L'Odyssée des gènes de Évelyne Heyer

L'Odyssée des gènes de Évelyne Heyer

Catégorie(s) : Sciences humaines et exactes => Scientifiques

Critiqué par Nav33, le 6 février 2023 (Inscrit le 17 octobre 2009, 75 ans)
La note : 10 étoiles
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D'un berceau africain au monde entier , et de 7 millions d'années à aujourd'hui

Le fait récurrent qui m'a frappé à travers de la plupart des chapitres , et donc tout le long de cette odyssée c'est celui du cousinage.
Nous , les 7 milliards d'homo sapiens, sommes tous cousins et issus de multiples unions entre cousins . Le contraire serait d'ailleurs difficile , car si nous voulions avoir le privilège d'avoir chacun des lignées d'ancêtres bien à nous , il aurait fallu qu'il y ait un nombre prodigieusement supérieur d'homo sapiens il y a 70000 ans , or c'est justement l'inverse , nous n'étions que quelques milliers de chasseurs cueilleurs.

Antérieurement , ce cousinage est même intervenu déjà entre les différentes espèces du genre homo et ce à plusieurs reprises suite à des métissages entre Sapiens , Néandertalien  , Denisoviens ,..... De manière générale dans l'évolution il n'y a pas seulement un tronc , puis des branches , puis des rameaux , mais aussi des ponts entre les ramifications.

Comment on sait tout ça ?
Je récapitule quelque notions extraites de l'ouvrage (mais n'allez pas en déduire que sa lecture est aride et rébarbative , bien au contraire , c'est résumer et sans humour qui gâche le sujet)
Quand on compare les génomes de deux individus, on comptabilise le nombres de nucléotides différents entre leurs ADN .On divise ce nombre par 2 , puis par 1000 (pour 1 mutation tous les 1000 ans ). Ceci renseigne la date à laquelle le plus récent ancêtre commun aux 2 a vécu. Ainsi en se basant sur L'ADN des mitochondries , spécifique aux femmes (l'ADN des mitochondries des spermatozoïdes ne survit pas à la fécondation), l'ancêtre la plus récente de toutes les femmes actuelles aurait vécu entre 150000 et 250000 ans . Le même type de calcul donne 7 à 8 millions d'années pour l'ancêtre commun le plus récent des Sapiens et des chimpanzés.
On fait aussi parler l'ADN du chromosome Y spécifique à l'homme. Dans les métissage entre 2 populations, on peut déterminer le sens privilégiés des rencontres : Ainsi des femmes Sapiens ont eu des relations fécondes avec des Néandertaliens tandis et pas les Néandertaliennes avec les hommes Sapiens.

A travers le monde et l'histoire , les traditions patrilocales (la femme rejoint la famille de l'époux , cas le plus fréquent dans le passé au moins) ou matrilocales se retrouvent de la même façon dans les comparaisons d'ADN mitochondriales ou du chromosome Y.

Pour le reste du génome contenu dans les autres chromosomes , un encadré nous rappelle qu'un brassage entre chromosomes homologues précède la méiose . A raison d'environ 70 recombinaisons de ce type à chaque génération, on peut évaluer à combien de générations remonte l'ancêtre le plus récent commun à 2 individus.

Homo sapiens est donc sorti d'Afrique il y a 70000 ans pour se répandre sur tous les continents jusqu'en Australie , puis sur tout le continent américain via le détroit de Béring. Pour le suivre dans ses migrations jusqu'à nos jours , il ne nous a pas simplifié la tâche . Outre les métissages en cours de route , il nous a brouillé les pistes avec des migrations successives à travers l' Eurasie d'ouest en est puis d'est en ouest etc.
C'est pourquoi l'Asie centrale a offert à Evelyne Heyer et ses équipes un magnifique terrain d'étude pour démêler toute cette histoire en compagnie notamment de linguistes et d'ethnologues . Elle a dû aussi recourir à beaucoup de diplomatie , avec les différentes strates administratives des ex républiques de l'URSS , et même être peu discrètement filée par des agents du FSB. Elle s'est surtout attachée à nouer des bons contacts avec les populations rencontrées parmi lesquelles elle recueillait sang et salive tout en expliquant le but de ses recherches.

Elle s'est particulièrement attachée à décrire les comparaisons entre apports culturels , et notamment linguistiques d'une part , et apports génétiques d'autre part , entre deux populations.

Un des derniers chapitres concerne la généalogie. Une notion intéressante parmi d'autres : quand on remonte suffisamment loin dans sa généalogie , il peut y avoir des ancêtres avec lesquels on n'a pas de lien génétique. En effet à chaque génération on reçoit la moitié des gènes de ses deux parents . Au bout de n générations, un ancêtre généalogique a potentiellement perdu 2n gènes.

Enfin les enquêtes policières sur les affaires classées ont permis de remonter au coupable à partir des traces ADN laissées sur la scène de crime , même si l'ADN du criminel n'était présent dans aucun fichier précédemment. En effet il suffit d'avoir accès aux banques de données d'ADN de 2% de la population pour identifier les cousins proches , puis par croisement de dates et de données géographiques , de le localiser grâce à une enquête classique.

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Les éditions

  • L'odyssée des gènes [Texte imprimé] Evelyne Heyer avec la collaboration de Xavier Müller
    de Heyer, Évelyne Müller, Xavier (Collaborateur)
    Flammarion / Champs. Sciences
    ISBN : 9782080289650 ; 12,00 € ; 05/10/2022 ; 384 p. ; Poche
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