Angelepaoli 26/07/2004 @ 15:30:24
J'ai tout récemment lu la notule (« Esthète de lard ») du Nouvel Observateur (8 juillet 2004, http://nouvelobs.com/articles/p2070/…) consacrée à De Immundo de Jean Clair. Une occasion pour se replonger dans cet ouvrage qui, décidément, suscite bien des sifflets et quolibets de basse graisse dans la presse « bobo » prétendument éclairée ! Une opportunité aussi pour relire l’article intitulé « Du stercoraire dans l’art », du même Jean Clair (http://psyfontevraud.free.fr/2003/clair.htm.), prolégomènes où l’image vient, en « donnant à voir », fonder et renforcer le propos de l’auteur.

En l’occurrence, voir « clair » n’est pas chose aisée ni transparente, d’autant plus que, à n’en pas douter, l’art d’aujourd’hui est, à l’image de nos sociétés, un sombre reflet de leur malaise et de nos propres errements et compromissions. Dans son essai, Jean Clair, grand iconoclaste devant ses pairs, retrace le cheminement de l’art dans le rapport quasi symbiotique qu’il entretient avec le sacré, y compris dans sa tentation de rupture avec lui. Ou de détournement. L’auteur étaye son analyse par des exemples précis, mais aussi scrupuleusement chronologisés. Selon Jean Clair, l’art de la post-modernité se complaît dans la décomposition permanente du corps qui ne peut trouver d’autres moyens d’expression que dans l’exaltation du coprophilique, des débauches excrémentielles, des scarifications et des mutilations. Il n’est qu’à consulter le site référencé ci-dessus pour s’en convaincre. L’horreur s’y exhibe dans toute sa noirceur nauséabonde. Certains autoportraits d’Alice Orlan, praticienne de « l’art charnel », les corps nus du cachéxique David Nebreda (pour ne prendre que ces deux exemples) font abominablement et épouvantablement frémir. Les draps maculés de sperme de la même Orlan, le visage embrené d’une matière fétide du même Nebreda conduisent le spectateur au bord de la répulsion et de l’émétique, là où jadis, dans son rapport à l’art, celui-ci l’était avec le goût, l’équilibre des formes (disons « le refus de l’hybris », telle que dénoncée par les Anciens) et la ritualisation, même profanatoire.

Mais Jean Clair ne se contente pas, comme d’aucuns se plaisent à le dire, de fustiger l’art contemporain dans une vague querelle d’« Anciens » contre « Modernes ». Les analyses de Jean Clair, cette « doublure française de George Steiner » [sic, notez le côté tendancieux de la formule], rejoignent très précisément celles de Hannah Arendt dans "Les Origines du totalitarisme" ou de Giorgio Agamben dans "Homo sacer" quand celui-ci démontre que c’est la fascination pour les violences sado-masochistes qui a servi de terreau aux Actionnistes viennois et à leur goût démesuré pour le sang et les humeurs corporelles. A leur goût pour « l’Immonde ». L’apothéose de la matière excrémentielle dans l’Art suscite de vraies interrogations qui ne peuvent ni être abordées, ni résolues d’un revers de formule douteux. Et réduire, sans démonstration aucune, l’ouvrage de Jean Clair à un tissu de références étymologiques, par ailleurs passionnantes et justes (voir par exemple page 130 le rapprochement désir/désastre) ou « pseudo-psychanalytiques », c’est non seulement superficiel et creux, c’est aussi diffamatoire et faux. Et affligeant d’inculture ! Démonstration est faite que la pensée n’a plus bonne presse. Le prêt-à-penser, lui, se porte bien. Tout compte fait, je préfère encore les propos d’un Patrick Le Lay, qui, dans ses récentes déclarations à la presse, a au moins le mérite d’afficher haut et clair la couleur (« le métier de TF1 c'est par exemple d'aider Coca-Cola à vendre son produit », ce qui suppose une lobotomisation préalable du téléspectateur : « Pour qu'un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible"). Tandis que notre journaliste du Nouvel Observateur a non seulement pour lui sa bonne conscience, mais il dupe son lectorat en l’incitant subrepticement à le suivre sur l'itinéraire de sa non-pensée. Au nom de quelle éthique révolutionnaire cachée ?

Sibylline 26/07/2004 @ 18:47:29
Je déjà pas comprendre le titre

Sibylline 26/07/2004 @ 18:54:19
Excuse moi. Je retire ce que je viens d'écrire. Je n'aurais pas dû plaisanter avec ça.

Saule

avatar 26/07/2004 @ 20:36:18
A priori cela me paraissait assez abscons aussi, mais donne-toi la peine de lire la critique, la remarque du forum et le deuxième site (le premier ne marche plus) : c’est stupéfiant. Je suis content de ne pas être d’avant-garde dans le domaine de l’art.

J’ai appris entre autre qu’on payait très cher pour avoir de la « Merda d’artista » en boite (c'est-à-dire qu’un peintre d’avant-garde a mis ses excréments en boites numérotées… et ça se vend !) : édifiant non ?

Sahkti
avatar 26/07/2004 @ 21:07:27
Etant donné que c'est un débat que j'avais initié ailleurs et auquel Angèlepaoli avait apporté cette longue réponse intéressante, je me permets de recopier intégralement le texte de l'article du Nouvel Observateur du 8 juillet dernier, signé, Thomas Regnier, auquel le lien défectueux fait référence, afin que l'information soit complète:

"«Elle tombe, elle s’étale. Ou bien elle s’enroule pesamment sur elle-même, comme un serpent (…) Comment penser la merde?», s’interroge gravement Jean Clair. Il y a un an à peine, le directeur du musée Picasso avait déjà sonné la charge contre le mouvement surréaliste qu’il associait, pour rire, aux tables tournantes, et plus sérieusement, au totalitarisme. Dans «De Immundo» (Galilée, 21euros), il stigmatise, à grands renforts de remarques étymologiques, d’élucubrations idéologiques et d’outillage psy mal digéré, la supposée obsession scatologique d’un art contemporain accusé d’infantilisme et de régression au stade anal. Vous avez dit «art contemporain»? A cette notion suspecte, l’essayiste préfère celle de non-art d’aujourd’hui. Question de terminologie! N’allez surtout pas traiter Jean Clair de réactionnaire: il le prendrait comme un compliment. Recon-naissons au moins un mérite à la doublure française de George Steiner: celui de ne pas cacher son jeu, de le cracher plutôt."

Saule

avatar 26/07/2004 @ 21:23:37
Etant donné que c'est un débat que j'avais initié ailleurs et auquel Angèlepaoli avait apporté cette longue réponse intéressante...

Où ?
J'aime beaucoup la définition du métier de TF1 dans l'intervention de Angèlepaoli.

Sahkti
avatar 26/07/2004 @ 21:36:24
A propos de la phrase du responsable de TF1, je ne résiste pas à vous livrer quelques extraits de la chronique de François Reynaert pour le Nouvel Obs de cette semaine, publiée sous le titre "La méningée de moins de 50 ans":

"C’est entendu, toute la moelle substantifique, si j’ose écrire, de cette merveille ne se goûte pas d’emblée. A la première lecture, ces métaphores sont surtout à gerber. Le Coca est déjà sirupeux, lui ajouter l’idée d’arroser des cervelles de première chaîne, c’est à lever le cœur. Jusqu’alors, à la télé, on vendait de la part de marché, ça faisait Rungis, maintenant on vend de la part de cerveau, ça fait triperie.
Je conçois par ailleurs que, lue hâtivement, la démonstration de M. Le Lay puisse choquer ceux qu’elle met en cause avec autant de mépris. Je parle évidemment des annonceurs, en particulier l’entreprise Coca-Cola. Je serais eux, je lui enverrais mes avocats. Cette firme dépense depuis des décennies des milliards pour inonder la planète avec des publicités qui figurent parmi les plus abruties du monde. S’entendre dire qu’elles ont besoin en plus de l’environnement d’on ne sait quelle «Marjolaine et les millionnaires» pour que les gens en goûtent toute la nouillerie, ça tient de la diffamation. Et puis, vu d’Atlanta, ces histoires de «cerveau disponible» pour avaler un soda seront très mal perçues. Vous savez à quel point les Américains sont chatouilleux avec les modes d’emploi un tant soit peu ambigus. Vous verrez, dans deux semaines, on aura droit au communiqué officiel rappelant aux consommateurs que, contrairement à une rumeur malsaine lancée par un Français malveillant, le Coca-Cola ne s’avale absolument pas par la tête, mais bien par la bouche. (...) Surtout, disais-je, en soi, la phrase de M. Le Lay est fabuleuse. Elle permet de tordre le cou à des bruits désagréables qu’un coup d’œil trop rapide à certains programmes de sa chaîne semblerait accréditer: il parle de «cerveau disponible», cela prouve bien qu’il pense que les gens qui regardent TF1 ont un cerveau. Pendant si longtemps, à propos de son Audimat, on parlait des ménagères de plus ou moins 50 ans. On avait mal compris, il fallait lire: les méningées. Et surtout, dans ce monde incertain qui est le nôtre, comment ne pas lui rendre un puissant, un vibrant hommage. C’est vrai, aujourd’hui, on ne sait plus, on doute sans cesse. Langue de bois, manipulation, fausse publicité, vrais mensonges et règne sans partage de l’odieuse com. M. Le Lay, lui, se distingue si magnifiquement de cet univers de faussaire. Il ne déguise ni n’enjolive. Il ne s’embête pas avec toutes ces naseries obligées de ses pairs, «quête de sens», «programmes de qualité». Il fourgue aux gens de la daube dans le seul but de leur faire avaler des pubs merdiques qui lui rapportent des fortunes. Mais lui, au moins, il l’avoue. Chapeau."

Le texte intégral:
http://nouvelobs.com/articles/p2072/…

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