Le Paradisier de Frédéric Clément

Le Paradisier de Frédéric Clément

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Camarata, le 17 février 2011 (Inscrite le 13 décembre 2009, 71 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (12 764ème position).
Visites : 3 503 

Nous les vigilants, anges de proximité,

Raphaël MOINEAU, gardien au musée du Louvre, trouve une plume sur le rebord du cadre d’un tableau, étant de nature fantasque et rêveuse il regarde par la fente de la plume qui lui révèle l’existence d’une belle ange ailée slalomant en roller entre les colonnes. C’est la copie conforme, hormis les ailes d’une jolie touriste de la veille, en robe jaune safran.
L’auteur du tableau est Poussin, admirateur de Virgile lui-même amoureux de Naples, ce qui dans une admirable logique conduit Raphaël MOINEAU à partir pour Naples, muni de ses plumes magiques bien sur
Au cours de ses pérégrinations, il aura l’occasion de regarder à nouveau par la fente de la plume et fera la connaissance de divers anges qui sont les anges gardiens des hommes et souvent des femmes, les vigilants.
Ils ont fort à faire pour veiller sur leurs protégés et sont bien souvent témoins impuissants de drames. Ils se confient à Moineau, heureux de partager leurs expériences parfois décevantes mais assez rocambolesques.

« Notre tache, à nous les vigilants anges de proximité, comme ils disent est éprouvante. Répugnante, infecte.
Parfois. On patauge dans l’abject. Souvent.

En 1838, à peine remis de mon chagrin, on m’attribua la vigilance d’un beau bébé roux, qui devint petite fille à la peau étoilée, puis jeune femme cambrée à la voix lactée, aux cheveux piqués de plumes rouges. On la surnomma beau rubis, un compliment d’Alexandre Dumas, grand amateur de plumes, de pierres précieuses et de jeunes femmes cambrées à la voie volatile »

A l’hôtel :

« Etats des lieux.
Une pièce.ventilateur sur pied. Murs blanc . Deux tableaux ;
La madone au dessus du lit et la sirène en vis-à-vis.A coté télévision fixée au mur, en hauteur.Au plafond 4 cloches de verre au bout de tiges de laiton.Table de nuit avec lampe . Abat jour bleu. Armoire à glace avec reflet de Moineau assis sur le lit, maigre, trempé de sueur, cheveux soufflés par le sirocco du ventilo, yeux de macadam mouillé, sa patte d’oiseau crispé sur le stylo. Un bureau. Une chaise en plastique. Au sol, carreaux crèmes avec miettes de mon pannini.Une porte vitrée de verre cathédrale pour le coin douche toilette.

Etats des sons .
télé .Tollé .toux de fumeur. Rumeurs de la via tolledo. Doléances d’une femme aux cheveux de paille, téléphone coincé entre épaule et menton, devant la fenêtre d’en face. Cris giclants d’un balcon,4eme étage.Voix roulées,cassées ,claironnées,violonées ,trompetées,tambourinées ,mandolinées . Rires éraillés.Clap de pigeon.Un chien. Une radio rappe. Des scooters cracheurs de plomb. En bruit de fond, mon ventilo. Sans oublier mon noyau de mot qui me passe de la tempe droite à la tempe gauche. Stéréo.
Ovo
Ovo
Ovo »

D’anges en anges, en sautillant de mot en mot, on apprend tout sur la vie souvent éphémères de leurs protégés.
Un style très original, ludique, mais tres juste, qui convient à merveille à ce récit fantaisiste et fantasque, aérien et prime sautier, il suffit d’être disponible pour s’envoler dans la brise légère de ces histoires.

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Roman flottant et poétique

8 étoiles

Critique de Bluewitch (Charleroi, Inscrite le 20 février 2001, 44 ans) - 23 février 2012

Amoureux des mots, des sons, des roulements et roucoulements de voyelles, des curiosités visuelles et des mondes insolites, Frédéric Clément nous propose avec "Le Paradisier" une autre malle à minuties et histoires de plumes. Ses livres ne pouvant exister sans poésie, il glisse dans l’interstice de ses pages des compositions photographiques venant rehausser le ton des aventures de Raphaël Moineau, gardien au Louvre et peintre déchu.

Découvrant une plume jaune poussin pas loin d’un tableau de l’artiste du même nom, "Les Bergers d’Arcadie", Raphaël jette d’une impulsion son œil au creux de la fente du fin duvet, à travers la délicate membrane de la petite penne couleur canari. Et le voilà happé dans un monde de rencontres avec les anges, ces Vigilants, ces gardiens de proximité veillant sur les créatures humaines. Glissé indiscrètement dans la confidence des êtres ailés, Moineau sera l’auditeur attentif de leurs histoires.

Périple dans une Naples imagée et imaginée. Chant goûteux de l’œuf…

…Ovo Ovo Ovo…

…au creux du Castel dell’Ovo. Sur les remparts du château de l’Oeuf, sous la chaleur cachée du Vésuve.

Dans les pages de son moleskine jaune poussin, Moineau note, inventorie les contes et toutes les plumes des anges dont il croisera la route. Les lectures de l’étrange Virgilio Passero du Paradis de Dante. Angel Nina et les délices d’une plume bleue. Initié à la langue des oiseaux, notre héros volera de quartier en quartier, d’instant en instant, d’odeur en odeur, de couleur en couleur. D’histoire en histoire. Se cherchant lui-même, oiseau égaré dans les rues de Napoli.

Tant de poésie et de minutie invite à déguster ce livre au goutte à goutte, chaque petite gorgée de mots contenant tant d’essence lyrique qu’il est impossible d’aller plus vite. Univers décalé, chaleureux, mystérieux. Lecture attentive indispensable. Au risque de perdre le fil d’Ariane dans ce labyrinthe sensoriel et musical où chaque lettre a une saveur propre.

Artiste atypique, Frédéric Clément crée une atmosphère, mêlant les charmes du rêve, des émanations de l’enfance, de la magie du réel et de l’irréel. Il nous invite, nous lecteurs, comme si nous étions ses Alice réinventées, à entrer dans son monde des merveilles et des curiosités, yeux ouverts et pétillants.


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