Richelieu tel qu'en lui-même de Georges Bordonove

Richelieu tel qu'en lui-même de Georges Bordonove

Catégorie(s) : Sciences humaines et exactes => Histoire , Littérature => Biographies, chroniques et correspondances

Critiqué par Micharlemagne, le 1 juillet 2008 (Bruxelles, Inscrit le 26 décembre 2006, 71 ans)
La note : 8 étoiles
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Le vrai père du grand siècle

Georges Bordonove qui s’était attaché à retracer la biographie de chacun des « quarante rois qui ont fait la France » et qui jusqu’ici en a abordé vingt-quatre, nous donne ici le portrait d’un de leurs plus grands ministres, Armand-Jean du Plessis, cardinal-duc de Richelieu. Il avait auparavant consacré un livre à Mazarin et un à Talleyrand.
Cet ouvrage, très bien documenté (sa bibliographie comprend à peu près tout ce qui a été publié sur le cardinal), adopte délibérément le parti linéaire. Ce qui, finalement, est encore la meilleure d’aborder une biographie, même si quelques remarquables exceptions comme celle de Jean Favier pour son « Philippe le Bel » peuvent en faire admettre d’autres avec enthousiasme.
C’est donc au XIIIe siècle que commence la biographie de Richelieu… Bordonove s’attache en effet à essayer de déterminer l’origine de la famille du Plessis dans la mesure où celle-ci conditionne à la fois la mentalité et l’éducation du futur ministre. Ces origines sont assez obscures pour que subsiste encore aujourd’hui un doute sur le lieu exact de sa naissance : les uns affirment qu’il est Parisien, les autres qu’il est né en Poitou. Excellent sujet de disputes homériques entre auteurs qui se sont crêpés le chignon depuis quatre siècles, puisque du vivant du cardinal, on en débattait déjà. Malicieusement, Richelieu ne voulut jamais donner le fin mot de l’histoire. Selon ses humeurs ou ses besoins, il laissait entendre l’un ou l’autre… Sa date de naissance exacte n’est même pas certifiée. Mais il est certain qu’il fut baptisé à Paris, le 5 mai 1586. Comme il n’était pas de tradition de baptiser les enfants immédiatement après leur naissance, comme c’est très souvent le cas maintenant, on n’est même pas certain qu’il soit né en 1585 comme l’affirment toutes les encyclopédies. De beaux sujets de recherches en perspective…
C’est un jeune nobliau, de santé un peu fragile, qui entre ainsi dans la vie. Une vie faite d’ambition et de contrariétés. Car Richelieu présente ce caractère permanent : son ambition. Pour lui ou pour son pays ? Voilà un autre mystère. Le résultat pourtant est là : à sa mort, il laisse la France plus forte et plus grande que jamais elle ne l’a été. Quoiqu’il n’ait jamais voulu l’admettre, et quoi que Bluche puisse écrire, Louis XIV doit tout au ministre de son père. Sans le grand cardinal, pas de grand siècle…
C’est donc un personnage particulièrement imposant que décrit Bordonove. Mais aussi un grand malade. On ne sait pas assez que Richelieu vivait perpétuellement entre deux maladies et qu’il souffrait de migraines continuelles à l’époque où l’on ne connaissait aucun moyen de les soulager. Ajoutons à cela que, loin de l’image que nous avons tous présente à la mémoire, le cardinal n’avait rien d’un dictateur, que, toujours soumis à la volonté de Louis XIII, il devait continuellement se battre contre l'indolence de celui-ci, et que le simple fait de plaire au roi et de garder son poste nécessitait une énergie hors du commun. Il avait coutume de dire qu’il avait livré ses plus grandes batailles dans les quatre pieds carrés du cabinet du roi.
Mort à 57 (ou 58) ans seulement, le personnage du cardinal aura été l’objet de tous les fantasmes. De Tallemant des Réaux aux réalisateurs de cinéma du XXe, tout le monde aura voulu donner « son » image de Richelieu.
Il écrivait lui-même : « J’ai eu le malheur que ceux qui ont pu beaucoup dans l’État m’en ont toujours voulu, non point pour aucun mal que je leur eusse fait, mais pour le bien qu’on croyait être en moi. Ce n’est pas d’aujourd’hui que la vertu nuit à la fortune et que les bonnes qualités tiennent lieu de crimes. On a remarqué de tout temps que, sous de faibles ministres, la trop grande réputation est aussi dangereuse que la mauvaise et que les hommes illustres ont été en pire conditions que les coupables. »
Le livre de Bordonove fait, dans un style agréable et très aisé à lire, le tour de cette personnalité hors du commun, avec ses forces et ses faiblesses, véritable fondateur de la France moderne. A recommander donc à ceux qui veulent avoir des lumières sur l’époque des Trois Mousquetaires, sans avoir envie de se plonger dans des études trop fouillées.

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