Chut : Histoire d'une enfance de Raymond Federman

Chut : Histoire d'une enfance de Raymond Federman

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Feint, le 1 juillet 2008 (Inscrit le 21 mars 2006, 59 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (12 569ème position).
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« Tu sais, Federman… »

« Chut », c’est le dernier mot que Raymond Federman a entendu de la bouche de sa mère, juste avant qu’elle referme la porte du débarras où elle venait de le cacher, juste avant que la police vienne les chercher dans leur minuscule appartement de Montrouge, elle, son mari et les deux sœurs de Raymond, Sarah et Jacqueline, son aînée et sa cadette, pour les emmener sans retour, en juillet 1942, lors de la rafle du Vél d’Hiv’. Raymond a treize ans. Le destin voudra qu’il survive.
« Chut », c’est le dernier (en date) livre de Raymond Federman, qui à son habitude l’écrit comme il le sent, parce qu’il ne doit rien à personne – sauf la vie, à sa mère. De sa mère, il sera beaucoup question, dans ce livre, ainsi que de son père, et même de ses sœurs, dont il voudrait se souvenir davantage. Car pour la première fois, l’auteur évoque ce qui s’est passé avant – avant ce débarras où sa mère l’a enfermé et où il a passé plus de vingt-quatre heures sans oser en sortir.
De cette enfance, qui prend fin avec le « Chut ! » de sa mère, Raymond Federman a toujours dit qu’il se souvenait très peu. Mais par morceaux une image s’en reconstruit : le minuscule appartement, les conditions de vie dérisoires, le contraste avec le standing de l’oncle et la tante, propriétaires de l’immeuble, les « riches ». Mais ce qui fait l’intérêt littéraire de ce qui aurait pu n’être qu’un témoignage émouvant, c’est la mise en récit de tout cela. Improvisant devant nous, l’auteur au travail s’interroge, s’interpelle, s’apostrophe (« Tu sais, Federman… »), remet sans cesse en question la pertinence de tel passage trop sentimental, tel autre trop scabreux, pour finalement le maintenir, parce que c’est encore comme ça que c’est mieux, plus juste. Federman ne croit pas au récit autobiographique, il nous prévient : ce qu’il est écrit, c’est de la fiction ; mais pour lui – avis d’ailleurs bien partagé – tout récit est fiction. C’est raconté comme ça, ça pourrait l’être autrement, mais la voix qu’on entend, elle est là, formidablement vivante, drôle, contagieuse ; une écriture « en triste fou rire », écrit-il ailleurs.

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8 étoiles

Critique de Donatien (vilvorde, Inscrit le 14 août 2004, 80 ans) - 15 juin 2010

Comme Feint , Federman m'a fait passer des rires aux larmes sans arrêt. C'est ce qu'il définit comme le style "saute-mouton", je crois.
Cette forme de récit recrée très efficacement, à mon sens, la façon de raconter des enfants. Il m'a parfois fait penser au film "La vie est Belle" traitant de la même période.
Mais ce qui ressort finalement, c'est un portrait formidable de la mère , de l'amour maternel. Aussi émouvant et déchirant que "Le livre de ma mère" d'Albert Cohen ou "Le premier homme" d'Albert Camus.
La force de cet amour m'est encore plus inexplicable , par sa puissance et son efficacité, que l'éventuelle existence de divinités ou autres "créatures".
Comment vivre après être passé par le "placard"? Que sont devenus les 60.000 enfants qui auraient disparu durant l'exode de 1940?
Je ne vois qu'une réponse : l'énergie vitale. Cette même énergie communicative qui me fait également apprécier Henry Miller, dans un autre registre.

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