La dent du Bouddha de Colin Cotterill

La dent du Bouddha de Colin Cotterill
( Thirty-three teeth)

Catégorie(s) : Littérature => Policiers et thrillers

Critiqué par BMR & MAM, le 5 octobre 2009 (Paris, Inscrit le 27 avril 2007, 62 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (23 943ème position).
Visites : 3 403 

Tu crois aux fantômes, camarade ?

Colin Cotterill est un auteur britannique qui vit au Laos et en Thaïlande et qui travaille au sein d'ONG à la réinsertion d'enfants victimes de la prostitution.
La dent du Bouddha est son deuxième polar après Le déjeuner du coroner (prix SNCF du polar en 2007, mais pas encore lu).
Voici donc encore un occidental victime d'asiatite aigüe tout comme John Burdett et sa série Bangkok. Burdett situe ses intrigues en Thaïlande, Cotterill s'installe tout à côté, au Laos, et les parallèles sont nombreux entre les deux écrivains. Tous deux font preuve de beaucoup d'humour (même s'ils se situent sur des registres différents), tous deux nous donnent la mesure du fossé qui sépare les cultures occidentale et asiatique et tous deux nous laissent aux prises avec la mystérieuse magie des fantômes de l'orient.
Mais le monde laotien de Cotterill est quand même plus "cool" que l'infernale jungle urbaine du Bangkok de Burdett !
C'est Siri Paiboun le coroner officiel du régime de Ventiane (et apparemment le seul coroner du pays !) qui nous guide dans le Laos communiste des années 70. Après que français et américains ont abandonné le pays aux griffes du dragon vietnamien.

[...] Il passa sous l'écriteau écrit MORGUE en français, s'essuya soigneusement les pieds sur le paillasson américain WELCOME, et entra dans le frais et sombre bâtiment de plain-pied.
[...] En dépit de la canicule, on n'avait pas ouvert les fenêtres depuis le départ des Américains. (La culture française avait brièvement été supplantée ici par les cours de langue américaine.) La seule culture à n'être pas mise en valeur était celle du Laos.

On retrouve ici à Ventiane le même humour finaud et savoureux avec lequel Burdett nous avait amusés à Bangkok.
Cotterill mène son intrigue avec nonchalance (forcément avec cette canicule) et brocarde gentiment le régime communiste qui a bien vite repris les rênes de la corruption et de la prévarication des mains de la famille royale.

[...] Il se désolait de voir le potentiel du Laos gâché par ses laborieux collègues, mais mieux valait, convenait-il, être un communiste laborieux qu'un capitaliste déchaîné.

Un régime communiste que les meilleurs nageurs ont fuit en traversant le Mékong pour la Thaïlande.
Français et américains, on l'a vu, en prennent également pour leur grade :

[...] - Tu as entendu parler de la visite des sénateurs ?
- Le seul moyen pour moi d'apprendre quelque chose, c'est par toi, Camarade.
- Eh bien, nous avons reçu une délégation de Washington.
- Ils veulent qu'on leur rende leurs bombes ?

On aura compris que l'intrigue policière reste à l'arrière-plan et n'est que le prétexte de la balade dans Ventiane, petite bourgade provinciale engourdie dans la chaleur. Avec même en prime une excursion à Luang Prabang, l'ancienne capitale royale.
Alors l'enquête, quand même ? Et bien, un ours s'échappe en pleine ville et les cadavres commencent à s'accumuler, victimes de coups de griffes (celles de l'ours ?) et de morsures (celles d'un tigre ?). Un coffre royal semble renfermer une puissance maléfique.
Il faudra toute la sagesse bouddhique de Siri Paiboun pour démêler ces fils dont la réalité s'entrecroise avec celle de l'au-delà. Heureusement Siri est aidé par ses fantômes qui viennent le conseiller, l'aider ou même parfois le tourmenter.
On terminera sur cet étonnant parallèle avec la fin de Bangkok Psycho (Burdett on en parlait plus tôt) : deux histoires où vivants et esprits s'entremêlent et s'entraident pour venir à bout de l'intrigue policière. Avec habileté, intelligence et finesse, ces deux auteurs réussissent à secouer un peu la poussière cartésienne accumulée sur nos neurones occidentaux.

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Enquête laotienne

7 étoiles

Critique de Tistou (, Inscrit le 10 mai 2004, 66 ans) - 5 octobre 2015

Colin Cotterill, auteur britannique vivant en Thaïlande, a commis quelques polars dont l’intrigue se situe au Laos. Et plus précisément au Laos nouvellement communiste, dans les années 70.
« La dent du Bouddha » est le second épisode de la série « Siri Paiboun », du nom du médecin légiste (coroner) qui est son héros récurrent laotien, après un premier épisode qui reçût le Prix SNCF du Polar 2007 (« Le Déjeuner du coroner »).
Soit le mois de mars 1977, dans un Laos encore fraîchement « communisé », Vientiane, la capitale, où réside et exerce le Docteur Siri Paiboun, seul coroner en exercice du grand pays peu peuplé. Vientiane a beau être la capitale, on comprend vite l’ambiance purement « provinciale » de cette somme toute petite ville, dont l’activité est en outre réduite à la portion congrue avec la prise en mains par les communistes du pays. C’est « Système D » et « débrouille » à tous les étages, notamment à l’étage médecine légale.
Siri Paiboun va être sollicité dans le cadre de meurtres passablement étranges qui semblent bien avoir été commis par une bête sauvage, ours noir, tigre ( ?). Ceci c’est à Vientiane. Mais parallèlement il va être convoqué à Luang Prabang, la toute nouvellement déchue capitale royale , par le responsable communiste de la région qui se la joue grand seigneur, pour autopsier et identifier des corps passablement carbonisés. En réalité le responsable en question a surtout envie que Siri Paiboun serve de paratonnerre et idéalement ne parvienne pas à la vérité. Siri Paiboun va rencontrer là-bas le monarque déchu juste avant qu’on ne l’exile et tout va progressivement basculer dans un domaine plus proche du paranormal.
Cette enquête va finir par rejoindre celle des meurtres de Vientiane sur un mode carrément plus rationnel. Mais c’est l’Asie, le Laos …
On sent Colin Cotterill plus attaché à nous faire partager son affection pour ce pauvre pays (pauvre au sens propre) qu’à réellement nous peaufiner une intrigue policière. C’est très plaisant mais je ne suis pas sûr qu’un lecteur ne connaissant pas le Laos soit à même de parfaitement appréhender tout ce que décrit l’auteur ?
Dans les déboires de Siri Paiboun avec les autorités (au sens propre là encore !) communistes, j’ai entendu les échos de la série Mario Conde, de Leonardo Padura, Mario Conde commissaire à La Havane (Cuba). Magie des polars qui peuvent nous faire toucher du doigt une réalité sociétale.

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