L'Ensorcelée de Jules Barbey d'Aurevilly

L'Ensorcelée de Jules Barbey d'Aurevilly

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Nance, le 31 juillet 2008 (Inscrite le 4 octobre 2007, - ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (25 419ème position).
Visites : 6 862 

Ensorcelant

« Je viens de relire ce livre qui m'a paru encore plus chef-d’oeuvre que la première fois. » - Charles Baudelaire

Je vais sûrement relire ce livre pour voir si c’est aussi vrai pour moi.

Le narrateur est un voyageur qui doit passer par la lande de Lessay en Normandie, « la lande de Lessay était le théâtre des plus singulières apparitions », il sera accompagné par un inconnu, Tainnebouy, pour la traverser en plus de sécurité. Ils vont être tous les deux témoins d’un phénomène étrange. Tainnebouy, qui croit savoir ce qui se passe, va raconter l’histoire à son compagnon.

Je n’ai pas envie de trop dévoiler, les détails sont plus savoureux quand on ne connaît pas trop l’histoire. Beaucoup de sites qui résument ce livre révèlent la fin (une chance que j’ai lu le livre avant !). Je vais juste décrire les deux personnages principaux. L’abbé de la Croix-Jugan : un chouan (royaliste) qui tente de se suicider, se rate et se fait torturer par des bleus (républicains). Jeanne Le Hardouey : une noble, mariée à un homme qui est de classe sociale inférieure et qu’elle n’aime guère. Quelques années plus tard, quand les églises recommencent à être fréquentées, ces deux personnages se rencontrent et Jeanne va être « ensorcelée » par cet homme au visage horriblement défiguré.

L’écriture et l’histoire sont un niveau au-dessus d’Une vieille maîtresse. Aussi, les personnages sont bien dessinés, mais j'ai eu de la difficulté à me lier à eux. Ils ont un caractère trop patricien (synonyme de snob), partial (chouan, blanc, royaliste) et religieux. C’est compréhensible si on place le récit à son époque, mais ça m’a empêché de fusionner. Néanmoins, je crois que Jules Barbey d'Aurevilly est un grand auteur. J’adore son écriture atmosphérique, détaillée :

« L’an VI de la République française, un homme marchait avec beaucoup de peine, aux derniers rayons du soleil couchant qui tombaient en biais sur la sombre forêt de Cerisy. On entrait en pleine canicule, et, quoiqu’il fût près de sept heures du soir, la chaleur, insupportable tout le jour, était accablante. L’orbe du soleil, rouge et fourmillant comme un brasier, ressemblait, penché vers l’horizon, à une tonne de feu défoncée qu’on aurait à moitié versée sur la terre. L’air n’avait pas de vent, et, dans la mate atmosphère, nul arbre ne bougeait, du tronc à la tige. Pour emprunter à maître Tainnebouy (que je rappellerai souvent dans ce récit) une expression énergique et familière : on cuisait dans son jus. L’homme qui s’avançait sur la lisière de la forêt paraissait brisé de fatigue. Il avait peut-être marché depuis le matin et amoncelé sur lui les lourdes influences de cette longue et dévorante journée. »

Un roman étrange, mystérieux et envoûtant qui porte bien son titre.

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Magie noire et sorcellerie

8 étoiles

Critique de CC.RIDER (, Inscrit le 31 octobre 2005, 66 ans) - 30 janvier 2009

L'abbé de la Croix Jugan est un ancien chef chouan qui n'a pas respecté ses voeux monastiques en prenant les armes contre les Bleus. La révolte ayant échoué et la royauté n'ayant pas été restaurée, l'abbé tente de se suicider en se tirant un coup d'espingole dans la tête. Il ne réussi qu'à se défigurer. Recueilli par une vieille paysanne de son parti, il se fait surprendre par une troupe de soudards bleus qui le torturent atrocement et le laissent pour mort. Mais quelque temps après, il réapparaît, tel un pénitent recouvert d'une capuche qui masque son visage défiguré dans l'église de Blanchelande, dans le Cotentin. Il lui est interdit par l'Eglise de dire la messe. Parmi les fidèles, se trouve Jeanne-Madelaine Le Hardouey, ex demoiselle de Feuardent, aristocrate déchue et mal mariée à un gros fermier enrichi par la récupération des biens du clergé. Le couple a voulu se passer des services de bergers à demi sorciers qui lui jettent un sort pour se venger. Jeanne tombe follement amoureuse de l'abbé qui n'en a cure. On retrouve bientôt le cadavre de Jeanne dans l'eau du lavoir du village. Les rumeurs vont bon train et les catastrophes continuent à s'enchaîner.
Ce livre aurait pu être un roman policier, mais Barbey d'Aurevilly l'a voulu autrement. Le lecteur ne saura jamais si Jeanne s'est suicidée ou si elle a été assassiné. Et pour la suite, c'est la même chose, il ne pourra soupçonner que des forces obscures, maléfiques instrumentalisant et détruisant des destins. Rien de réaliste, rien de rationnnel. Un monde de magie noire et de sorcellerie... Nous sommes donc en présence d'un livre de style fantastique au sens où on l'entendait au XIXème siècle et très proche de certains textes d'Hofmann, Poe, Conan Doyle, Shelley, Stocker et même Maupassant ("La main coupée"). Paru initialement en feuilleton, ce roman a les défauts de ses qualités. Tout repose sur une ambiance semi-gothique, inquiétante, angoissante particulièrement réussie, mais rendue par de longues et méticuleuses descriptions à la mode de l'époque. Certain(e)s les trouveront peut-être rebutantes. Dans la littérature actuelle, il est habituel d'aller à l'essentiel en laissant au lecteur le soin d'imaginer la scène, le décor et les sentiments des personnages. A l'époque, le cinéma n'existait pas. Nul doute que le cerveau du lecteur d'aujourd'hui ne fonctionne pas comme celui d'hier car il peut piocher dans une sorte de "banque de données imaginatives" d'une grande richesse et n'a peut-être plus besoin qu'on lui décrive tout par le menu. Il n'en demeure pas moins que ce livre est un classique du genre et qu'il est écrit dans une langue magnifique et illustrée d'un grand nombre d'expressions de patois normand fort savoureuses qui obligent le non-initié à aller consulter le glossaire en fin de volume.

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