
J'ai apprécié l'alternance et la répartition plutôt égalitaire entre Européens et Américains, l'attirance pour l'underground me fait sourire, voire me laisse songeur, selon mes humeurs. Je crois que je prends de l'âge... Et, en effet, ce classement est moins consensuel que le Dernier inventaire avant liquidation, dont la démarche est bien tout autre, vu qu'il est le fruit d'un classement issu d'un vote populaire.

L'ensemble est intéressant, et me donne des idées de lecture, en fonction de nos goûts respectifs, et c'en était bien le but. L'opération est donc plutôt réussie.

Des chiffres et des lettres

8 étoiles

Critique de Marvic (Normandie, Inscrite le 23 novembre 2008, 65 ans) - 12 février 2012

Les chiffres

102 livres présentés
97 auteurs
mais seulement 9 femmes
62 livres sont critiqués sur CL
1 auteur cité trois fois (Régis Jauffret... bizarre!)
1 CD (« Ce que fout Téléphone dans un livre sur la littérature? Simple caprice d'auteur groupie. »)
21 des auteurs présentés lus
11 livres lus
Envie d'en lire une vingtaine
et ce livre là est critiqué par 6... hommes!
Premier livre de ma « LAL Beigbeder », grande déception à la lecture de Virginie Despentes.

Des lettres
Si l'homme a une réputation sulfureuse, ce livre est celui d'un professionnel; d'une érudition impressionnante, à l'écriture riche et dynamique.
« par exemple moi je suis critique littéraire mondain romancier audiovisuel narcissique naïf cynique innocent amoureux solitaire triste riche mégalo gentil méchant et encore ce n'est qu'un bref aperçu je change tout le temps comme tout le monde »

J'ai donc pris du plaisir à lire cet ouvrage dont je partage quelques idées.
« Lire des romans pendant des heures me semblait une liberté suprême. »

Les premières pages sont consacrées au support papier auquel il est très attaché. Il cite d'ailleurs l'excellent « N'espérez pas vous débarrasser des livres » et évoque un fait auquel je n'avais pas pensé (et qui est pour moi partie prenante de la lecture): « la visualisation de l'avancée de la lecture, le tiers, la moitié du livre m'est très importante et n'est possible que dans le livre papier »

Quant aux choix faits par Beigbeder, je trouve que les auteurs ou les livres parlant de drogue, de sexe, d'alcool sont sur-représentés mais comme il le dit lui-même: « Et bien qu'humbles, mes goûts et mes couleurs ne se discutent pas. »

On trouvera aussi quelques belles formules piquantes comme
« Tomber amoureux d'une morte, c'est se prendre un râteau éternel » mais je vous laisse le plaisir de découvrir les nombreuses autres.

Et c'est ainsi que Beigbeder est grand

8 étoiles

Critique de Gnome (Paris, Inscrit le 4 décembre 2010, 53 ans) - 18 janvier 2012

"Premier bilan après l’Apocalypse", c’est le résultat du croisement du Top 50 et du journal de Jules Renard qui aurait frayé avec Bukowsky et Bret Easton Ellis.
Sous couvert de l’apocalypse imminente qui sera, selon lui, causée par l’avènement de l’édition numérique, Beigbeder liste sous forme de classement les 100 livres du XXème siècle (qui selon lui court encore) qu’il lui faut sauver. C'est à dire ses 100 livres préférés à lire sur papier avant qu'il ne soit trop tard.

Premier postulat : un livre qui, selon beigbeder, ne dérange pas ou ne remet pas en cause l’ordre établi ne mérite pas d’être lu.
Second postulat : un livre qui parle outrageusement de drogue, de sexe et/ou de meurtres sauvages a, à priori, toutes les chances d’intéresser Beigbeder.

Manque de chance, je n’aime pas trop les histoires à scandale, de déglingue et de fesse, et je suis difficilement sensible aux aventures de « mecs qui portent une fleur fanée à la boutonnière d’un smoking qui pue la cigarette et le vomi ». Je n’ai donc pas eu grand chose à cirer d’une part non négligeable des bouquins du classement de Beigbeder, et de plus, quand celui-ci s’est avisé de me parler des livres que nous avons communément lu, il s’est presque toujours agit de bouquins que je n’ai pas aimé (comme "Un homme" de Roth), ou détesté (du type "L’écume des jours" de Vian). Le « presque toujours» impliquant qu’il y a heureusement des exceptions, telles que "Les Bienveillantes" de Littell et quelques autres.

Oui, mais voilà : Beigbeder parle mon langage, et même si je ne partage pas beaucoup de ses goûts littéraires, il n’en reste pas moins que dans ce livre -qui comme tous les autres parlent de leur auteur- il me fait rire et partage certaines de mes angoisses et interrogations. Sur les 100 de son classement, je n’ai coché que 18 livres dont la critique m’a donné envie de les lire, et pourtant je serais prêt à relire "Premier bilan après l’Apocalypse" car j’aime la façon qu’à Beigbeder de balancer ses vérités, ses aphorismes, sa réelle érudition littéraire et ses gouts péremptoires puisqu’il fait presque toujours en sorte que cela ai du sens à mes yeux…
J’aime quand il assène « Vialatte est un des trois stylistes du XXème siècle (les deux autres sont Larbaud et Blondin). » et quand, toujours au sujet de Vialatte, il indique « Il n’est pas impossible que "Chroniques de la Montagne" soit le plus beau livre de toute ma bibliothèque. »
J’aime quand il écrit « Vous verrez que nous ne regretterons pas le XXème siècle. Au contraire, dans quelques décennies, nos enfants auront du mal à comprendre comment nous avons accepté de sacrifier nos jeunesses pour rembourser le crédit d’une Jeep à quatre roues motrices, quand il suffit de déclamer un quatrain de Toulet pour être heureux à pied. » ... Il oublie juste que Toulet est un poète du XXème siècle, mais on le lui pardonne !
J’aime quand il confesse pourquoi il fut un mécréant durant des années à refuser obstinément de lire Simenon (« la pipe pleine de bave de Jean Richard », ça vous parle ?) et de conclure sur Simenon : « Un belge mort en Suisse, c’est avant tout un type qui a réussi. »

Beigbeder est-il un réac’ décadent ou bien un progressiste nostalgique ? Je penche personnellement pour la première hypothèse et préfère quand il parle des livres de veine classique avec son regard original et iconoclaste des beaux quartiers, genre marginal-conventionnel. En revanche, c’est quand il donne dans le trash revival façon eighties qu'il est selon moi le plus souvent mauvais car il se transforme cliché de Beigbeder, version pathétique. Mais je crois qu’il aime donner aussi cette image de lui car il y a chez cet homme une bonne dose de masochisme plus ou moins bien assumée.

Ce bouquin, cette histoire d'amour littéraire, m’a permis de vérifier que Beigbeder est un excellent critique (cela devrait donc intéresser certains de ceux qui s’adonnent à ce jeux ici même) et au passage d’y trouver l’un des meilleurs plaidoyers pour la survie du livre papier face à l’édition électronique. J’avais prévu de lire « Premier bilan après l’Apocalypse » en le picorant de temps à autre (aux toilettes, pour tout vous dire) et finalement, je l’ai lu comme un roman autobiographique. C'est-à-dire pas aux toilettes.

On en reparle après la fin du monde

7 étoiles

Critique de Numanuma (Tours, Inscrit le 21 mars 2005, 51 ans) - 18 décembre 2011

Il faudra bien, un jour, se pencher sérieusement sur le cas Beigbeder. Ecrivain mondain, chroniqueur décalé, ex-pubard, tignasse toujours parfaite, élégance recherchée mais sans ostentation, agaçant, énervant, il réussit ce qu’il entreprend. Bref, en France, pays où il faut choisir sa case, Beigbeder, avec son expérience et ses changements de parcours dérange. Pas bien de réussir comme écrivain quand on a vendu des paquets de lessive, pris de la coke, fumé des joints, tiré des putes, pas bien ! Pourtant, je veux bien le croire quand il écrit, page 111 : « L’avantage avec la publicité c’est que c’est un métier qui vous donne le goût des mots et, après quelques années, les moyens d’arrêter ce métier ».
C’est tout l’intérêt de cet ouvrage qui nous ressemble, nous qui écrivons sur ce que nous lisons. Si je devais regrouper toutes mes chroniques en un volume, cela pourrait ressembler à celui qu’il vient d’écrire sauf que je ne ferais pas de classement.
Si ça se trouve, Beigbeder est présent sur Critiques Libres, sous pseudo…
Il n’y avait pas grand mystère sur le nom du premier de la liste, Beigbeder est fan de Bret Easton Ellis, il le revendique haut et fort, clame son amour et son admiration pour l’écrivain américain le plus souvent possible au point que cela fini par devenir gênant. Bref, American Psycho trône à la première de son classement des 100 plus grands romans du XXeme siècle de son parade perso. Et je ne suis pas loin de penser comme lui : "le roman qui assassine le 20ème siècle, le chef-d'oeuvre du nihilisme définitif, le roman ultime de la déshumanisation, le meilleur roman du 20ème siècle car il a digéré tous les autres».
Sauf, que je ne suis pas un fan aussi inconditionnel et que je n’ai pas réussi à lire entièrement aucun des ouvrages d’Ellis post American Psycho. Le name dropping à outrance a ses limites.
Précisons : ce classement regroupe les 100 œuvres, il n’y a pas que des romans, on y trouve des nouvelles, des mémoires et même le premier album de Téléphone, bien joué Frédéric, que l’auteur souhaite conserver au XXIeme siècle, 100 années terribles qui devraient manger tout cru la littérature papier au profit du tout numérique qui a déjà croqué l’industrie du disque (sauf que le vinyle se porte de mieux en mieux). Ce faisant, Frédéric fait la pub pour son bouquin sans en avoir l’air. Pubar un jour…
Je ne suis pas convaincu par cet alarmisme mais il faut bien reconnaître que si les éditeurs se débrouillent aussi mal que les producteurs de musique, il y a du souci à se faire. Cependant, je crois qu’une cohabitation papier/tablette numérique est plus que souhaitable : indispensable.
Comme je l’ai dis plus haut, si je devais regrouper mes chroniques en volume, elles auraient des points communs avec la sélection de Beigbeder, en un peu moins aventureux, je dois le reconnaître. Un des points communs serait ce côté autobiographique qui affleure de ci de là plutôt agréable car, loin de donner un aspect pédant au bouquin, on découvre l’auteur par touches. Globalement, un gars sympa, qui aime lire et faire la fête : « par exemple moi je suis critique littéraire mondain romancier audiovisuel narcissique naïf cynique innocent amoureux solitaire triste riche mégalo gentil méchant et encore ce n’est qu’un bref aperçu je change tout le temps comme tout le monde ». Notez l’absence de ponctuation.
Plus biographique encore, on apprend que, en 2000 Frédéric Beigbeder dinait avec sa femme Delphine au Monteverdi rue Guisarde et que sa fille Chloé a eu une otite et, qu'en 2011, il ne vit plus avec Delphine. On s’en fout un peu et en même temps, ça rapproche.
Je ne parlerai pas de style, il n’y en a pas, ce n’est pas le lieu ni l’objet de ce livre mais on y trouve beaucoup de belles phrases délicates et bien ficelées. Ainsi, à propos de Blondin : « Blondin est notre Fitzgerald. Il marie la mélancolie et la fête, il cache de la profondeur dans les plaisanteries, il ne pleure pas, il n’éclate pas de rire, il fabrique juste de la beauté ».
A côté de ça, chaque critique, ou presque, est l’occasion de donner une définition ou un rôle du roman, ce qui devient agaçant à la longue, tombant parfois des réflexions dignes d’un collégien découvrant les vers envoyés par une jeune amoureuse : « Les plus belles phrases sont celles qu’on ne comprend pas tout à fait mais qu’on ressent profondément : elles s’adressent à notre âme davantage qu’à notre cerveau ». Certes…
L’image est éculée mais voila, c’est bien d’une auberge espagnole qu’il s’agit, bordélique et joyeuse. Les choix de Beigbeder sont larges (des auteurs établis, des petits maîtres, des futurs grands, des erreurs de casting, etc. …), ils ont sûrement fait beaucoup parler sur les plateaux télés et dans les salons mais cette lecture est totalement libératrice, jubilatoire et instructive (à chaque auteur sa petit bio). Et puis, page 241, il y a cette longue définition de ce que devrait être l’écrivain qui devrait être inscrite au fronton de chaque libraire, maison d’édition et fac de lettre : « Au fond, un écrivain, ça devrait toujours ressembler à ça : un type ivre mort, bronzé et halluciné, torse nu, sans le sous, avec un bob sur la tête et un fume-cigarette au bec, en train de vociférer sur une plage, dans un pays lointain et ensoleillé. » La citation en s’arrête pas là mais je ne vais pas vous priver du plaisir de la lire vous-même !

La fin de la littérature est-elle possible ?

6 étoiles

Critique de AmauryWatremez (Evreux, Inscrit le 3 novembre 2011, 55 ans) - 4 novembre 2011

Frédéric Beigbeider est horripilant, très agaçant, parfois pénible. « Né coiffé », il a bénéficié des privilèges que lui offrait son milieu pour s'y épanouir et faire ce qu'il veut quand il le veut : lire, beaucoup, écrire, beaucoup, sortir, beaucoup, boire, beaucoup, faire un boulot qui fait rêver les filles et la société consumériste, s'amuser. C'est une tête à claques télévisuelle, un parangon de la connivence dite germanopratine, dont il est conscient, qu'il assume, qui règne dans les milieux culturels en général, et littéraires en particulier, où tout le monde se connait, se coopte, se dispute pour de rire, où l'on couche les uns avec les autres, où les polémiques les plus dures sont en fait des farces grotesques que l'on joue au gogo pour lui faire plaisir.
Et surtout, surtout, Beigbeider est un dilettante à qui tout semble réussir sans qu'il n'ait à trop se fatiguer.

Voilà son crime aux yeux des bonnes gens qui jalousent plus la réussite matérielle de cet auteur que sa culture littéraire authentique et profonde.

Car ce qui sauve ses précédents romans, et Beigbeider lui-même, c'est qu'il aime les livres passionnément.

Actuellement, on n'aime pas beaucoup la littérature, les prophètes d'un monde nouveau, prêt à éclore selon eux, les circonstances préludant à cette éclosion différant selon l'idéologie qu'ils ont à vendre. Ces prophètes, la plupart de temps de malheur, ils promettent l'enfer et la dévastation à qui ne suit pas leurs recettes miracles qui passe la plupart du temps par la destruction de toute littérature qui ne sert pas leur cause.

Dans la tyrannie des imbéciles qui se profile dangereusement à l'horizon, la littérature est considérée comme inutile, obsolète. Beaucoup de cuistres affirment ne pas lire de romans mais des « livres sérieux », comme si la faculté de créer des mondes avec des mots, comme si l'imagination, comme si ce don consistant à exprimer la joie, la peine, la colère, la réflexion, ce n'était pas vraiment sérieux.

Beigbeider fait aussi dans son bilan des choix extrêmement subjectifs, parfois agaçants encore, il place par exemple des copains dans son bilan, (après tout on lui pardonnera de défendre ses amis), mais en bon littéraire il ne prétend pas à la sagesse omnipotente, et invite le lecteur à faire comme lui.

Dans la tyrannie des imbéciles l'on prétend à l'objectivité, on fait mine de se placer au-dessus de la mêlée. Autre pointe d'agacement que l'on ressent, c'est quand l'auteur de ce bilan parle de son expérience d'éditeur et de son enthousiasme pour « Hell » de Lolita Pille, qu'à l'entendre il aurait traité comme tous les autres manuscrits qu'il reçoit, ou pour Simon Liberati, le deuxième écrivant certes mieux que la première, maintenant recluse chez sa mère, surendettée et abandonnée par le milieu de rebelles à mèche mondains qu'elle fréquentait auparavant, mais tous deux étant des compagnons de virées pas toujours « tziganes » de Beigbeider.

Beigbeider fera hurler sur le net et ailleurs les défenseurs du livre numérique censé être moins cher, plus indépendant, et moins enclin à favoriser le clientélisme, le copinage, le népotisme, et en plus être écologiquement plus admissible, plus correct. Les défenseurs du livre traditionnel sont traités de « fétichistes », de réactionnaires nostalgiques d'une époque où la culture était réservée à une oligarchie.

Si personne ne conteste le copinage et le fait que les manuscrits qui parviennent à un éditeur sont surtout lus par des stagiaires débordés qui se contentent de les parcourir distraitement, tout écrivain non édité n'est pas forcément un génie méconnu qui mérite de plus l'être.

De plus, il y a une différence majeure entre la lecture sur papier et la lecture sur support électronique, plus diffuse, plus superficielle, moins concentré quoi que l'on en dise. Enfin, les livres ont une âme, une histoire, quelque chose qui les relient directement au lecteur, ils ont une odeur, une sensualité, totalement absente d'un écran impersonnel, celui-ci si perfectionné soit-il.

Hit-parade pour un siècle qui commence

8 étoiles

Critique de Nothingman (Marche-en- Famenne, Inscrit le 21 août 2002, 44 ans) - 3 octobre 2011

Après « Dernier inventaire avant liquidation » dans lequel il s’est déjà frotté à l’exercice, revoici Frédéric Beigbeder dans le genre de la chronique. Un genre qu’il semble affectionner tout particulièrement. Certains peuvent le trouver horripilant, mais force est de constater que ces cent chroniques sont toutes savoureuses. Ce classement, certes très subjectif, a l’avantage de sortir des sentiers battus, en mettant en évidence certains auteurs « underground ». Au départ de ce recueil , il y a moyen de faire pas mal de découvertes littéraires. Certes, il y a un zeste de copinage, il y a les dandys chers à l’auteur… C’est bien simple, ce classement compile sans doute ce que l’on fait de mieux en matière de clochards célestes, ayant brûlé la vie par tous les bouts…
En préambule, une sorte d’adieu au livre imprimé, ces tigres de papier qui selon l’auteur, risquent de se faire dévorer tout cru par les tablettes. Même si je n’ai pas spécialement envie d’intervenir dans le débat qui fait rage sur ce site, je prendrai volontiers sa défense, en espérant que le livre et le roman ont encore quelques belles années devant eux. Cela peut paraître désuet, mais il est bon parfois d’être désuet dans un monde où tout va trop vite. Rassurez-vous, cela n’empêche d’évoluer…
On se damnerait pour écrire l’une ou l’autre de ces chroniques. Chaque commentaire recèle des formules et des aphorismes définitifs à souligner, à retenir une vie durant.
En voici un petit panaché :
Pour « Clémence Picot » de Régis Jauffret : « Nous ignorons ce que nous cherchons, notre vie est une quête sans Graal. »
Pour « La lune en plein jour » d’Hanif Kureishi : « Bientôt écrire ne servira plus qu’à cela : donner aux hommes et aux femmes une dernière chance de se parler. »
Pour « Histoire d’amour » et « Promenade » de Régis Jauffret , encore : « Les villes modernes sont des hôpitaux psychiatriques géants. Tout est possible, donc rien n’arrive…. Nous sommes des explorateurs sans découvertes… La liberté a tué l’amour ».
Pour « Ivre du vin perdu » de Gabriel Matzneff : « Un écrivain a le devoir de désobéir aux règles, et son lecteur n’est pas obligé de le dénoncer au commissariat. »
Dans la même chronique : « L’amour est cette chose qui donne envie aux pessimistes d’être optimistes et aux optimistes d’être pessimistes. »
Et puis, last but not least, cet aphorisme splendide et cruel de vérité, dans la chronique de « Mon amie Nane » de Paul-Jean Toulet : « Les seules femmes dont on ne se lasse jamais sont celles qui nous font beaucoup de mal très gentiment. »
Il y en a pratiquement à toutes les pages.

Défendons le livre!

8 étoiles

Critique de Hervé28 (Chartres, Inscrit(e) le 4 septembre 2011, 54 ans) - 24 septembre 2011

Après "dernier inventaire avant liquidation" où Frédéric Beigbeder commentait un choix de livres, somme toute assez consensuel, le trublion de la littérature contemporaine nous revient avec ce livre, sorte de hit-parade de sa littérature.
Comme le disait précédemment Killeur, ce choix est plus que discutable voire très discutable.
Malgré mes connaissances en littérature, je reste scotché par l'étendue de cette sélection qui va de Kurt Cobain (sic!) à Valéry Larbaud , en passant par Georges Perec.
Je passe sous silence le nombre d'auteurs que je découvre avec ce bouquin.
Mais heureusement, Frédéric Beigbeder n'oublie pas de placer dans son panthéon Simenon, Karen Blixen,François Nourrissier ou encore Antoine Blondin. En mettant en avant Paul-Jean Toulet (cité à deux reprises pour deux oeuvres que j'admire: "les contrerimes" et "Mon amie Nane"), ce "Premier bilan après l'apocalypse" me ravit.

Ce livre vaut non seulement pour la présentation des oeuvres et des auteurs, souvent cocasses mais surtout pour son introduction (le "making of") , véritable déclaration d'amour à la littérature, et surtout au plus bel objet qui la porte, le livre papier qui, je le pense survivra aux tablettes informatiques et autres inventions.

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