L'année de l'éveil de Charles Juliet

L'année de l'éveil de Charles Juliet

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Aliénor, le 4 mars 2010 (Inscrite le 14 avril 2005, 53 ans)
La note : 6 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (36 249ème position).
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A fleur de peau

Un adolescent orphelin, qui a été élevé par différentes familles d’agriculteurs pour lesquelles il n’aura été qu’un employé de la ferme, devient enfant de troupe dans une école militaire de Provence. Il y fait l’apprentissage de la discipline, des humiliations, du froid et de la faim. Ainsi que celui des bizutages cruels des anciens. Pourtant cette nouvelle existence n’est pas que négative. Le jeune garçon se prend en effet d’amitié pour son chef de section, en qui il cherche le père qu’il n’a jamais eu. Cet homme lui transmet sa passion pour la boxe, et surtout lui offre des dimanches de permission chez lui. L’orphelin découvre alors la vie familiale, et surtout fait la connaissance de l’épouse de l’homme qu’il vénère. Une femme d’apparence fragile, qui le prend elle aussi sous son aile et va brutalement le faire basculer dans le monde des adultes.

Ce roman autobiographique, Charles Juliet l’a longtemps porté en lui avant, comme il le dit en présentation de l’ouvrage, de laisser l’enfant ressurgir et raconter son histoire. Celle de l’apprentissage, du passage de l’enfance à l’adolescence ; de l’éveil donc. Et c’est bien ce que j’ai trouvé de plus touchant dans ce roman, où l’on sent que c’est un enfant qui parle et qui vibre, tout en sachant que c’est un homme qui rédige. L’auteur est redevenu, le temps de cet exorcisme, le garçon qui se construit, et en qui s’affrontent et se mêlent des sentiments divers et souvent opposés. Capable de violence et de larmes en un même instant. Un garçon qui a peur de quitter l’enfance car il ignore qui il veut devenir. L’écriture est, tout comme le personnage, pudique, simple et émouvante. Belle en somme…tout simplement.

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Enfant de troupe

9 étoiles

Critique de Poet75 (Paris, Inscrit le 13 janvier 2006, 65 ans) - 7 septembre 2021

Paru en décembre 1988, L’Année de l’Éveil marqua un tournant dans le parcours littéraire de Charles Juliet (né en 1934), un écrivain, au demeurant, nonobstant le succès remporté par ce livre, resté discret, voire secret, sinon confidentiel. Il vaut pourtant la peine de le lire, en commençant peut-être, précisément, par cet ouvrage dont on n’a pas de peine à percevoir combien l’auteur y a mis de lui-même, combien ce qu’il y raconte l’a marqué pour la vie entière. Dans un style toujours limpide, accessible à tous, l’écrivain parle à son lecteur à la manière d’un confident et l’on ne peut qu’être profondément touché.
Comme l’indique son titre, c’est une année de sa vie que l’auteur relate, mais quelle année ! Très précisément la deuxième des huit qu’il passa comme enfant de troupe dans une école militaire d’Aix-en-Provence. Lui qui, auparavant, n’avait jamais quitté son village, s’était retrouvé, par un concours de circonstances qu’il raconte à la page 76 de l’édition Folio de L’Année de l’Éveil, à devoir quitter tout ce qu’il avait connu pour être contraint de revêtir un uniforme et de se plier à la discipline militaire.
Adolescent, sa deuxième année dans ce lieu fut, sur beaucoup de points, décisive. Confronté à de redoutables épreuves, il s’éveille pourtant à des sentiments nouveaux et à des expériences inédites. D’abord, paradoxalement, alors qu’il est entouré de camarades, qu’il a affaire à des chefs et à des enseignants, il éprouve plus que jamais sa solitude : « En entrant dans cette caserne, écrit-il en évoquant sa première année dans ce lieu, en voyant ces murs, ces bâtiments, en découvrant ces centaines de visages inconnus, ces manières de parler tellement différentes de la mienne, j’ai compris que j’étais seul, irrémédiablement seul, que je serais à jamais seul, et depuis, je ne suis plus comme avant. »
Dans l’établissement militaire, règne la monotonie des jours qui se ressemblent tous. Charles Juliet s’y ennuie, en éprouvant la nostalgie des jours anciens, de son village et de ses vaches. Mais il lui faut aussi affronter la faim (les repas sont peu copieux), le froid et les brimades. Non seulement celles des chefs qui ne ratent pas une occasion de sévir durement afin de mater les esprits qu’ils considèrent comme rebelles, mais aussi celles que se plaisent à imaginer les anciens, autrement dit les élèves les plus âgés de l’école. Les nuits en particulier, alors que les dortoirs ne sont pas même surveillés, ils se font une joie de venir humilier les plus jeunes et de leur imposer des sévices.
Mais le plus étonnant, dans cet environnement-là, c’est que, malgré tout, le jeune Charles Juliet parvient à se lier avec certains de ses camarades et, en fin de compte, malgré les épreuves qu’il endure, ne se voit pas vivre sa vie ailleurs qu’entre ces murs. Au point que, lorsque, suite à des incartades, il doit passer quinze jours dans un cachot tout en étant menacé de renvoi, il en est terriblement affecté. Mais il faut dire aussi qu’il s’est passé quelque d’incroyable dans son existence d’élève d’une école militaire. D’abord parce qu’un des chefs s’est pris d’amitié pour lui, au point de lui donner des leçons particulières de boxe, mais surtout de l’emmener avec lui lorsque, les dimanches, il va séjourner auprès de sa femme et de sa fille. Ce chef-là, l’adolescent l’admire éperdument et, cependant, quelque chose d’inouï survient : pendant que le chef s’abandonne volontiers à de longues siestes, resté seul avec l’épouse de ce dernier, il naît, entre l’adolescent et cette superbe femme, une tendresse et, bientôt, un amour qui les dévore. Pour le jeune Charles Juliet, il y a de quoi se torturer. Pour rien au monde, il ne voudrait déplaire à un chef qu’il vénère, mais pour rien au monde non plus, il ne voudrait perdre l’amour passionné qu’il voue désormais à la femme de ce dernier.
On pourra noter aussi, au fil des pages, le parcours qu’on peut dire spirituel de l’adolescent. Élevé dans la foi chrétienne, il commence par conserver précieusement sa foi, comme un recours au milieu des souffrances, des périls, des problèmes de conscience qu’il éprouve. Assez souvent, l’auteur indique qu’il prie, pour ses camarades, son chef, la femme de son chef, lui-même, etc. Mais l’on comprend aussi que, de plus en plus, au fil des mois qui passent, les questions et les doutes se font envahissants dans son esprit. Lors d’un enseignement, un professeur explique aux élèves que Dieu n’existe pas, mais qu’il est nécessaire, cependant, de respecter les autres (p. 136). Mais il est, surtout, une occasion ratée dans le parcours de Charles Juliet. À force de les ruminer, en effet, celui-ci s’était décidé à mettre par écrit la longue liste de toutes ses interrogations, de tous ses doutes, et de la soumettre à l’aumônier de l’école. Or, lorsqu’il veut la lui remettre, il apprend que l’aumônier est absent, qu’il est en vacances, ce qui déçoit si fort l’adolescent qu’il déchire sa liste de questions (p. 233). En fin de compte, écrit-il à la fin de l’ouvrage, il cesse de prier, tout en prenant la résolution d’aimer, mais sans plus éprouver le besoin de recourir à Dieu… (p. 283).

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