Le canapé rouge de Michèle Lesbre

Le canapé rouge de Michèle Lesbre

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Amanda m, le 21 février 2008 (Inscrite le 10 janvier 2008, 55 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 7 étoiles (basée sur 13 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (2 771ème position).
Visites : 6 069 

Douceur et mémoire

Anne est décidée à revoir l’homme qu’elle a aimé jadis. Ils ne se sont pas revus, ils ne se sont plus écrit, mais Anne prend le train jusqu’à Irkoutsk où Gyl s'est exilé.

Elle a laissé Clémence derrière elle. Clémence à qui elle lit tous les jours les destins de femmes exceptionnelles, exaltées, passionnées. Clémence qui hante son voyage et ses pensées. Clémence assise sur son canapé rouge, Clémence habitée par son passé et ses souvenirs qui s’estompent et s’effacent. Aspirés par la maladie ils ressurgissent en lambeaux épars de plus en plus fugaces.

Le rythme du roman est lent, aussi lent que ce train qui traverse la Sibérie , mais le voyage est serein, paisible, parsemé de souvenirs et de mélancolie.

Des moments de tendresse partagés avec Clémence (« J’aurai aimé la prendre dans mes bras, la détresse des corps vieillis qu’une main n’effleure, qu’aucun corps n’étreint, cette immense solitude de la chair qui est déjà un peu la mort, m’a toujours effrayée. Enfant, la peau de mes grand-mères me fascinait, je la touchais avec précautions, comme si je craignais de la froisser davantage, qu’elle se déchire sous mes doigts et que ma maladresse précipite une issue fatale. Celle de Clémence Barrot, fine et diaphane, me rappelait ses instants d’une infinie tendresse où je me perdais dans la géographie des rides et des veines bleues qui courraient sur les mains abîmées de ces femmes, petits ruisseaux buissonniers et palpitants. »), aux rencontres éphémères avec d’autres voyageurs (« Dans le compartiment, ils s’appelaient Tania, Vassili, Piotr, Vera, Boris, Vania. Parfois ils apparaissaient et disparaissaient sans qu’un mot ait pu être échangé. Tous n’étaient qu’ombres furtives, surtout la nuit, lorsque le train s’arrêtait quelque part, qu’ils allaient et venaient dans le mystère de leur vie. Les corps s’allongeaient discrètement puis s’esquivaient pour se perdre dans l’une de ces villes on l’on ne distinguait rien, seulement une vague ébauche surgissant de la pénombre ou du voile encore épais de l’aube. Un perpétuel mouvement rendait ainsi chaque rencontre fugitive et capitale à la fois. Leurs visages s’estompaient avec le temps, mais je gardais cette impression forte d’avoir approché des femmes et des hommes qui ne me quittaient plus ».) Anne ressuscite ses relations avec Gil, avec d’autres hommes aussi, qu’elle a connus puis quittés.

Michèle Lesbre caresse ces souvenirs brumeux et cette nostalgie lumineuse. Elle les esquisse avec une délicatesse et une sensibilité exquises.

Quel talent a-t-elle pour nous faire vivre et ressentir cette affection profonde, intime, qui unit Anne et Clémence ! Ses phrases sont des fragments de poésie, aussi vaporeux que les souvenirs qui surgissent, uns à uns, pointant leur éclat, leur beauté et leur douceur.

Il y a une grâce et une luminosité sereine dans ce roman que l’on referme en frissonnant.

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Au bord du voyage

6 étoiles

Critique de Marvic (Normandie, Inscrite le 23 novembre 2008, 63 ans) - 18 septembre 2015

Je n'ai pas réussi à entrer complètement dans ce joli voyage. Comme Anne restée au bord des rencontres, que ce soit celle avec Igor passager du train, Boris l'accordéoniste, et même Gyl, l'homme qu'elle était partie retrouver, je n'ai pas réussi à l'accompagner dans cet étrange et long voyage.
"Pendant ces heures un peu lentes, un peu lascives, trimbalée dans ce paysage qui n'en finissait pas de s'étirer sous mes yeux, je me découvrais une aptitude à la vie contemplative que je ne soupçonnais pas."

Je ne suis pas montée dans ce train, mais j'ai beaucoup aimé les scènes parisiennes. Sa rencontre puis l'amitié qui se tisse entre Clémence Barrot, sa voisine âgée sont pour moi, les plus beaux passages de ce court roman.
J'ai retrouvé l'écriture poétique et particulière que j'avais aimée dans "Un lac immense et blanc" et comme dans ce livre, cette façon de "poser" les mots tout en douceur, qui montre l'attachement et l'importance des mots pour l'auteure.
"Ces vers qui m'avaient bouleversée un jour... m'étaient d'un grand réconfort. Ce n'était pas la première fois qu'une telle chose se produisait, des mots, des phrases lues ici ou là avaient déjà volé à mon secours, ou m'avaient tout simplement accompagnée. J'en éprouvais toujours un réel bonheur."

Nostalgie

8 étoiles

Critique de Nathafi (SAINT-SOUPLET, Inscrite le 20 avril 2011, 55 ans) - 17 décembre 2014

Condensé de nostalgie, "Le canapé rouge" nous emmène vers ce qui fut, ce qui eut pu être, un flot de regrets qui coule au fil du voyage qu'entreprend Anne pour retrouver Gyl. C'est un rêve insensé, une folie, comme un excès de désespoir qui la conduit vers lui, plutôt vers l'image qu'elle a gardée de cet homme qu'elle a aimé. Le souvenir de sa voisine l'accompagne, cette vieille dame, chapelière, avec qui elle partage ses lectures et qui évoque son grand amour parti trop tôt. Ce livre est touchant, l'écriture posée, avec de belles images, le trajet traîne en longueur, c'est que pour arriver jusqu'au lac Baïkal, il en faut, du temps... Le temps de rêver, de regretter, de s'attendrir, de s'intéresser aux autres qui, peut-être, tourneraient le regard vers soi, avec de grands moments de solitude qui rendent triste. Un long voyage, parsemé de lectures, pour tuer le temps...

Je suis amoureux !

8 étoiles

Critique de Ulrich (avignon, Inscrit le 29 septembre 2004, 47 ans) - 15 mai 2011

Ce livre est mélancolique. Ce livre est le sublime portrait d’Anne. Elle part à la recherche de Gil qui ne répond plus à ses lettres. Elle prend alors le transsibérien. C’est un lent voyage. Il sert de décor au récit. Il s’entremêle avec lui. Prendre le temps, le goût des autres sont intiment liés à ce voyage. Ils sont aussi Anne.
Elle nous livre sa vie. C’est avant tout le portrait fabuleux d’une femme. Une femme libre, amoureuse de l’amour, de la vie, un brin sauvage, naturelle, faite pour le voyage et rêvant de découverte.
En miroir, en écho à sa propre histoire, c’est celle de Clémence qui lui répond. Clémence , la vieille dame, assise dans son canapé rouge au seuil de sa vie qui aura passé une vie à attendre, à penser à son Paul fusillé pendant la guerre. Elle n’aura finalement aimé que lui.
Anne, en écho, ne le dit pas mais finalement, elle n’aime que Gil. Mais Gil fait partie de ces hommes dont on tombe éperdument amoureux mais trop libres, trop tout pour faire une vie avec.
Anne et Clémence se comprennent. Elles partagent l’essentiel : l’amour ! la sagesse de savourer le temps qui passe.
Ce livre est une rêverie, une douce mélancolie, une déclaration à l’amour, au temps qui passe, au voyage. Anne est une princesse russe. Anne est belle. Elle est libre.
J’en suis tombé amoureux.

Un parfum mélancolique...

9 étoiles

Critique de Flo29 (, Inscrite le 7 octobre 2009, 50 ans) - 30 octobre 2009

...voilà comment je vois ce roman. Je l'ai trouvé agréable à lire, délicat et doux, on a l'impression que les personnages se noient dans une sorte de brouillard (de Sibérie?). C'est troublant de se plonger dans un livre où l'on ne connaît que l'essentiel des personnages, tout ce qui les a marqués dans une vie qui parfois les dépasse.
Par petites touches, l'auteure nous entraîne dans un voyage en Russie, mais aussi dans un voyage dans le temps, et l'on découvre les passés des femmes de l'histoire, Clémence, Anne.
J'ai aimé être aux côtés du personnage principal, la suivre dans ses errances géographiques, temporelles et littéraires. Certes, ce n'est pas palpitant, c'est lent, mais c'est aussi sensible et bien écrit.

voyage brume et lumière

10 étoiles

Critique de Printemps (, Inscrite le 30 avril 2005, 64 ans) - 25 octobre 2009

Le canapé rouge nous fait voyager dans le Paris de Clémence du vingtième siècle, les biographies de femmes libres et déterminées que lui fait découvrir Anne, mais aussi la vie d'Anne à la recherche d'un amour et d'engagements politiques disparus. Un passage dans la vie de Clémence et d'Anne au rythme lent du train pris par Anne. Une chaleur féminine dans un monde froid où les hommes disparaissent ou sont absents, si ce n'est le rattrapage final où un lever de soleil humain dissipe la brume de la vie et des idéologies et permet l'acceptation du temps.

un bonheur de lecture

9 étoiles

Critique de Francesco (Bruxelles, Inscrit le 16 février 2001, 77 ans) - 5 août 2009

Très beau roman de Michèle Lesbre qui nous emmène via sa narratrice en voyage sur les traces de son ancien amoureux avec des retours sur Paris où elle retrouve son amie Clémence en mal se son amour de jeunesse.
Plein de nostalgie et de mélancolie , bien écrit , tendre et sensible, ce livre est un de mes coups de coeur de l'été et devrait plaire aux femmes comme aux hommes.
Michèle Lesbre n'est pas sans rappeler Modiano et Andrei Makhine par le ton , le style et l'ambiance qu'on y retrouve.
Le roman vient de paraître en livre de poche Folio , 138p.

C'est long les voyages en train...

4 étoiles

Critique de Bizart (, Inscrit le 8 avril 2009, 42 ans) - 8 avril 2009

C'est à travers les pensées de Gyl que l'auteur nous invite , dans un long voyage en train , prétexte à l'introspection et à la réflexion sur sa vie et sur la vie en général.
Chapitre après chapitre comme gare après gare, le train n'arrive pas à nous faire passer un agréable voyage mais au terminus tout le monde descend et c'est tant mieux.
Hormis quelques réflexions pertinentes l'histoire n'invite au voyage que ceux qui en comprennent toutes les références et encore ...
En revanche les amoureux des jolies couvertures seront comblés

Voyage introspectif

6 étoiles

Critique de Aaro-Benjamin G. (Montréal, Inscrit le 11 décembre 2003, 53 ans) - 7 novembre 2008

Le périple en train emmène la narratrice vers Gyl, un ancien amoureux, mais en réalité c’est Clémence qui hante ses souvenirs les plus beaux. Avec une plume douce et berçante, Lesbre évoque admirablement la nostalgie des bons moments du passé. La trame est toutefois linéaire. J’ai eu l’impression de relire les mêmes deux chapitres encore et encore. Les personnages de fiction sont intéressants lorsque l’on nous dévoile tout. La pudeur apporte cette touche poétique charmante à la prose. Par contre, cela n’est pas très palpitant.

(Prix Mac Orlan, Coup de Cœur Le Point, Liste Goncourt : le choix polonais, prix des librairies Mille pages)

Ca fait vraiment du bien...

8 étoiles

Critique de Loras (, Inscrite le 13 juin 2007, 35 ans) - 2 septembre 2008

Douceur, poésie, mélancolie, amour et voyages. Un roman, un vrai. Une littérature romanesque. C'est beau c'est bien écrit. On a l'impression de faire le voyage avec Anne, de voir les paysages à travers ses yeux, de voir le temps fuir avec elle...
Les références littéraires ne m'ennuient pas, bien au contraire. Elles prouvent que cette femme vit littérature, aime littérature, respire littérature, et ça fait vraiment du bien.


Ce n'est pas pour rien si ce roman a failli avoir le Goncourt...

l'amour perdu

9 étoiles

Critique de Dudule (Orléans, Inscrite le 11 mars 2005, - ans) - 19 août 2008

Avec ce roman Michèle Lesbre nous raconte la quête d’une femme, Anne, qui part par le transsibérien vers Irkousk à la recherche de Gyl, l’homme qu’elle a aimé et qui est parti pour ses convictions politiques en Russie, et dont elle n’a plus de nouvelles depuis de nombreuses années, que va-t-elle chercher, découvrir réellement ?

Pendant tout son voyage, Anne repense à Clémence, une vieille femme, résidente du même immeuble, dont elle a fait la connaissance et depuis elles se retrouvent et Anne lui fait la lecture et des confidences.
Toutes les deux se souviennent d’un amour perdu, Gyl pour Anne, Paul pour Clémence -sa photo est cachée derrière un coussin du canapé rouge -.

C’est un roman intimiste, avec une grande poésie, l’auteur nous conte les personnages, les paysages avec ravissement, un très beau et bon roman.

Les hommes manquent.

7 étoiles

Critique de Feint (, Inscrit le 21 mars 2006, 58 ans) - 18 avril 2008

C’est plutôt un beau livre, Le Canapé rouge. Ça ne prétend pas dire les choses qu’on ne peut pas dire ; alors ça fait mine de dire autre chose, de parler d’un voyage, de parler d’une autre personne – alors qu’en fait il ne s’agit de rien d’autre, me semble-t-il, que de passer d’un âge à un autre, et de l’admettre. J’ai aimé cette manière, indirecte, de dire. Une histoire d’apprendre à être heureux, encore heureux. Heureuse, plutôt. Ce serait là ma seule réserve – presque un peu injuste, d’ailleurs, mais tout de même. J’ai eu souvent l’impression de lire un livre de femme(s), un peu trop. Le livre d’une femme, publiée par une femme, dans un monde où la plupart des lecteurs sont des lectrices. Ça se sent un peu, à la lecture, un peu trop, décidément – « décidément », me dis-je, en lisant les deux derniers paragraphes. De petites facilités, de petites séductions envers un lectorat déjà ciblé. Il n’empêche, c’est plutôt un beau texte, et un bel objet aussi, agréable à l’œil et à la main – pour le même prix, la plupart des éditeurs proposent des livres nettement moins finis ; qu’on ne se méprenne donc pas sur mes propos : s’il y a un procès à faire, c’est d’abord celui des hommes qui ne lisent plus – et en fait je ne suis pas complètement hors sujet ; après tout, dans le livre aussi, les hommes, Gyl ou Paul, manquent.

Viens ! Je connais des histoires. Il était une fois...

3 étoiles

Critique de Bertrand-môgendre (ici et là, Inscrit le 9 mars 2006, 67 ans) - 3 avril 2008

Le canapé rouge de Michèle Lesbre

Michèle me prend la main, me conduit au rythme de son long voyage et sa vie parisienne comme lectrice au domicile d'une dame âgée.

Michèle promène son récit dans la chaleur du wagon-lit, les cuisses collées contre le faux cuir du siège banquette. Je reste debout au centre du compartiment, appréciant les paysages enneigés que ses yeux curieux auscultent sans répits ni repos.

Michèle m'installe au bord du canapé rouge du couloir de sa voisine, et j'attends silencieux sa voix douce rompre le silence d'une solitude partagée à elles deux.

Calme et reposée une ambiance s'échappe de ses pages à humer avec délicatesse.

Le récit n'est pourtant pas une oeuvre littéraire à part entière. Il ressemble à ses effluves subtiles de parfums agréables à ressentir, très vite submergé par la masse imposante des autres senteurs envahissantes. Un pont s'établit entre Irkoutsk et Paris, passage obligé d'une quête de souvenirs et la recherche d'un avenir à construire.

Les références littéraires trop présentes m'ennuient.

L'édition est de bonne qualité, ce qui ne gâche rien au plaisir de lire du Michèle Lesbre.

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