Un an de Jean Echenoz

Un an de Jean Echenoz

Catégorie(s) : Littérature => Policiers et thrillers

Critiqué par Micha, le 17 juin 2001 (Ath, Inscrite le 15 octobre 2001, 45 ans)
La note : 7 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 4 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (15 150ème position).
Visites : 6 423  (depuis Novembre 2007)

Pour un petite éloge de la fuite...

Victoire, l’héroïne du roman, se réveille un beau matin et découvre à ses côtés le corps sans vie de son amant.
Ne se souvenant pas des évènements de la veille et se croyant responsable de ce meurtre, elle décide de s'enfuir au plus vite...
Le décor planté, l'auteur nous emmène alors dans une course poursuite qui s'achèvera un an plus tard.
Ce roman est une sorte de remake à la française du "Fugitif". Je conseille sa découverte à toutes les personnes qui souhaitent une lecture rapide mais néanmoins écrite dans un style percutant.

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10 étoiles

Critique de Laugo2 (Paris, Inscrit le 30 octobre 2014, 57 ans) - 11 novembre 2014

Un petit bijou stylistique. Il ne faut pas plus de deux heures pour lire et dévorer ce roman d'Echenoz. Un an c'est peut-être dans l'oeuvre de Jean Echenoz un des plus ténus et minimalistes romans au niveau du scénario et un des plus forts pour faire passer la pilule... je veux dire... comment écrire sur rien ou presque une histoire de cent pages si l'on ne manie pas comme il le fait la langue et la volupté des mots? Comment écrire une histoire qui ne perd rien de sa légèreté et de son humour, quand, tout au long du roman, tout ressemble tant à une chute et une déliquescence ? Et sans avoir un thriller entre les mains, comment ne pas être happé irrésistiblement par ce road-movie franchouillard avec une envie incessante de connaître la suite et la fin ?
C'est là tout le talent de Jean Echenoz... et sans rien dévoiler de l'histoire de cette histoire sans véritable histoire, sans rien dévoiler de Victoire l'héroïne du roman, voici quelques perles de phrases repérées au fil des pages....
Dans cette histoire où l'on prend le train, (mais aussi, comme pour tout bon road-book, la voiture et le vélo), et après avoir décrit les extérieurs banlieusards sur un départ de la gare Montparnasse, voici l'intérieur d'un compartiment:
« Rien en somme sur quoi se pencher longuement sans lassitude, mais l'intérieur du train, à moitié vide en cette saison, n'apportait guère plus de spectacle. Un couple âgé, trois hommes seuls dont un masseur endormi, deux femmes seules dont une enceinte puis une équipe d'adolescentes à queues de cheval, appareils dentaires et sacs de sport, en route vers le match nul. »...
Victoire l'héroïne est une femme énigmatique et...
« Tout le temps que N. avait parlé, Victoire dans les interstices livra le moins d'informations possible sur elle-même. Non par méfiance particulière, en tout cas pas seulement, mais telle était son habitude (...)Victoire était ainsi: comme il faut bien parler quand on rencontre du monde, elle s'en sort en posant des questions. Pendant que le monde répond, elle se repose en préparant une autre question. »
Et puis, Victoire fréquente la plage et « Victoire s'installait à l'abri, loin de l'eau glacée, dépliait une serviette puis un journal et, assise sur celle-là, feuilletait celui-ci sous son walkman . » L'héroïne doit manger et « Pour se nourrir, il lui était arrivé les premiers jours d'aller dans les restaurants les moins chers, elle abandonna vite, moins pour l'argent que pour l'espace: on ne sort d'un restaurant que pour rentrer chez soi, en sortir pour ne rentrer nulle part revient à se retrouver doublement dehors. »
Pour finir, Victoire rencontre deux hommes qui l'hébergent et l'un d'entre eux se nomme Castel, l'autre Poussin: « La voix de Castel était un peu cassée, lyophilisée, sèche comme un échappement de moteur froid, quand celle de Poussin sonnait toute en rondeur et lubrifiée, ses participes glissant et patinant comme des soupapes, ses compléments d'objet dérapant dans l'huile. »

Que dire de plus de ce subtil roman ? Qu'une jolie pirouette nous attend à la dernière page (déjà!) et que c'est toute la magie d'un roman d'Echenoz que l'on referme à regret sans toutefois admirer l'écriture de son auteur qui nous laisse amusé et comme en apesanteur... Ah! Si....

Roman sur la décrépitude humaine

6 étoiles

Critique de Gregou (, Inscrit le 20 février 2013, 37 ans) - 27 avril 2013

Ce livre de Echenoz est assez spécial et plein de secrets. C'est un roman absurde, un peu dans le style de l'étranger de Camus, on ne sait pas pourquoi Victoire s'enfuit, ni ce qu'elle a fait. La fin ne nous éclaircit pas plus...Malgré tout, j'ai beaucoup aimé, Echenoz écrit de manière simple mais c'est fluide et ça se lit facilement. Ca me donne, en tout cas, l'envie d'en lire beaucoup d'autres. Sachant qu'il écrit depuis 1983, j'ai encore de quoi me faire plaisir!

Grande concision

9 étoiles

Critique de Catinus (Liège, Inscrit le 28 février 2003, 73 ans) - 28 octobre 2012

« Victoire, s’éveillant un matin de février sans rien se rappeler de la soirée puis découvrant Félix mort près d’elle dans leur lit, fit sa valise (…) «
Voila comment débute ce court roman. Est-ce dans un Maigret ou dans une dictée que Simenon pose cette question : combien de jours faut-il pour qu’un homme normal, coupé du monde moderne, devienne un être méconnaissable, en tout cas, vite marginalisé ? Sa réponse est : quatre jours. En effet, notre homme devient vite négligé (mal rasé, peu soigné, moralement déstabilisé, sentant tout doucement mauvais …). Et pour une jeune femme de vingt-six ans, combien de temps faut-il ? Un peu plus, un peu moins ?
C’est le thème de cet étonnant roman. Saluons au moins deux qualités de Jean Echenoz : la concision dans le récit et son efficacité.
Palpitant à chaque page ! A conseiller !


Extraits :

- Elle en fut reconnaissante à sa propriétaire qui, appelez-moi Noëlle, lui dessina les grands traits de sa vie. Travaillant dans une banque mais à peine pour la forme, un petit tiers de temps, vivant pour l’essentiel de ses pensions alimentaires, elle avait bien envisagé de se remarier encore mais non, c’est moi qui suis, dit-elle, ma meilleure amie. Elle n’était bien que seule avec elle-même, précisa-t-elle en regardant sa voiture offerte par son dernier mari (je ne lui ai pas dit merci, je lui ai dit tu sais bien que je ne sais pas dire merci) (…)

- Son itinéraire ne présenterait ainsi guère de cohérence, s’apparentant plutôt au trajet brisé d’une mouche enclose dans une chambre

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