Le Quai de Wigan de George Orwell

Le Quai de Wigan de George Orwell
( The road to Wigan pier)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par Joehill, le 17 mai 2008 (Inscrit le 22 juin 2005, 45 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 3 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (14 727ème position).
Visites : 5 720 

Une enquête passionnante sur le monde ouvrier

George Orwell est évidemment connu et reconnu dans le monde entier pour 1984 et La ferme des animaux, mais il est également l'auteur de textes de réflexion teintés de remarques autobiographiques. C'est le cas d' Une histoire birmane ou de Dans la dèche à Paris et à Londres, mais aussi de cet essai intitulé Le quai de Wigan. Ce récit se présente d'abord comme une immersion dans le monde des mineurs de l'Angleterre du début du XXe siècle, plus précisément de la région de Sheffield et du Lancashire. Orwell décrit de façon méthodique les conditions de vie de ces ouvriers, s'attache aux moindres détails de leur quotidien et dénonce les ravages du chômage. Dans la deuxième partie de l'ouvrage, il plaide en faveur du socialisme, tout en mettant en garde contre le fascisme (ce texte a été écrit dans les années 1930). Comme dans beaucoup de ses autres écrits, Orwell fait preuve d'une grande lucidité sur le monde contemporain.

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Conditions sociales

8 étoiles

Critique de CC.RIDER (, Inscrit le 31 octobre 2005, 66 ans) - 10 juin 2024

Dans les années 30, à Wigan (Grande-Bretagne), tout comme dans les bassins houillers du Lancashire et du Yorkshire, une très importante partie de la classe ouvrière vit dans des conditions particulièrement déplorables. Chômage, pauvreté, crasse, manque d’hygiène. Se retrouvant plus ou moins par la force des choses en immersion, Orwell commence par décrire la vie dans une pension de famille tout à fait minable, tenue par un couple de marchands de sommeil assez odieux et faisant également profession de tripiers presque sans clients vu le manque de fraicheur des denrées en question. Ils offrent des conditions de logement indignes à de pauvres miséreux, chômeurs, trimardeurs, handicapés suite à un accident dans la mine ou autres placiers de journaux à la commission. Puis, il descend dans les mines, ce qui lui permet de proposer une description des conditions de travail dantesques des mineurs de l’époque, très comparable à celles décrites par Zola dans « Germinal ». Les salaires des mineurs leur permettent tout juste de survivre dans des logements sales, insalubres, où on peut s’entasser à 7 dans deux pièces, sans eau courante, ni sanitaires et avec les latrines dans la cour de derrière !
« Le quai de Wigan » est un ouvrage un peu particulier dans l’œuvre du grand George Orwell. En effet, la première partie se présente comme un véritable reportage d’investigation sur une réalité sociale douloureuse à une époque où l’Empire britannique est encore, mais plus pour longtemps, à son apogée. C’est la partie la plus intéressante du livre aussi bien du point de vue historique que social. On n’est pas bien loin du monde de Dickens tant la misère des classes laborieuses est encore énorme. La seconde partie est complètement différente. C’est un essai sur le socialisme, le communisme et son opposition avec le fascisme qu’Orwell voit en pleine expansion. Il reconnaît ne pas faire partie lui-même de la classe sociale des prolétaires, mais plutôt de celle des classes moyennes pas très élevées, celles qui, comme lui, ont bénéficié d’une sorte de bonus de classe en allant travailler dans les colonies. Ils dominaient les autochtones et pouvaient même bénéficier de serviteurs, chose inaccessible en métropole. Orwell reconnaît s’être vite lassé de ce statut en Birmanie et avoir tout quitté sur un coup de tête, avant de rentrer au pays. Bien que nombre de considérations soient encore valables de nos jours (il imagine l’évolution des gens de gauche partant du communisme, virant au socialisme et finissant dans le boboisme actuel) beaucoup sont datées, voire obsolètes, en particulier tout ce qui relève de l’évolution du fascisme et autres idéologies totalitaires.

Un itinéraire de formation intellectuelle, morale et politique

9 étoiles

Critique de Falgo (Lentilly, Inscrit le 30 mai 2008, 84 ans) - 15 avril 2023

George Orwell n'est pas issu d'une éducation précise, mais ce grand esprit a parcouru tout un cheminement pour devenir celui qu'il a été. Ce livre est en quelque sorte le tracé de ce cheminement. Né dans "la classe moyenne inférieure-supérieure" il a subi l'humiliation de n'être pas vraiment de la classe supérieure fortunée et en a ressenti très profondément le fait d'appartenir à une classe sociale ou à une autre. Cela l'a conduit à s'intéresser de très près à la classe ouvrière et à examiner les conditions de travail et de logement des mineurs du Nord de l'Angleterre, qu'il décrit avec un redoutable réalisme dans la première partie du livre. La seconde partie est consacrée à une réflexion sur la notion de classe et l'exercice du pouvoir, essentiellement à partir de son expérience de policier anglais dans la Birmanie coloniale. D'innombrables lectures et l'observation des comportements politiques de tous les partis l'ont conduit à condamner farouchement le fascisme et les tentations qui y mènent pour prôner le socialisme, défini comme un idéal de justice et de liberté, à l'encontre de tous les mauvais défenseurs du terme, comme les communistes, accusés d'être totalitaires, donc de rejoindre le fascisme. Ce livre est d'un intérêt majeur pour comprendre la formation d'Orwell qui aboutira à sa participation à la guerre d'Espagne et à ses deux livres majeurs: "La ferme des animaux" et "1984".

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