Fêtes sanglantes & mauvais goût de Lester Bangs

Fêtes sanglantes & mauvais goût de Lester Bangs
( Mainlines, blood feasts and bad taste, a Lester Bangs reader)

Catégorie(s) : Arts, loisir, vie pratique => Musique

Critiqué par Numanuma, le 29 mai 2005 (Tours, Inscrit le 21 mars 2005, 49 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (37 524ème position).
Visites : 4 688  (depuis Novembre 2007)

Punk ou quoi...?

Enfin le second volume des textes de Lester Bangs!!! Enfin! Ne cherchez pas le premier volume, il est introuvable et c'est tant pis pour vous.
Les lecteurs des Inrocks et autres branle-manettes peuvent passer leur chemin, on parle de rock'n roll ici avec tout ce que cela comporte de mauvaise foi, de violence et de réflexion velue.
450 pages de fureur binaire d'une subjectivité totalement assurée et revendiquée avec pour principe de pouvoir adorer demain ce que je déteste aujourd'hui. Et inversement.
Mais au-delà de la seule affirmation de la priorité de mon goût sur celui des autres, sur la mode et les tendances, il y a des arguments, des centaines d'heures de travail d'écrivain entre le gonzo et Albert Londres pour pondre des articles parfois fleuves et jubilatoires.
Pas toujours facile dans sa forme, le style de Lester Bangs est unique, LA référence ultime, le Graal du rock critic. Ou une énorme arnaque. A chacun de voir.
Il faut posséder cet ouvrage où tous les artistes, mettez autant de guillemets que nécessaire à ce mot, se font joyeusement massacrer à coup de plume nourrie au kérosène: lire les textes sur les Stones et revendre leurs albums depuis... ranger son maquillage et sa panoplie de Bowie, arrêter de prendre Lou Reed pour le messie ou le punk pour le mode de vie ultime.
Tuez-les tous, Elvis n'en reconnaîtra aucun!

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Le curieux parfum de désuétude de Lester Bangs

7 étoiles

Critique de AmauryWatremez (Evreux, Inscrit le 3 novembre 2011, 53 ans) - 8 août 2014

Dans ce deuxième ouvrage paru chez Tristram en collection « souple » Lester Bangs évoque la contre-culture des années 70 à travers différents groupes de Rock et de Jazz, du début de la décennie jusqu'à sa mort dans les années 80, mort logique, Lester Bangs ne pouvait survivre aux années fric, comme Pacadis en France. Lester écrivait sans cesse, tapant sur sa « portative » chaque jour des milliers de signes, des phrases interminables dont il perdait parfois le fil (il n'était pas toujours bon, comme n'importe quel auteur), mais ayant cette passion de l'écriture chevillée à l'âme, au cœur, au ventre, au sexe et au cerveau. Inconsciemment aussi, comme tous ces ogres de la vie, il devait savoir qu'il avait peu de temps pour dire tout ce qu'il avait à dire, et le partager.

Ce livre a pris un curieux parfum de désuétude, il sera lu certainement par des quadragénaires nostalgiques de périodes moins cyniques et des quinquagénaires encore idéalistes, car le monde a définitivement changé et pas dans le sens de plus d'humanité, de hauteur morale ou intellectuelle, un monde où l'imbécile moyen est persuadé que les gadgets parfaitement inutiles qu'il utilise le rendent « de facto » plus intelligent, plus intéressant :

Aujourd'hui les gosses eux-mêmes ont accès à de l'ultra-violence immersive sur le Net qui n'a même plus la charge subversive qu'elle avait avant, et à tout le porno le plus abject qu'ils veulent en consultant Internet, qui n'a plus du tout la même charge transgressive. Le monde comme dans une gravure en creux que décrit Lester Bangs était plus naïf, plus candide, plus lumineux aussi. Les plus jeunes y exprimaient encore des illusions, les grandes personnes rêvaient d'un avenir meilleur pour leurs enfants, d'une société libre où l'art et la littérature auraient été accessibles à tout le monde, où l'art populaire aurait été aussi bien considéré que l'élitiste.

De nos jours, ceux-ci ne pensent plus qu'à préserver leurs z-acquis sociaux, leurs rêves étriqués et petits bourgeois afin de continuer à consommer encore un petit peu avant le « flash » final qui finira bien par arriver un jour du fait de la sottise universelle. Et les idoles des « boîtes » mythiques,égéries de couturiers scandaleux en leur temps ou de photographes « arty », se marient avec des hommes d'affaires bedonnants, des bourgeois qu'elles raillaient auparavant mais qui ont gagné en quelque sorte, ou rêvent encore à leur jeunesse enfouie dans leur « deux pièces » de banlieue.

Le rock-critique, qui publie dans « Village Voice » et « Creem », ne manque pas de lucidité, il l'écrit même à plusieurs reprises, le Rock est mort depuis longtemps et il y a peu de créativité, le peu restant étant le plus souvent récupéré à plus ou moins brève échéance par l'industrie de « l'entertainement » qui maintenant pousse le vice jusqu'à se passer complètement des velléités de création de tel ou tel artiste, le public appréciant le plus souvent d'écouter et réécouter encore les mêmes chansons, les mêmes morceaux, les mêmes scies, refusant de grandir, de mûrir, noyé dans un « complexe de Peter Pan » collectif, tout en étant soumis à l'arbitraire d'un système socio-économique particulièrement dur, engendrant un darwinisme social impitoyable parfaitement intégré et accepté par tous, à commencer par les plus jeunes certains que leur allégeance aveugle est obligatoire.

Il décrit l'envers du décor de la musique populaire, les groupes « gothiques » et « satanistes » composés de braves types qui sont pour la plupart des sortes de « working class hero » restant finalement très moraux, entre autres dans le chapitre sur « Black Sabbath », Ozzie Osbourne n'est pas Anton LaVey qui était lui-même un gros malin flairant les naïfs et les crédules en jouant les satanistes de fête foraine, les icônes sulfureuses comme les « Stones » finissant par resservir après Altamont toujours la même tambouille vaguement sexuelle pour vendre aux naïfs, prétextant qu'un public trié sur le volet, donc payant plus cher, appréciera mieux leur musique, les « punks » qui finissent toujours par rentrer dans le rang, certains finissant jurés dans les émissions de téléréalité avec alibi artistique, pour le pognon. Le tout reste du divertissement, du « Show Business » plus ou moins faisandé.

Il se pose aussi la question de ce qui est ou non de bon goût, s'il en existe un mauvais et s'il n'y a pas un « mauvais » mauvais goût pire que tout et un « bon » mauvais goût questionnement à l'instar de celui de John Waters dans ses films qui aime la « provoc » « tongue in cheek » avec un petit sourire en coin, assumant tranquillement d'être un « freak » infréquentable, tout comme Lester Bangs qui l'est dans un genre plus « hénaurme », totalement irrespectueux des us et coutumes imposés par les arbitres des élégances culturelles et des conventions sociales des « bonn'gens » esclaves conscients et volontaires par peur de sortir du troupeau consumériste.

Le livre est aussi une forme d'autofiction où Lester Bangs se raconte et décrit la vie d'un sale type misanthrope et asocial uniquement intéressé par ce qu'il écrit ou lit. Il n'est pas tendre avec lui, pas le moins du monde complaisant ou sombrant dans un misérabilisme pleurnichard lorsqu'il évoque ses tribulations, contrairement aux auteurs germanopratins pour qui la sortie du « périph » c'est la jungle. Si la dérision est totalement incomprise, ainsi que toute tentative de second degré, en 2014, tout ce que l'on peut dire ou écrire étant pris au pied de la lettre, que dire alors de l'auto-dérision perçue à la fois comme une pathologie de type finalement orgueilleux et narcissique, et comme une faiblesse, comme un manque de confiance en soi.

Je lis Lester Bangs en prenant des textes au hasard dans ses livres, c'est comme avoir une conversation avec un ami proche, de celles que l'on a au mitan de la nuit, quand l'alcool et la bonne chère, et l'amitié, vous aident à rester lucides et arrondir les angles d'une réalité tellement marquée par la médiocrité, la bêtise et la souffrance.

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