Hey, Nostradamus ! de Douglas Coupland

Hey, Nostradamus ! de Douglas Coupland
( Hey, Nostradamus !)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par Aaro-Benjamin G., le 2 février 2006 (Montréal, Inscrit le 11 décembre 2003, 53 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 7 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (3 234ème position).
Visites : 4 474  (depuis Novembre 2007)

God is nowhere, God is now here.

Écrivain cynique de la génération X, Coupland récidive avec un roman plus mature étalé sur quinze ans, séparé en quatre volets, chacun narré par un personnage touché de près ou de loin par une tuerie dans une école secondaire de Vancouver. Le ton est donné d’entrée en matière par Cheryl, une adolescente enceinte, qui relate d’outre-tombe les détails de la journée du massacre et ses déboires avec un groupe chrétien composé d’étudiants radicaux.

La figure centrale émerge en seconde partie. Il s’agit de Jason, son copain, un jeune homme tourmenté, d’abord célébré pour avoir tué un des assassins, ensuite accusé de complicité du crime. Ce dernier est à la dérive, complètement dépassé par les événements et perturbé par les convictions inébranlables d’un père ultra-religieux. En troisième acte, nous apprenons la disparition de Jason par la voix de sa nouvelle copine Heather. Elle sera approchée par une voyante, porteuse de messages du disparu…

Fidèle à son style moderne et éclaté, Coupland nous offre encore une fois une prose fringante, tissée de références culturelles, pour étayer une histoire aux tournants inattendus.

Les intentions de l’auteur sont assez floues et il se dégage une impression que celui-ci perd de vue la cible. Un livre sur la religion? La violence? :L’absurdité de nos sociétés? Difficile à cerner. Néanmoins, peut-être à son insu, il a pondu une étude de mœurs des plus surprenante avec des personnages infiniment humains en quête de direction. Ça se lit comme des confessions intimes, sans aucune pudeur. Un peu comme s’il s’agissait d’un miroir de nos incertitudes. Et pour cette raison, j’ai bien aimé.



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Un roman "presque" parfait!

8 étoiles

Critique de Maxrun (, Inscrit le 23 avril 2009, 43 ans) - 25 janvier 2012

Hey! Nostradamus est un roman sur une jeune adolescente naïve, un héros devenu anti-héros, sur une quadra paumée et sur un homme qui a ratait sa vie de père.

Les sujets se bousculent et nous font réagir. La narration est construite d'une manière originale, mais où l'on se sent parfois exclu, comme si l'auteur hésitait à nous confier des choses trop profondes sur ces personnages. Sans compter la fin mystérieuse et sans réponses, qui est censée nous faire réfléchir, mais qui le don de m'agacer profondément...

Cependant, Coupland perturbe, agace et montre oh! combien la société nord américaine peut se montrer cruelle.

Le potentiel du roman et les sujets abordés aussi diverses que la religion, la violence, la famille, etc. auraient pu donner un roman magnifique, Coupland se contente d'être bon, sans plus.

du grand Douglas Coupland

9 étoiles

Critique de Lonesloane (, Inscrit le 29 juillet 2011, 49 ans) - 29 juillet 2011

2003, dans un lycée quelque part au Canada, un matin ordinaire, et pourtant il y a un massacre. Trois jeunes types se déchainent à l’arme automatique sur leurs « camarades » de classe pour on ne sait quelles raisons obscures. Il seront nombreux à mourir, Cheryl Anway fera partie des jeunes gens mortellement touchés.

A ce moment du récit, on pourrait légitimement commencer à se dire : « et paf, c’est reparti pour une énième histoire de massacre à l’américaine avec pour toile de fond le mal-être d’une jeunesse désabusée ». Eh bien oui, il y a un peu de ça, mais Douglas Coupland, plutôt que de plonger dans une sorte de sentimentalisme désuet, nous offre ici un petit bijou dont lui seul a le secret.

Quatre points de vue, quatre ressentis, quatre visions du monde très différentes. Cheryl, elle va mourir, elle le sait, pourtant elle fait calmement le point sur sa vie. Jason, dix ans après, il était secrètement marié à Cheryl et reste dévasté. Heather, la femme de Jason. Reg, le père de Cheryl, inébranlable dans sa foi religieuse.

On est balancé comme des pantins d’un protagoniste à l’autre durant tout le récit, l’auteur nous permettant d’entrer dans l’intimité la plus profonde de chacun d’entre eux, c’est réellement troublant. Au bout du compte, on ressort bouleversé de cette lecture, il me semble qu’elle a le pouvoir de nous emmener au plus profond de nous-mêmes, dans des régions qui nous semblaient jusque là inexplorables.

« Seuls les êtres humains possèdent la capacité de commettre n’importe quel péché »

6 étoiles

Critique de Débézed (Besançon, Inscrit le 10 février 2008, 75 ans) - 15 novembre 2010

« C’était un merveilleux matin d’automne », Cheryl, jeune fille de 17 ans, annonce à Jason, qu’elle a épousé en cachette, qu’elle est bien enceinte. Ils se disputent et se séparent car elle doit se rendre à la cafétéria où ses amies l’attendent mais brusquement trois jeunes étudiants, armés jusqu’aux dents, surgissent dans le restaurant et massacrent une bonne partie des élèves présents. Cheryl est la dernière victime, elle meurt dans les bras de Jason qui a tué l’un des assaillants pour mettre fin à la tuerie.

Et, Coupland fait raconter cette tuerie, ce qui l’a précédée et peut-être provoquée, ce qui l’a suivie et qui marquera les survivants à jamais, par quatre voix différentes :

- Cheryl, la dernière à être assassinée qui « maintenant, … flotte dans l’obscurité paisible, attendant de partir pour le prochain endroit, … sans doute dans un lieu différent de celui où ira m(s)a famille ». Elle raconte le massacre vu par une victime, sa vie de jeune fille amoureuse, sa conversion, son cheminement vers la foi, ses doutes maintenant que Dieu semble l’avoir abandonné, « … pourquoi rends-tu si difficile de croire en toi ? »

- Jason qui est arrivé trop tard pour sauver son amour et qui est ensuite accusé de faire partie des agresseurs car il était le premier sur la scène de la tuerie. Jason qui doit aussi subir les foudres de son père intégriste qui lui reproche d’avoir tué un être humain en éliminant le dernier des assassins. Il écrit une longue lettre à ses neveux, les fils que son frère, décédé accidentellement dix ans après la tuerie, n’a pas eu le temps de connaître, pour leur raconter sa version des faits, prouver son innocence, énumérer les blessures et les stigmates qui ont perturbé sa vie et d’autres choses encore qui modifieront l’avenir de ces enfants.

- Heather, la femme qui a essayé de reconstruire la vie de Jason en échappant à sa propre solitude mais que celle-ci rattrape quand Jason disparait sans laisser de traces. Elle tient un journal où elle raconte la vie après la catastrophe et l’impossibilité d’oublier et de reconstruire valablement.

- Enfin, Reg, le père intransigeant, intégriste, violent qui a bousillé l’enfance de son fils en le condamnant sans rémission à la première occasion. « Tu n’es rien, tu m’entends ? Rien. Tu n’es pas visible au regard de Dieu. Tu n’es même pas visible à celui du Diable. Tu es un zéro ». Et, qui le condamne une nouvelle fois pour avoir tué un assassin. Il apporte la conclusion à cette grande dramaturgie, pardon, rémission, persévérance ?

Coupland surfe sur la vague des livres « catastrophe » qui font fureur depuis de longues années maintenant. Il a trouvé une idée originale en faisant se succéder ses témoins qui chacun fait avancer l’histoire tout en apportant des éléments de réflexions personnels dans le discours, chacun à sa façon, récit, lettre, journal, confession. Mais, si l’idée est bonne, la réalisation l’est moins et la barque du récit est bien chargée, trop certainement, certaines digressions n’apportent rien au récit et ne contribuent en rien en la crédibilité de cette histoire qui pourtant semble se vouloir très actuelle, proche des faits divers qui inondent la presse à sensation. Et, l’écriture même ne m’a pas semblé toujours à la hauteur d’un bon roman mais on peut toujours invoquer le traducteur comme auteur de la version soumise à notre lecture.

Et pourtant, dans ce récit, il y a bien des thèmes qui sont abordés et qui mériteraient certainement d’être un peu plus approfondis : la religion, la croyance, la foi, l’intégrisme, toutes les nuances qui peuvent conduire d’un athéisme tolérant jusqu’à une religion imposée, contraignante, castratrice et source de violences inutiles. Toutes ces réflexions qui hésitent sur la frontière entre la vie et de la mort, la culpabilité et l’innocence, l’apparence et la croyance, le meurtre et le suicide, la disparition et la mort, l’ici et de l’au-delà. Tout ce qui n’est pas dit, et qui pourtant est très présent, comme les valeurs familiales qui ne sont évoquées qu’à travers leurs absences et les familles qui volent en éclat.

Un tel événement soulève évidemment de multiples questions qu’il est bien difficile de traiter dans un seul ouvrage à vocation littéraire comme celui-ci mais l’aspect commercial semble avoir occulté certaines réflexions qui auraient permis de mieux comprendre la genèse de ces massacres sauvages à répétition et tout ce qui est inhérent à la nature humaine et à son comportement en société. Comme ces jeunes regroupés au sein d’une organisation religieuse qui, « pris individuellement, … pouvaient être fréquentables mais une fois rassemblés autour d’un projet commun, … étaient capables de se conduire comme des voyous. »

« Hey, Nostradamus ! As-tu prédit qu’une fois que nous aurions trouvé la Terre Promise, nous commencerions tous à nous éliminer ? »

Coupland touche au but

9 étoiles

Critique de Isidore2008 (, Inscrit le 6 septembre 2008, 55 ans) - 6 septembre 2008

Coupland écrit de plus en plus, comme si le temps lui était compté. Et plus son rythme de publication s'accélère, plus la noirceur s'installe dans son oeuvre. Hey ! Nostradamus, est un livre d'une accablante noirceur, non dans la forme -somme toute traditionnelle-, mais dans le fond. On a le sentiment profond, surtout après la lecture de son précédent opus "Girlfriend dans le coma", que l'espoir s'est éteint. Que tout n'est plus qu'amertume et fatalisme dans un monde perdu. Assurément un de mes plus grands chocs littéraires de ces derniers mois.

Des vies sacrifiées

8 étoiles

Critique de Féline (Binche, Inscrite le 27 juin 2002, 44 ans) - 25 juillet 2008

Lycée Delbrook en 1988 au Canada : trois adolescents décident de tuer un maximum de leurs condisciples à l’heure du déjeuner. Nul ne sait si Nostradamus avait prévu ce massacre, mais ce qui est sûr, c’est qu’il a changé à tout jamais la destinée de la famille de Jason Klaasen. Dans ce roman, Douglas Coupland ne s’attache pas à trouver des explications ou des motivations aux trois garçons. Si la tuerie est effectivement très présente dans le récit, c’est en tant que facteur déclencheur du déclin de la vie de Jason et de sa famille. En effet, le romancier suit le jeune homme qui a perdu sa femme, épousée dans le plus grand secret quelques semaines plus tôt à Las Vegas, sous les balles d’adolescents meurtriers et qui a mis fin au massacre, en tuant l’un d’eux. Détruit par la perte de l’amour de sa vie, Jason sera dans un premier temps considéré comme un héros avant d’être suspecté de faire partie du complot, mis en cause par son propre père, un homme que la religion a isolé des siens avant de briser sa famille.

Le roman se présente sous la forme originale d’un récit à quatre voix. Le premier chapitre raconte le massacre par la voix de Cheryl, femme de Jason, enceinte, et qui périra dans la fusillade. Le deuxième est écrit, 11 ans plus tard, par Jason, sous la forme d’une lettre qu’il adresse à ses deux neveux. La troisième partie est racontée par Heather en 2002. Heather est la compagne de Jason, celle qui essaie de panser ses plaies. Enfin, le roman se clôt sur l’intervention de Reg, le père de Jason. Ce qui permet à l’auteur de fermer la boucle, car finalement beaucoup de choses se sont produites à cause de lui et son fanatisme religieux.

La première partie, celle narrée par Cheryl, m’a parue un peu fastidieuse. Sans doute, le ton employé par la jeune fille, qui m’a moins convaincu. Et surtout, les nombreuses prières adressées à Dieu, qui entrecoupent son récit, sans que j’aie pu déterminer si elles émanaient de la jeune fille ou de proches des disparus. D’ailleurs, j’ai assez rapidement cessé de me poser la question, en espérant que tout le roman ne soit pas aussi pénible. Heureusement, dès que la deuxième partie débute et que Jason prend la parole, les choses changent du tout au tout et on est happé par son ton désabusé et meurtri. On plonge dans l’histoire de cet homme marqué par les épreuves. Le récit de Heather est tout aussi prenant, nous plongeant en plein mystère.

Dans un roman très actuel, Douglas Coupland évoque des problèmes de société qui touchent tout un chacun. La violence et la religion poussée à l’extrême en sont les deux principaux thèmes. Mais le lecteur peut rapidement cerner derrière ceux-ci l’évocation de la solitude, grand fléau de ce siècle et de toutes les souffrances qu’elle peut engendrer mais aussi de toutes les escroqueries qu’elle peut faire naître dans les esprits malveillants.

Très bon livre ... conseillé !!

9 étoiles

Critique de Moonlight666 (Villiers sur Marne, Inscrit le 22 juillet 2004, 41 ans) - 16 janvier 2008

Sur fond de drame d'un massacre tel celui de Columbine, où des jeunes élèves confondent jeux vidéos et réalité dans un formidable shoot'em-up, on retrouve l'histoire de différents protagonistes :
- Cheryl, une élève sage, religieuse, comme les autres ni plus ni moins, à peine quelques traits particuliers qui pourraient la rendre différente.
- Jason, le mari (caché aux yeux de tous) de cette fameuse Cheryl, et également celui qui a mis fin au massacre dans l'école ! On se retrouve dans sa peau, 11 ans après le massacre, avec toute sa vie qui a basculé en une journée.
- Heather, celle qui récupéra un temps ce Jason meurtri, 3 ans plus tard, et qui n'aura pas forcément un moment radieux avec lui (contrairement à ce qu'ils pouvaient penser.)
- Reg, le père de Jason, qui l'a coupé dans tous ses élans de vie via ses thèses religieuses extrémistes. Ou comment façonner la religion suivant ce que l'on a envie d'en faire !
Ces 4 personnages parleront de leur vie, chacun dans un chapitre plus ou moins long, et on vivra leurs impressions et ressentis.

Ce livre est très intéressant car basé sur plusieurs étapes de la vie de personnes, chacune en interaction plus ou moins directe avec l'autre.
On voit que la vie peut basculer d'un moment à un autre, certaines questions existentielles sont posées, et les réponses pas forcément apportées, mais amènent tout un chacun à réfléchir à la manière dont il aurait pu réagir en pareilles circonstances.

On rentre dans l'intimité des narrateurs, et c'est le côté intéressant du livre, car on s'attache aux personnages, et c'est un grand regret que de terminer ce livre, on en voudrait plus encore.
C'est également une critique sociale de la part de l'auteur, concernant la religion, l'American Way of Life, et tout ce que l'on peut penser des Américains.
Tout ceci est remis en cause, car on vit parmi des personnes qui se démerdent comme ils peuvent dans leur vie avec leur dose de culpabilité et de sentiments sur le dos.
Il ne faut pas lire ce bouquin si on attend de l'action à chaque page, cependant je le conseille vivement à tous les curieux.

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