La mer de la tranquillité de Sylvain Trudel

La mer de la tranquillité de Sylvain Trudel

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Calepin, le 1 juin 2007 (Québec, Inscrit le 11 décembre 2006, 43 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 3 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (24 313ème position).
Visites : 6 580  (depuis Novembre 2007)

Éructation d'une souffrance poétique

La mer de la tranquillité, le dernier titre de Sylvain Trudel, est un recueil de neuf nouvelles aussi troublantes que déchirantes. On dit de Trudel qu'il mélange l'imagination, l'érudition et l'émotion, ce que je suis incapable de réfuter. On y retrouve où se mélange un style qui frôle, par moment, la prose poétique et une réflexion sur l'humain qui appartient au domaine de l'essai. C'est un ouvrage lourd qu'on ne peut pas lire en diagonale sous peine de perdre une richesse incroyable dans le choix des images, une description taillée au couteau et qui relate un réalisme impressionnant. D'ailleurs, il semble avoir un net intérêt pour la métaphysique et les questions spirituelles qui touchent, de près ou de loin, la religion.

Que de verve, il faut croire ! C'est d'ailleurs, à mon avis, le principal défaut de son livre (que j'ai aussi retrouvé dans Du mercure sous la langue) : sa tendance à l'érudition est telle qu'à un certain moment, il semble s'y embourber et nous entraîne dans une réflexion logique qui nous éloigne de la réalité émotive. Sa dernière nouvelle, Vaisseau négrier, est la pire de toutes sur ce plan. Cette façon de faire pourrait décourager bien des lecteurs, bien que bouder son livre pour ça est perdre beaucoup d'autres choses.

Heureusement, Sylvain Trudel nous rejoint dans les méandres de son monde peint à l'érudition avec de fines réflexions qui nous touchent directement au coeur, nous fait sourire ou nous rend triste, pour toucher à l'universel.

Au bout du compte, malgré une prose parfois lourde et difficile à comprendre due à toutes ces références diverses sur des éléments parfois inconnus de beaucoup de gens, ce livre reste à mes yeux une excellente lecture.

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Vogue-t-on dans un vaisseau négrier ?

8 étoiles

Critique de Libris québécis (Montréal, Inscrit(e) le 22 novembre 2002, 82 ans) - 15 juillet 2013

L’Église a hérité de la mission du Christ, mais il faudrait reconnaître, selon Sylvain Trudel, qu’elle a lamentablement failli à la tâche. Comment se fait-il que l’existence humaine pose de plus en plus de questions à ceux qui vivent dans un espace marqué par deux mille ans de christianisme? A-t-on tu l’essentiel pour que tant de détresse se profile à l’horizon? En fait, Sylvain Trudel noue avec la philosophie en amenant sur la place publique la dynamique chrétienne vue à travers un Occident qui désespère de son Créateur.

Les bigotes de Jacques Brel crieront au discours blasphématoire, mais saint Augustin manifesterait plus de charité envers ces âmes en quête d’absolu. De tout temps, l’existence de Dieu a achoppé sur l’entendement humain, d’où les déviances qui ont dénaturé son visage. L’orgueilleuse Église devrait se sentir davantage interpeller par le désespoir de ses commettants. Chacun des personnages du recueil de nouvelles est en train de sombrer dans son « vaisseau négrier » à l’instar de celui d’Émile Nelligan. On ne répond pas aux SOS, à l’exception de quelques croyants qui se donnent bonne conscience en s’enguirlandant les mains d’un chapelet au lieu de les ouvrir vers autrui. La voix divine est étouffée par cette quincaillerie d’objets de piété. Faute d’être alimentée, la foi se cherche parfois une source chez les charlatans de l’au-delà ou se transforme en canard lunaire sur la mer de la Tranquillité.

Cette œuvre, annonciatrice de la mort du Créateur, ne peut être perçue comme des calembredaines, étant donné le nombre de suicides, de meurtres, de viols et de maladies transmises sexuellement. Avec une violence stylistique inouïe, l’auteur vomit, comme saint Marc, les tièdes paralysés par des valeurs toutes terrestres.

Histoires existentielles

8 étoiles

Critique de Aaro-Benjamin G. (Montréal, Inscrit le 11 décembre 2003, 55 ans) - 25 novembre 2008

Le premier groupe de nouvelles se situe dans l’enfance. La prose poétique fulgurante de Trudel se prête parfaitement à ce thème, puisque la façon de voir les choses à cette période de nos vies relève d’une certaine magie. Même un texte de trois pages comme « Deux visages » possède une densité saisissante. En dépeignant tout simplement les petits gestes d’une grande sœur consolante, il atteint le sublime : « Françoise m’avait promis que, si je me rendormais sagement, elle reviendrait pendant la nuit pour capturer dans mon filet à papillons toutes les lettres z qui s’échapperaient dans l’air, avec mon souffle, par mes lèvres entrouvertes. Le matin à mon réveil, j’avais trouvé, pêle-mêle sur ma table de chevet, une dizaine de petits z découpés dans des feuilles de carton…»

Le groupe de nouvelles du centre est urbain. Des endroits précis de Montréal sont visités par des personnages qui se questionnent, qui cherchent leur place. Des gens perdus portant le poids d’une spiritualité déficiente. Tout devient plus sombre dans ce monde d’adultes ; un itinérant se veut bienfaiteur parmi les éclopés de la ville, un passant démontre beaucoup trop d’empathie pour un suicidé inconnu, le même sentiment est repris plus loin dans « La mort heureuse » cette fois autour de deux frères.

Ce n’est pas une lecture joyeuse, chez Trudel on finit toujours par retomber dans la rage du désespoir. Contrairement à ses romans, la diversité qu’apporte la collection de nouvelles lui est rédemptrice. Pour moi, il s’agit du meilleur de sa carrière, même si parfois, les maladresses d’une trop grande érudition cohabitent avec le fabuleux.

Un seul bémol, le dernier texte ‘Vaisseau négrier’, sorte de testament d’un père à son fils, un délire de plusieurs pages s’apparentant à l’exercice de style académique.


(Prix du Gouverneur Général du Canada)

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