Affinités de Sarah Waters

Affinités de Sarah Waters
( Affinity)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par Queenie, le 9 février 2007 (Inscrite le 14 mars 2006, 43 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (12 581ème position).
Visites : 4 301  (depuis Novembre 2007)

une touche de couleur dans la grisaille

Un lourd passé, un secret enfoui, une sensation d'étouffement, conduit la jeune bourgeoise Margaret Prior à devenir Dame Patronnesse à la prison pour femmes de Millbank (Londres).
Là-bas, elle rencontre diverses femmes, découvre l'univers carcéral et ses règles (aucun droit à la parole, occupée toute la journée dans une cellule sombre à quelques menus travaux, nourriture infecte, mépris des gardiennes).
Elle essaye de leur apporter son soutien, juste de sa présence, puisqu'elle n'a pas le droit d'aborder des sujets qui pourraient "faire rêver" les détenues (interdiction de ce qui se passe à l'extérieur, interdiction de transmettre des messages sous quelque forme que ce soit, interdiction de parler de l'ancienne vie de la détenue...).
Finalement, dans cet univers, Margaret Prior se retrouve encore plus désorientée et effrayée que dans son monde à elle. Mais au moins, à Millbank il est normal de ne pas se sentir à sa place.

Puis Margaret rencontre Selina Dawes.

Selina Dawes, une jeune femme énigmatique, spirite. Qui s'est retrouvée enfermée pour meurtre, à cause d'un esprit.
Entre les deux jeunes femmes une forte amitié va commencer à naître. Margaret va trouver chez Selina une confidente, une victime qu'elle voudra à tout prix protéger, sauver.


Sarah Waters a une telle façon de décrire la prison et son quotidien, qu'on a l'impression d'en respirer la poussière, d'en sentir le froid et la grisaille.
On se sent tellement étouffé qu'on a envie de croire à chaque bouffée d'air frais. Comme Margaret. Selina Dawes devient rapidement un mystère qu'on a envie de dévoiler. On se sent complètement happé dans la vie de Margaret, lui souhaitant de trouver pendant les quelques minutes à Millbank le peu de bonheur que la vie lui offre. On est tellement avec Margaret que, comme elle, on ne voit pas venir l'inexorable fatalité. L'horrible, le cruel, le plus noir de ce que l'humanité peut produite.
Sarah Waters distille peu à peu son intrigue et, comme dans tous ses livres, parvient à faire se retourner les évènements, à révéler des choses incroyables sur ses personnages.
Si au départ, on se laisse "tranquillement" guider, à suivre Margaret dans les longs couloirs de la prison, on se retrouve rapidement à tourner les pages de plus en plus vite, pour découvrir comment tout ça va se terminer, voulant dépasser Margaret... pour la prévenir peut-être ?

Les descriptions des scènes de spiritisme au cours desquelles Selina faisait apparaître son esprit-guide sont passionnantes, empreintes de cet univers fantastique et fascinant où les bourgeoises en belles robes se créaient des sensations fortes qu'elles ne connaissaient pas dans leur quotidien.

Encore un roman plein de sensations, fait de non-dits, de frôlements, de passion, de murmures, de secrets, de machinations... de perversion. Toute la psychologie féminine encore une fois décortiquée avec beaucoup de talent.

Extrait :
"Entre les barreaux il faisait noir - un noir à ce point intense, absolu, que mes yeux ne savaient par où le prendre. Je les écarquillais de plus en plus, à en avoir mal à la tête. Les cris avaient cessé, rien ne bougeait dans le cachot - lorsque soudain une figure humaine surgit de ce noir sans fond pour venir se plaquer contre les barreaux. Une figure terrible - blême et ruisselante et meurtrie, une écume sanglante aux lèvres, les yeux fous, à demi fermés, comme éblouis par la faible lueur de notre bougie."

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Les éditions

  • Affinités [Texte imprimé] Sarah Waters traduit de l'anglais par Erika Abrams
    de Waters, Sarah Abrams, Erika (Traducteur)
    10-18 / 10-18. Série Domaine étranger
    ISBN : 9782264043627 ; 1,30 € ; 13/07/2006 ; 521 p. ; poche
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Une femme vénale ?

8 étoiles

Critique de Frunny (PARIS, Inscrit le 28 décembre 2009, 57 ans) - 27 avril 2019

Sarah Waters (1966 - ) est une romancière britannique ouvertement lesbienne. Elle vit actuellement dans le quartier de Kennington à Londres.
Affinity (1999) a été publié en français sous le titre "Affinités" en 2004 et adapté au cinéma en 2008.

Margaret Prior est une demoiselle de la bonne société victorienne du XIX ième siècle. Elle mène une vie solitaire, inadaptée aux mondanités dans lesquelles baignent sa famille et ses relations. Elle est "l'anomalie" de la famille que sa mère tente de soigner.
Pour tromper l'ennui, elle décide de visiter les détenues de la prison de Millbank. Elle va y faire une rencontre bouleversante en la personne de Selina Dawes, spirite,emprisonnée pour avoir causé un décès accidentel lors d'une séance.
Des confessions anodines, des aveux plus intimes, des gestes amicaux aux caresses équivoques; une relation passionnée naît entre les 2 femmes.
Margaret est ensorcelée par cette femme qui -sans aucun doute - est son double, sa moitié.

Un roman subtil, intelligent, sensuel et... machiavélique.
Sarah Waters mystifie le lecteur, l'emmène sur un sentier tout tracé avant de bousculer ses certitudes.
Un scénario grandiose.
Comme dans son roman "L'indésirable", l'auteure met face à face Fantastique et Rationnel et les laisse en découdre.
Je vous laisse deviner qui aura le dernier mot....
Une oeuvre intelligente.


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