La Disparition de Georges Perec

La Disparition de Georges Perec

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Lucien, le 12 juin 2002 (Inscrit le 13 mars 2001, 66 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 5 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (1 731ème position).
Visites : 6 901  (depuis Novembre 2007)

Blanc sur blanc

Ca avait disparu… Quoi ? ça, ça qui aurait pu, qui aurait dû sortir du lot, du rang, ça, tout à coup, plus là, sans qu’on s'alarmât. Un trou, un blanc. Un folio manquant dans un tas – cinq sur vingt-six. Un truc qu’on aurait mis, si on avait pu, dans un porto-flip. Mais non. Un flop. Un produit si courant, pourtant. Un machin si banal. Pas là. Mort ? Aboli, plutôt.
Ca avait disparu. Tout à fait disparu, ça avait connu la surproduction, la surconsommation puis, tout à coup, l'abandon. L’oubli. L'oubli par tout un chacun. L'oubli profond. Il souffrait, pourtant, Anton. Il avait mal, Anton Voyl. Alors, on avait tout fait. Un voisin compatissant l'avait conduit à l'hôpital Cochin, où un oto-rhino l'avait vu. Pas un tocard. Un crack. Ablation d'un sinus… A part ça : nada… Alors, on avait voulu savoir. On avait vu accourir tour à tour Amaury Conson, Augustus B. Clifford, Arthur Wilburg Savorgnan, Olga Mavrokhordatos. On avait pris aussi pour adjuvants Hassan Ibn Abbou, Aloysius Swann, Ottavio Ottaviani… Un fakir, un rabbin juif, un marabout franc-maçon. Nothing ! Alors, la mort. Alors, à la fin, la mort aux doigts d’airain, la mort aux doigts gourds avait fait son trou.
Puis, un jour - aujourd’hui ? - nous avions saisi un folio blanc qu’un jour on nomma «La disparition».
Un jour, nous tous – fous du mot, fadas du narratif, sado-masos du plaisir fugitif dont on jouit tout son saoul tandis qu’un quidam s’abrutit à la vision du foot - nous avions, nous aussi, voulu savoir quand… voulu savoir pourquoi. voulu savoir si, sans qu'aucun hasard s’y opposât, pour un an ou pour toujours. ça avait disparu.

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Les éditions

  • La Disparition [Texte imprimé] Georges Perec
    de Perec, Georges
    Gallimard / Collection L'Imaginaire.
    ISBN : 9782070715237 ; 11,17 € ; 31/12/1990 ; 319 p. ; Broché
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"Policier" stylé

9 étoiles

Critique de Tubaas (Vitry-sur-Seine, Inscrit le 2 mai 2012, 37 ans) - 5 mai 2012

Un roman de style et de genre : Perec parvient à subjuguer un exercice de style - tant formel que stylistique - pour en faire un véritable roman policier. Quand la contrainte devient sujet de l'inspiration, quand la langue est si habilement maniée, quand l'humour s'invite dans la narration, je ne peux dire que chapeau bas.

Ahurissant de virtuosité

7 étoiles

Critique de Tiziana Orlando (, Inscrite le 8 octobre 2011, 47 ans) - 9 novembre 2011

Quand on s'intéresse à la lecture et aux auteurs, il est inévitable de "tomber" sur Georges Perec. Son oeuvre la plus connue est "La vie mode d'emploi", roman-thèse, touffu mais assez remarquable par son originalité (structure "en cases correspondant aux différents appartements et pièces d'un même immeuble).
La Disparition mérite aussi un coup de chapeau et je recommande sa lecture à toute personne d'esprit curieux et ayant le sens de l'humour.
Sous la forme d'un exercice extrêmement difficile, celui d'écrire un livre entier sans utiliser une seule fois la lettre la plus fréquente en français (le e), Pérec s'emploie à poursuivre une intrigue fondée elle-même sur une disparition.. et s'entrelaçant à travers péripéties et personnages dont la plupart sont totalement "déjantés" comme on dirait aujourd'hui.
Il n'y a aucun ennui à la lecture (sauf peut-être quelques pages un peu longues, dans le style énumération de noms de fleurs ne comportant pas d'"e", ou autres...) et même une drôlerie qui affleure presque à chaque page.. car l'auteur est un joyeux farceur, et pas mal de dialogues sont franchement hilarants : à force de contourner des mots en principe inévitables - mais bannis puisqu’ils comportent un e ... -, le sens divague dans tous les sens, avec une force imaginaire inédite.
Il faut donc faire l'effort d'entrer dans cet univers pour en savourer toutes les joies pétillantes. C'est un régal quand on aime la langue française.

Maniaque

9 étoiles

Critique de Nance (, Inscrite le 4 octobre 2007, - ans) - 8 mars 2009

« Oui, il fallait un grand art, un art hors du commun, pour fourbir tout un roman sans ça » - Bernard Pingaud

En effet, tout un roman (un lipogramme) sans la lettre « e », c’est vraiment spécial. Je ne sais pas comment il fait pour être capable de raconter le mythe Oedipe, le poème Voyelles d’Arthur Rimbaud, La lettre volée d’Edgar Allan Poe (mais Dupin manque de pot ici !) et Moby Dick sans user de cette (précieuse) lettre. Je me suis perdue à quelques reprises, mais le récit devient plus clair au fur et à mesure que l’aventure progresse. J’ai préféré ce livre à Les revenentes (qui, complémentairement, n’utilise que la voyelle « e »), c’est aussi fou, mais c’est plus poussé.

La réapparition.

10 étoiles

Critique de Lucien (, Inscrit le 13 mars 2001, 66 ans) - 1 novembre 2003

Scandale chez les amoureux de Perec : la dernière édition de "la disparition", sortie dans la collection "l'Imaginaire" chez Gallimard en avril 2003, comporte plusieurs coquilles et notamment... trois "e"! Le cauchemar décrit par Perec dans "La boutique obscure" était donc prémonitoire (l'auteur des "choses" avait rêvé qu'il avait oublié des "e" dans son immense lipogramme). Les éditions Gallimard s'interrogent sur l'origine de pareils bourdons. Malversation? Simple maladresse? Une belle petite tempête dans l'encrier parisien...

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