Rimbaud : l'oeuvre commentée de Claude Jeancolas, Arthur Rimbaud

Rimbaud : l'oeuvre commentée de Claude Jeancolas, Arthur Rimbaud

Catégorie(s) : Théâtre et Poésie => Poésie

Critiqué par Jules, le 1 décembre 2000 (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 79 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 6 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (14 523ème position).
Visites : 5 913  (depuis Novembre 2007)

Pour les passionnés

Tout fanatique de l'œuvre d'Arthur Rimbaud sera intéressé par ce livre qui vient de sortir.
Il y trouvera, bien sûr, l'œuvre entière de son poète favori, classée dans l'ordre de sa création. Mais surtout, il y découvrira énormément de notes et explications. Celles-ci lui permettront de mieux saisir certaines nuances de l'œuvre, qui auraient pu lui échapper.
Claude Jeancolas est indiscutablement le grand spécialiste français actuel de l'œuvre d'Arthur Rimbaud. C'est lui qui a écrit, ou a participé, aux ouvrages suivant : " Les lettres manuscrites de Rimbaud, d'Europe, d'Afrique et d’Arabie " (Textuel), " Rimbaud-L’oeuvre Intégrale manuscrite " (Textuel) et " Passion Rimbaud, l'Album d'une vie " (Textuel). Ces différents livres seront appréciés par les grands amateurs. "

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Un acte de voyance illuminative

10 étoiles

Critique de El Gabal (Strasbourg, Inscrit le 10 janvier 2022, 35 ans) - 22 janvier 2022

Rimbaud, pour qui s'en souvient, est celui qui affirme sans même avoir à se faire péremptoire que "Le Poète (lui) se fait voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens. Toutes les formes d’amour, de souffrance, de folie ; il cherche lui-même, il épuise en lui tous les poisons, pour n’en garder que les quintessences. Ineffable torture où il a besoin de toute la foi, de toute la force surhumaine, où il devient entre tous le grand malade, le grand criminel, le grand maudit, — et le suprême Savant — Car il arrive à l’inconnu ! Puisqu’il a cultivé son âme, déjà riche, plus qu’aucun ! Il arrive à l’inconnu, et quand, affolé, il finirait par perdre l’intelligence de ses visions, il les a vues ! Qu’il crève dans son bondissement par les choses inouïes et innombrables : viendront d’autres horribles travailleurs ; ils commenceront par les horizons où l’autre s’est affaissé !".

Nous croyons pouvoir nous tenir quittes de cette profession de foi. La réalité est que nous ne sommes plus capables de lier la matière au feu car notre passion exclusive du réel, un réel dépouillé de tout autre ornement que celui dont l'homme sans grandeur le pare, nous a obligé à rompre notre serment héraldique. Le corps de l'histoire gît au milieu des ronces et plus aucun métier à tisser ne paraît pouvoir sauver le verbe de l'occlusion. Nous ne voulons plus rien entendre des prophéties anciennes et de la magie primitive et loin, bien loin, nous semble être le temps où le poète tirait son autorité de ses intercessions sacrées, en digne gardien de cette mémoire divine qui formait le noyau des communautés humaines. Trouvant opportun de couvrir d'opprobres tout ce qui est pétri de glaise mystique, un poète comme Roger Gilbert-Lecomte ne peut nous apparaître que foncièrement inintelligible lorsque après Rimbaud, il surenchérit de la sorte :

"L'inspiration poétique,— exactement créatrice —, est la forme occidentale de la Voyance. Le poète, ainsi défini au plus loin de son habituelle acception, est le faible mais authentique reflet du féticheur nègre et du mage oriental. Les sens de l'animisme, de la participation, de la magie et des métamorphoses décrivent en la limitant la démarche poétique."

Et pourtant il y a bien une chaîne d'or qui court de la plus haute antiquité jusqu'au romantisme sans jamais se briser sur le récif de la modernité. Keats, Baudelaire, Blake, Coleridge avant même que Rimbaud et ses héritiers (les poètes du Grand Jeu et Michaux) en fassent le principe de tous les principes, accordent à la voyance la plus haute importance. Si par voyance, on suppose le consentement à déchirer le voile du visible. Ces poètes se savent contemporains de la Pythie qui prophétise à Delphes. Ils héritent des cyborgs dont Asimov prédit le règne. Du serpent, ils détiennent le secret des métamorphoses et de l'immortalité. Mais aussi l'art de plonger dans les mondes souterrains où se cueille le raisin des plus pures prophéties. Le chant des dieux se devine à leur manière de proférer. Et ils n'hésitent pas, au besoin, à s'intoxiquer pour affiner leurs visions.C'est que la poésie n'est pour ces hommes-là pas seulement la traversée d'un péril, mais la traversée de tous les périls.

Comme tout semble plus fade depuis que nous portons le deuil des dieux. Il ne nous paraît plus possible de nous élever jusqu'aux plus hautes réalités sans recourir aux instruments dont le scientifique se sert pour mesurer toute l'étendue du réel. Œdipe meurt aveugle mais consolé. Mais nous, sommes inconsolables depuis que nous scrutons l'orbe du visible sans jamais plonger dans le miroir qui s'ouvre sur l'infini des mondes.

"Bel esprit"?

8 étoiles

Critique de Lucien (, Inscrit le 13 mars 2001, 68 ans) - 31 octobre 2004

Encore un bel esprit autoproclamé...
Un bel esprit qui parle des "vers" de Rimbaud, de Rimbaud "versificateur" alors que la plupart des textes où il est véritablement lui-même sont en prose.

Tel cet "Adieu" qui clôture la "Saison en enfer" et que nous devrions relire plutôt que de condamner globalement. Car où est l'hermétisme dans ces lignes? Où est l'imposture? Où est le conditionnement scolaire?

ADIEU

"L'automne déjà! - Mais pourquoi regretter un éternel soleil, si nous sommes engagés à la découverte de la clarté divine, - loin des gens qui meurent sur les saisons.

L'automne. Notre barque élevée dans les brumes immobiles tourne vers le port de la misère, la cité énorme au ciel taché de feu et de boue. Ah! les haillons pourris, le pain trempé de pluie, l'ivresse, les mille amours qui m'ont crucifié! Elle ne finira donc point cette goule reine de millions d'âmes et de corps morts et qui seront jugés! Je me revois la peau rongée par la boue et la peste, des vers plein les cheveux et les aisselles et encore de plus gros vers dans le cœur, étendu parmi les inconnus sans âge, sans sentiment. . . J'aurais pu y mourir. . . L'affreuse évocation! J'exècre la misère.

Et je redoute l'hiver parce que c'est la saison du comfort!

- Quelquefois je vois au ciel des plages sans fin couvertes de blanches nations en joie. Un grand vaisseau d'or, au-dessus de moi, agite ses pavillons multicolores sous les brises du matin. J'ai créé toutes les fêtes, tous les triomphes, tous les drames. J'ai essayé d'inventer de nouvelles fleurs, de nouveaux astres, de nouvelles chairs, de nouvelles langues. J'ai cru acquérir des pouvoirs surnaturels. Eh bien! je dois enterrer mon imagination et mes souvenirs! Une belle gloire d'artiste et de conteur emportée!

Moi! moi qui me suis dit mage ou ange, dispensé de toute morale, je suis rendu au sol, avec un devoir à chercher, et la réalité rugueuse à étreindre! Paysan!

Suis-je trompé? la charité serait-elle sœur de la mort, pour moi?

Enfin, je demanderai pardon pour m'être nourri de mensonge. Et allons.

Mais pas une main amie! et où puiser le secours?

***

Oui, l'heure nouvelle est au moins très sévère.

Car je puis dire que la victoire m'est acquise : les grincements de dents, les sifflements de feu, les soupirs empestés se modèrent. Tous les souvenirs immondes s'effacent. Mes derniers regrets détalent, - des jalousies pour les mendiants, les brigands, les amis de la mort, les arriérés de toutes sortes. - Damnés, si je me vengeais!

Il faut être absolument moderne.

Point de cantiques : tenir le pas gagné. Dure nuit! le sang séché fume sur ma face, et je n'ai rien derrière moi, que cet horrible arbrisseau!. . . Le combat spirituel est aussi brutal que la bataille d'hommes; mais la vision de la justice est le plaisir de Dieu seul.

Cependant c'est la veille. Recevons tous les influx de vigueur et de tendresse réelle. Et à l'aurore, armés d'une ardente patience, nous entrerons aux splendides villes.

Que parlais-je de main amie! Un bel avantage, c'est que je puis rire des vieilles amours mensongères, et frapper de honte ces couples menteurs, - j'ai vu l'enfer des femmes là-bas; - et il me sera loisible de posséder la vérité dans une âme et un corps."

A propos de Rimbaud

8 étoiles

Critique de Jules (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 79 ans) - 25 octobre 2004

J'ai plus qu'un peu la sensation que Rameaux me porte une sorte de mauvais procès d'intention...

Ais-je écrit que Rimbaud était réservé à une élite ?... J'ai écrit que ce livre permettrait peut-être aux fanatiques de ce poète de comprendre certaines choses qui leurs auraient peut-être échappé. Est-ce "élitiste" ?... Je ne pense pas car Rimbaud n'est pas le seul poète qui aurait écrit des choses qui pourraient échapper ! Qui comprend toujours tout ce qu'un poète suggère et n'y a-t-il aussi qu'une seule interprétation possible ?...

Quand je dis que ce livre est réservé "aux fanatiques" du poète je ne suis pas plus élitiste non plus. Nous sommes des milliers à adorer un ou plusieurs auteurs sans pour autant êtres désireux de lire ce type d'ouvrage sur un de ces auteurs... Bref, on peut aimer Rimbaud et ne pas avoir envie d'en recevoir l'explication du moindre vers. Est-elle d'ailleurs nécessaire ?... Mais certains aiment et c'est leur droit.

Victime de quoi ? D'une mode "Rimbaud" ?... Cela me paraît douteux vu le nombre d'années qu'il est apprécié. Si ce n'était qu'un phénomène de mode, il serait à la trappe depuis des années ! Autant de grands écrivains ne se seraient pas penchés sur son oeuvre tout en l'appréciant vivement. Ou alors, un phénomène Baudelaire aussi ? Et Apollinaire itou et bien d'autres...

Rameaux m'écrit qu'il s'agit d'un effet pervers du système scolaire... Quoi ?... Camus ne serait lu que parce qu'il est enseigné ?... D'autant plus bizarre que nous avons l'habitude de nous entendre dire que le fait d'enseigner un auteur en classe le rend ennuyeux... Que c'est bien souvent à cause de cela que les jeunes s'en détournent...

Quant à moi je rectifie aussi sec: mon prof de français ne nous en a parlé, à l'époque, que comme l'auteur "Du dormeur du val" !... Très beau, certe, mais qui me faisait furieusement penser à du Hugo. Ceci m'a valu d'être foutu dehors du cours, car je voulais étudier "Une saison en enfer" plutôt que cela, estimant, peut-être à tort, que ce texte était bien plus le vrai Rimbaud que "Le dormeur"...

On ne peut donc pas dire que j'ai subi de fortes pressions me parlant du poète révolté et novateur...

Maintenant, il est évident que bêle qui veut avec qui il veut !

Nombreux aussi sont ceux qui adorent systématiquement bêler à contre courant. C'est une mode aussi ou un comportement qui permet d'attirer l'attention et, parfois, de paraître encore plus fort que les autres. A chacun son "élitisme"...

Mais il est vrai que je m'adresse ici à "un bel esprit" Un doute affreux me saisit !... Ais-je bien le niveau pour discuter, et m'opposer, à un tel esprit ?... Probablement non, puisque j'aime Rimbaud...

Vive Rimbaud

8 étoiles

Critique de Don_Quichotte (Metz, Inscrit le 31 mai 2004, 37 ans) - 22 octobre 2004

à mort Rameaux? non je plaisante, sincèrement chacun ses gouts, ce qui m'amuse ce n'est pas le fait de ne pas aimer Rimbaud mais de le revendiquer comme quelque chose d'exceptionnel, que seul un esprit élevé peut comprendre...

Certains aime Chateaubriand,Musset,Vigny, d'autres Baudelaire, Lautréamont ou Rimbaud, d'autres les aime tous mais ce n'est pas la peine de condamner si violemment l'oeuvre et les lecteurs...
Mais bon peut être qu'un gamin de 17 ans ne peut comprendre "les subtilités élevées" de ton message...

Con Respeto, el ingenioso hidalgo Don Quijote de la Mancha

Je ne crois pas en la poésie hermétique de Rimbaud

4 étoiles

Critique de Rameaux (, Inscrit le 22 octobre 2004, 58 ans) - 22 octobre 2004

Je comprends parfaitement que l'on tente de m'initier aux subtilités élevées de la poésie rimbaldienne. Seulement je n'y adhère pas, trop méfiant que je suis envers les imposteurs de la lyre qui sous prétexte d'avant-gardisme nous pondent de gros cocos complètement vides.

Nul ne me fera croire que les âmes tombant en pâmoison devant les vers "illuminés" de Rimbaud ne sont pas victimes d'une auto-suggestion née d'un insidieux conditionnement scolaire, chose qui n'a rien à voir avec l'émoi littéraire véritable...

L'on décrète à l'école que Rimbaud est un génie et que les "rebelles" dignes de ce nom se doivent d'adopter inconditionnellement le poète maudit pour pouvoir prétendre à la "révolte" et être pris au sérieux sous le ciel des rimeurs. L'on suggère que pour passer pour un fin lettré, un idéaliste, une âme éprise de je ne sais quelles "foutaiseuses" hauteurs, il faut admirer Rimbaud, que la chose se fait depuis plus d'un siècle, que les plus beaux esprits se sont inclinés devant Rimbaud et que railler ses vers qu'un tapage séculaire a fini par consacrer au panthéon des demi-dieux versificateurs relèverait du crime de lèse-poète...

C'est que, voyez-vous, je n'ai pas pour habitude de bêler pas avec le troupeau des initiés. Le messie de cette espèce de secte littéraire fût-il Monsieur Rimbaud.

Je préfère encore passer pour un imbécile solitaire, héroïque dans mon hérésie, plutôt que paître tel un ruminant à la solde de Rimbaud dans les grasses contrées de la poésie dispensée en granulés. Me distinguer de la sorte plutôt que me fondre dans la foule d'admirateurs anonymes, trompeter seul au fond des bois plutôt que joindre mes bêlements à ceux de l'étable, voilà ce qui sied au bel esprit que je suis.

Rameaux

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