Mort de Bunny Munro de Nick Cave

Mort de Bunny Munro de Nick Cave
( The death of Bunny Munro)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par Bluewitch, le 25 avril 2010 (Charleroi, Inscrite le 20 février 2001, 43 ans)
La note : 5 étoiles
Moyenne des notes : 7 étoiles (basée sur 4 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (38 865ème position).
Visites : 3 730 

Décadence obsessionnelle

En 1989, Nick Cave publiait son premier roman, "Et l’âne vit l’ange". Il y dépeignait le sort d’un pauvre bougre, muet et illuminé, au sein d’une communauté autarcique malsaine et sectaire, faite de fous et d’âmes perdues. Un roman halluciné, dense, complètement surprenant, qui nous happait littéralement dans son univers à la fois mystique et sombre, fascinant et repoussant. En clair, un roman audacieux, alternatif et singulier.

Et voilà notre sombre héros du rock revenu aux lettres avec la "Mort de Bunny Munro". Moi qui suis fan du musicien, je ne pouvais que me réjouir. Les premières pages nous mettent directement dans le bain : Bunny Munro est un coureur de jupons, est souvent en érection, vend des crèmes de beauté à domicile, vient de perdre sa femme qui s’est suicidée en lui laissant la charge de leur petit intello de fils (Bunny Junior). Bunny Munro est instable, se réfugie dans l’alcool et a comme repère existentiel principal l’orgasme, qu’il cherche à tout va, seul ou accompagné.

Comme déjà, Nick Cave s’attache à un pauvre hère paumé, qui nous dégoûte ou nous fait pitié, qu’on ne peut se résoudre à détester vraiment. Et pourquoi ? Parce que dans toute sa misère, il est quand même en quête de rédemption. Rédemption dont il prend peu à peu conscience lorsque tout le reste se délite.

Malheureusement, l’obsessionnel tue parfois l’obsessionnel et, dans le cas de ce roman, le côté répétitif de l’obscénité propre ou figurée finit un brin par lasser. On est dans un équivalent littéraire du road-movie, avec un homme perdu qui refuse de rentrer chez lui et avance à tâtons en provoquant le malheur sur son passage. C’est intéressant, oui. Dommage qu’à trop vouloir rendre son personnage fort, Nick Cave l’a rendu trop caricatural. Bunny Munro n’avait peut-être pas besoin d’être réaliste… juste un peu plus crédible, sans doute.

Déception, donc. Aurais-je abdiqué si l’auteur n’avait pas été Nick Cave ? Peut-être… On ne peut pas toujours nier sa subjectivité. "Mort de Bunny Munro" n’est pas à mettre entre toutes les mains, c’est sûr. Les miennes étaient pourtant grandes ouvertes…

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Les éditions

  • Mort de Bunny Munro [Texte imprimé] Nick Cave traduit de l'anglais par Nicolas Richard
    de Cave, Nick Richard, Nicolas (Traducteur)
    Flammarion
    ISBN : 9782081227880 ; 20,30 € ; 06/01/2010 ; 332 p. ; Broché
  • Mort de Bunny Munro [Texte imprimé], roman Nick Cave traduit de l'anglais par Nicolas Richard
    de Cave, Nick Richard, Nicolas (Traducteur)
    Points / Points (Paris)
    ISBN : 9782757821046 ; 7,80 € ; 07/04/2011 ; 332 p. ; Poche
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Les livres liés

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"L'amour physique est sans issue"

7 étoiles

Critique de Veneziano (Paris, Inscrit le 4 mai 2005, 45 ans) - 26 novembre 2011

C'est ce dont prévenait Serge Gainsbourg dans Je t'aime - Moi non plus : "L'amour physique est sans issue", surtout s'il devient une fin en soi que seul l'alcool peut douloureusement assagir. Ce serait la morale de cette chronique d'une mort annoncée dès le titre. Le style est enjoué, l'action ne manque pas, et baigne dans un épais bain glauque. Ca se laisse lire, au gré des envies et hauts-le-coeur. Il faut être en forme pour le lire, et n'est pas complètement vain.

Partagé...

6 étoiles

Critique de Virgile (Spy, Inscrit le 12 février 2001, 43 ans) - 26 septembre 2010

Comme Bluewitch je suis assez fan de Nick Cave et j'avais énormément apprécié son premier roman.

Contrairement à elle par contre je n'ai pas été emballé puis lassé par "Mort de Bunny Munro". J'ai mis beaucoup de temps avant de vraiment m'y plonger, je commençais quelques pages puis abandonnais, puis recommençais... Ce qui me rebutait sans doute un peu c'est le côté crade du personnage principal qui n'avait pas le côté poétique d'Euchrid, pourtant tout aussi malsain, dans "Et l'âne vit l'ange".

Enfin à un moment j'ai pu rentrer dans l'histoire et si j'ai apprécié la construction du livre je reste néanmoins nettement moins convaincu que par le premier roman, plus dense à mon sens, de l'auteur que je vous recommande si vous voulez le découvrir.

Exit Bunny

9 étoiles

Critique de Dhom (, Inscrit le 18 juin 2010, 35 ans) - 18 juin 2010

Bunny Munro a un truc avec les femmes. Vrai de vrai. Une belle gueule, du bagout. Et ce talent pour imiter le lapin en agitant les mains derrière sa tête ! Femme qui rit finit généralement par se faire culbuter. Sur un canapé, derrière un comptoir ou dans les toilettes des dames, peu importe à cet athlète de l’érection que le simple mot « vagin » suffit à mettre en sueur. Entre deux accouplements furtifs, l’homme sillonne le sud de l’Angleterre en digne VRP de produits de beauté ‘Eternity Enterprises’.

Un peu lasse, son épouse décide un jour de se pendre au radiateur de la chambre conjugale. Et Bunny de fuir au plus vite devant les apparitions intempestives de la défunte. Sur le siège arrière de la Fiat Punto, une valise de lotions, une liste de clientes à même de consoler le nouveau veuf. Et Bunny fils, gentil gamin embarqué au débotté parce qu’il aime son papa « et, bien sûr, parce qu’il n’a nulle part d’autre où aller ». Au bout de la route, on le sait dès la première ligne du roman, il y a la mort. Et avant, une road-story hallucinée, entre descente aux enfers et montée du Golgotha.

Il a fait de l’excellent travail, Nick Cave, avec ce deuxième roman qui arrive quinze après « Et l’âne vit l’ange ». C’est dans une langue claire, épurée, cinématographique, que le chanteur des Bad Seeds met en scène les turpitudes de Bunny Munro. A l’image de son anti-héros, le roman avance en équilibriste entre burlesque et noirceur totale. Les quelques éclairs de tendresse et d’innocence –Bunny junior, qui suivra et aimera son papa jusqu’au bout- sont rendus presque douloureux par la certitude de la chute à venir. Bunny le sait, et plus il a peur, plus il faut qu’il baise, et plus il baise, plus ça le terrifie.

La rédemption ? Elle semble à portée de main : c’est son fils, vivant appel à l’exemplarité paternelle. Mais c’est dans tous les vagins de Brighton que le père semble chercher son salut, jusqu’à s’y perdre. Quelle réussite que ce personnage de VRP, méprisable à tout point de vue mais victime de lui-même, de ses propres appétits, et que l’on prendra finalement en pitié ! Quelle réussite que le petit Bunny junior, qui cherche dans sa grande encyclopédie les réponses que son père ne lui donnera jamais. « Mort de Bunny Munro » est l’histoire de leur dernier bout de chemin ensemble dans un monde où, comme le conclut Bunny au moment de mourir, « il était juste trop difficile d’être bon ».

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