Sido de Colette

Sido de Colette

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Le café de..., le 21 avril 2009 (Perpignan - Bordeaux, Inscrite le 17 août 2008, 40 ans)
La note : 7 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 4 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (14 346ème position).
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Lorsqu'une mère revit

Colette fait revivre sa mère, la met en scène. Elle lui exprime son amour, tout en la présentant en morceaux, en impressions, la liant à la spiritualité, voire à quelque chose proche du mythique. Ce texte est un des plus remarquables de l’auteur, bien qu’il soit moins linéaire que la majorité de ses romans. On ressent le vécu de Colette, dont la plume se laisse aller à suivre son cœur qui se déverse. Cette mère, présente telle une ombre sur le visage de l'auteur, est ici déposée sur le papier et transmise à chaque lecteur.

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Evocations poétiques de la maman, du père et des frères

8 étoiles

Critique de Pucksimberg (Toulon, Inscrit le 14 août 2011, 44 ans) - 30 mai 2023

Ce recueil de nouvelles est très touchant car Colette a décidé de parler des êtres dont elle est le plus proche : sa mère Sido, son père rebaptisé le Capitaine et ses frères les Sauvages. Dans ces trois longues nouvelles, elle décrit avec tendresse, admiration et amour ces personnalités très différentes.
La figure maternelle est centrale dans l'existence de Colette et dans la maisonnée. Elle incarne une certaine autorité et l'ordre. Quand elle rentre de Paris après avoir couru les expositions, les conférences et les spectacles, elle inspecte rapidement la maison pour voir si tout est à sa place. Et la maison reprend vie dès qu'elle est là. C'est aussi Sido qui a transmis son amour pour la nature à sa fille. Elle l'a éveillée à la beauté du monde et est présentée parfois comme une magicienne. Son père est plus discret, moins démonstratif même s'il aime évidemment ses enfants. Il a perdu une jambe à la guerre et aurait aimé être écrivain, mais ses textes n'ont jamais été publiés et sont empilés dans leur demeure. Colette, sans doute, a exercé la profession que son père aurait aimé exercer. Puis vient la nouvelle sur ses frères, ces deux garçons qui préfèrent la nature à la ville, se nourrissent très sainement et s'amusent aussi avec simplicité.

Dans ces trois textes, la nature et la famille sont célébrés. L'écriture de Colette se fait poétique et engendre des textes qui peuvent s'apparenter à de la prose poétique. L'extrait où elle se lève extrêmement tôt pour aller cueillir des fruits rouges a quelque chose de fascinant. Ce bleu originel qu'elle évoque semble donner un caractère sacré au texte comme si elle renouait avec le ciel de nos origines, ce même ciel, qu'à chaque siècle, les hommes ont vu, comme si toute l'humanité communiait en même temps. Sa relation avec la nature est touchante et ne cesse de nous rappeler combien nous nous sommes éloignés de ce qui est essentiel. Quand elle évoque sa famille, on ne tombe jamais dans une nostalgie angoissante. Elle sait maintenir la distance nécessaire afin de donner vie à des moments personnels en leur insufflant son amour, de le tendresse et parfois de l'humour ou une ironie qui crée une distance et désamorce le caractère tragique de ces moments du passé qu'on ne pourra plus revivre.

Ces textes ont une portée universelle. En effet, le lecteur ne peut que s'identifier et se rappeler de ses propres souvenirs et de ses relations avec ses proches. Ici, Colette évoque des figures tutélaires, celles qui sont la base de notre existence. Elle ne réveille pas forcément des épisodes glorieux. Ce sont surtout des événements du quotidien banal qui nourrissent ses nouvelles. Par son regard, elle transfigure le réel et donne un caractère exceptionnel à ces gestes qui composent notre enfance et qui sont essentiels à nos yeux.

Style unique

8 étoiles

Critique de Catinus (Liège, Inscrit le 28 février 2003, 73 ans) - 4 juillet 2022

Dans cet ouvrage, Colette décrit sa mère, personnage haut en couleur, au caractère trempé, aux répliques cinglantes, qui éduque ses enfants à la dure ( comme souvent autrefois) mais débordante d’affection et, pour sa fille, d’adoration. Puis c’est le tour du Capitaine, à savoir son père Jules-Joseph Colette, Saint-Cyrien, zouave qui a perdu une jambe lors d’une bataille. Enfin sa sœur aînée et ses deux frères. S’ensuivent d’autres courts écrits parmi lesquels je pointerai tout particulièrement « Les vrilles de la vigne », « Nonoche, ainsi que trois épisodes de Toby-Chien et Kiki-la-doucette.
Une écriture, un style uniques dans la littérature française.

Extraits :
*- Mais que tu as donc l’air bête aujourd’hui, ma fille !...D’ailleurs tu es beaucoup plus jolie quand tu as l’air bête. C’est dommage que cela t’arrive si rarement. Tu pèches déjà, comme moi, par excès d’expression. J’ai toujours l’air, quand j’égare mon dé, d’avoir perdu un parent bien aimé… Quand tu prends l’air bête, tu as les yeux plus grands, la bouche ouverte, et tu rajeunis …A quoi penses-tu ?
- A rien, maman.
- Je ne te crois pas, mais c’est très bien imité. Vraiment très bien, ma fille. Tu es un miracle de gentillesse et de fadeur !

- Quand ma mère et Adrienne allaitaient, la première sa fille, la seconde son fils, elles échangèrent un jour, par jeu, leurs nourrissons. Parfois, Adrienne m’interpelait en riant : «Toi que j’ai nourrie de mon lait ! »

la tribu

10 étoiles

Critique de Jfp (La Selle en Hermoy (Loiret), Inscrit le 21 juin 2009, 75 ans) - 7 avril 2019

Sido, la mère, Le Capitaine, le père, Les Sauvages, ses deux frères. L’enfance de Colette s’est déroulée entre ces quatre êtres, au sein d’un foyer fusionnel dominé par la figure de la mère. Dans ce court roman, l’auteure brosse leur portrait, à sa manière, certes quelque peu "maniérée" mais dans une langue si riche et si belle qu’on ne s’ennuie jamais même lorsqu’au bout du compte on se demande de quoi elle a bien voulu parler. Une enfance heureuse, donc, de l’aveu de Colette, même si on peut émettre quelques doutes, tant la figure de Sido semble fortement retouchée. Cette femme fantasque, rebelle et tout à la fois fortement attachée aux traditions, autoritaire et pourtant aimée à la folie, a dû quelque peu perturber cette fillette qui a bien du mal à trouver sa place entre ses deux frères, choyés par leur mère, et une grande sœur qui a su très tôt prendre le large. Une chronique familiale pleine de tendresse, s’efforçant à la sincérité, à lire et à relire pour comprendre le destin étrange de cette écrivaine, devenue à la force du poignet un fleuron de la littérature française du vingtième siècle…

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