La fabrique du crétin tome 2 de Jean-Paul Brighelli

La fabrique du crétin tome 2 de Jean-Paul Brighelli

Catégorie(s) : Sciences humaines et exactes => Economie, politique, sociologie et actualités

Critiqué par Ted Martin Music, le 10 juillet 2022 (Corrèze, Inscrit(e) le 10 juillet 2022, 64 ans)
La note : 4 étoiles
Moyenne des notes : 5 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 3 étoiles (51 426ème position).
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En demi teinte : oui pour le constat, non pour l'analyse

Sous-titre : Vers l'apocalypse scolaire

Certes, d’abord un constat qu’on ne peut partager qu’à 200% tant il est indéniable à la fois sur le terrain et au vu des études Pisa, PIRLS (lecture) et Timms (maths) et pour cela, pas besoin d’avoir fait de hautes études pour s’en rendre compte. Merci donc M Brighelli de le porter à notre connaissance ou bien de nous le rappeler tout simplement.

En revanche, jamais depuis que j’achète des livres, je ne me suis autant fourvoyé sur l’intérêt certain que je pensais porter à ma lecture.
Enseignant à la retraite, j’étais resté sur un bouquin phare de mes lectures estampillées “Éducation Nationale”, “Le bonheur d’apprendre et comment on l’assassine” de François de Closets (1996).

Au-delà de la triste réalité constatée qu’il évoque à juste titre dans La Fabrication du Crétin Tome 2, Jean-Paul Brighelli est complètement binaire ! C’est noir ou c’est blanc ! Les nuances de gris, connait pas !
Alors, si on adhère forcément à l’analyse de la laïcité dépecée, la formation déplorable des “Maîtres”, l’école fracture sexuée, les programmes sans cesse allégés, les générations sacrifiées par les maths modernes entre 68 et 73 et sa grammaire structuraliste, la méthode globale d’apprentissage de la lecture toujours pratiquée et qui connait les résultats que l’on sait, le bac à deux balles…
… on ne pourra pas vraiment accepter ses coups de gueule déplacés et irrespectueux envers certains corps de métier de l’Éducation Nationale voire même certaines personnes nommées carrément insultées.
Pas plus qu’on ne pourra supporter ses amalgames entre “pédagos” et “pédagogues” malgré une tentative d’éclaircissement au début du chapitre 7. Manifestement selon lui, ou bien on est pédago ou on est un enseignant omniscient , enfin presque. Sans doute impensable pour lui d’imaginer qu’un “bon prof” puisse être un bon mélange des deux.
Et puis, mais ça, c’est mon opinion et je reconnais qu’elle est purement subjective… une incitation à la compétition avec l’Autre et non avec soi-même, ce qu’il déplore d’ailleurs en clouant au pilori les méthodes ainsi pratiquées depuis quelques années en E.P.S.
Si on ajoute ses débordements dans le chapitre 15 qu’il ne faut pas prendre au pied de la lettre bien sûr, lire à trois reprises “Il faut les PENDRE” ne dénote pas vraiment d’un esprit serein pour tenter d’améliorer la situation.
Et puis, et puis encore la façon de noter, selon lui, bien trop large. Il n’est sans doute pas au fait que nous sommes un des seuls pays à pratiquer le “cassage” de nos élèves par une notation qui met plus en exergue ce que nous ignorons plutôt que ce que nous avons acquis… Voir l’excellente étude “La Constante Macabre” d’André Antibi dont les analyses internationales ont montré les résultats désastreux que cela pouvait induire non seulement sur l’individu lui-même, mais également sur sa capacité à jouer ensuite un rôle socio-économique tant le sentiment de dévalorisation a été omniprésent tout au long de sa scolarité.

Un livre donc en demi-teinte : un grand oui pour le constat de l’Apocalypse Scolaire et un grand non pour son manque de discernement quant à l’analyse qui en est faite.

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Bis repetita

6 étoiles

Critique de Bernard2 (DAX, Inscrit le 13 mai 2004, 73 ans) - 25 juillet 2022

Second tome, paru en 2022, dix-sept années après le premier. Le constat est sans appel : loin de s’améliorer, la situation a, au contraire, continué à empirer, et sans le moindre espoir d’amélioration. À la manœuvre dans cette destruction de notre système éducatif, deux hommes, Valéry Giscard d’Estaing et Lionel Jospin.
Le premier protagoniste (Valéry Giscard d’Estaing) poursuivait deux objectifs :
- préserver l’économie du pays en retenant les immigrés maghrébins sur le territoire national,
- préserver les privilèges des familles nanties, dont les enfants n’étaient pas nécessairement les plus doués, et auxquels on devait assurer un brillant avenir au détriment des classes populaires.
(L’auteur fait d’ailleurs fort justement remarquer la concomitance des dates d’adoption de deux textes, le premier concerne le regroupement familial et l’autre la création du collège unique.)

Le second protagoniste (Lionel Jospin), pensait au nom d’idées de gauche mal maitrisées qu’il fallait mettre en place un principe d’égalité entre tous les enfants qu’ils soient de souche française ou issus de l’immigration. Or cet objectif ne pouvait être atteint que d’une seule manière, un nivellement par le bas.
Désormais, en 2022, il ne s’agit plus d’inculquer aux « apprenants » un savoir, mais de les inciter à exprimer leurs opinions, alors que n’ayant acquis aucune connaissance ils sont dans l’incapacité de penser rationnellement, d’argumenter le moindre jugement. Il suffit d’aller voir les monceaux de stupidités qui fleurissent sur les réseaux sociaux pour s’en convaincre.
En résumé, on a donc continué à apprendre à lire par la méthode globale ou semi-globale, quand on savait que la méthode syllabique réussissait beaucoup mieux. On a introduit une méthode d’apprentissage du calcul de base (les quatre opérations) totalement incompréhensible, si bien que les enfants ne savent plus compter. Pire encore, il semblerait que cette méthode ait aussi pour but d’empêcher les parents, totalement perdus, d’aider leur progéniture dans l’acquisition du savoir arithmétique. Enfin, on a supprimé l’enseignement de l’histoire géographie, remplacé par des saupoudrages d’où toute cohérence ou logique ont disparu.
Les ministres et autres responsables politiques qui se sont succédé au pouvoir ont poursuivi la démarche dans le même esprit. Et s’ils ont essayé de réagir, ils ont échoué. On connaît le résultat, la France est maintenant à la traîne en matière d’éducation, malgré les sommes astronomiques gaspillées par les divers gouvernements depuis les années 1970.
Un système d’enseignement à deux vitesses s’est donc installé en France. Or cette aberration semble être en fait à la fois voulue et entretenue. D’un côté, on a ainsi une élite, « bien » formée dans un nombre très limité d’écoles, selon des méthodes traditionnelles qui ont fait leurs preuves. De l’autre côté, on a une large majorité d’ignorants. que les entreprises, n’ayant aujourd’hui besoin que de très peu de main d’œuvre qualifiée, peuvent exploiter sans risquer grand-chose ; cette main d’œuvre n’a pas les moyens intellectuels pour réagir efficacement.
Ce second tome reprenant largement les thèses du premier, on pourra s’en dispenser. D’autant plus que pour justifier sa parution, il ajoute des digressions relativement creuses. Était-ce utile de décortiquer une fable de La Fontaine, de parler de l’Émile de Rousseau, ou de Voltaire…
On trouvera toujours des phrases choc, que chacun appréciera à sa manière :
- Le problème, outre la mauvaise volonté des enseignants qui croient au « caporalisme » dès qu’on leur suggère d’apprendre quelque chose aux enfants, réside dans une époque où chacun, parce qu’il prend de lui-même des selfies arrogants, se croit héros aussi bien que les autres – surtout s’il arrose son McDo au Coca et le rote au visage de ceux qui veulent lui enseigner l’humilité et la décence.
- Répétons-le pour être clair : la France a besoin de l’islam comme un poisson d’une bicyclette.
Si le problème de l’islam est abordé, ce n’est pas dans l’unique but de provoquer, mais pour mettre le doigt sur un problème grave : la laïcité, principe de base d’un enseignement républicain, est bafouée, cédant la place à des comportements extrêmes, niant les fondamentaux du savoir et rejetant les connaissances scientifiques élémentaires. Au nom de la liberté d’expression, on a tué la liberté de penser juste. On le voit, l’effondrement intellectuel ne peut que continuer. Pour le plus grand profit des classes favorisées.

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