Ténébreuse - Tome 1 de Hubert (Scénario), Vincent Mallié (Dessin)

Catégorie(s) : Bande dessinée => Légende, contes et histoire

Critiqué par Blue Boy, le 24 juin 2022 (Saint-Denis, Inscrit le 28 janvier 2008, - ans)
La note : 8 étoiles
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L'histoire d'une princesse maléfique au cœur pur

Quand il n’a pas de contrat pour remplir sa bourse, Arzhur, ancien chevalier devenu mercenaire, ne trouve rien de mieux pour tuer le temps que de passer ses soirées dans des tavernes où il s’abandonne à l’alcool et à la bagarre… Jusqu’au jour où il croise trois mystérieuses vieilles femmes qui lui proposent un marché : libérer la princesse Islen prisonnière d’un château en ruine pour la ramener vers son père, en échange de quoi il recevra gloire et fortune. S’il réussit à délivrer Islen, il ne s’attendait pas à provoquer la colère de la jeune femme qui ne demandait rien…

Depuis qu’il nous a quitté, Hubert a publié plusieurs ouvrages posthumes, et non des moindres : « Peau d’homme » avec Zanzim, multi-récompensé notamment avec le Fauve d’or 2021, « Joe la pirate » avec Virginie Augustin, et dernièrement cette nouvelle série avec Vincent Mallié. Et on attend pour très bientôt la suite du « Boiseleur » avec Gaëlle Hersent. Preuve s’il en fallait, que l’homme en avait encore sous le capot. Mais la faucheuse est passée par là, beaucoup trop en avance sur l’horaire !

« Ténébreuse », comme son titre le suggère, pourrait presque nous avoir été envoyé de l’au-delà, car on en est sûr maintenant, Hubert avait décidé de défier la mort avec pour seules armes ses écrits. Il s’agit ici d’un conte, et fort logiquement noir, très noir, avec une touche d’héroïc fantasy qui pourrait évoquer « La Quête de l’Oiseau du temps », le côté maléfique en moins. Ainsi, l’auteur s’amuse à brouiller nos repères entre le bien et le mal, si bien que le lecteur finit par prendre fait et cause pour Islen, qui, à son corps défendant, a hérité de sa mère Meliren, reine déchue, d’une puissante magie noire. Des pouvoirs qui vont faire d’elle une paria, des pouvoirs qu’elle craint du fait de sa jeunesse mais qu’elle apprendra à maîtriser pour se venger de l’injustice de son père, manipulé par sa nouvelle épouse, une intrigante jalouse et hypocrite.

En apparence, le « côté obscur » semble incarné par Islen, recluse dans un château en ruine et entourée de créatures inquiétantes tout droit sorties des entrailles de la terre. De plus, le lecteur découvrira que les colères de la jeune femme provoquent l’irruption de rats ou d’araignées, suscitant l’hostilité légitime d’une population terrorisée. Le salut viendra peut-être du chevalier mercenaire Arzhur qui semble, de par son statut de paria, le seul en mesure de la comprendre et de veiller sur elle, en dehors du fait qu’il n’est pas insensible à sa beauté vénéneuse. Nous n’aurons pas la réponse dans ce premier volet, mais ces puissances occultes qui en quelque sorte retiennent Islen captive, se révèlent être la réaction fantasmagorique d’une nature blessée par la bêtise des hommes, incarnée par sa mère. A la fois chimère et prêtresse shamane, Meliven verra son idylle avec le roi Goulven se transformer en haine au fil des jours, celui-ci ne supportant plus de la voir s’absenter de longs mois en compagnie de sa fille dans sa mystérieuse demeure souterraine. Et le conflit qui s’annonce ne le rendra pas meilleur pour autant, faisant surgir en lui sa part la plus cruelle… ceci expliquant l’empathie que l’on peut ressentir pour la reine et ses sorts « maléfiques ».

On pourra admirer le travail de Vincent Mallié, qui ne sort pas des sentiers battus pour ce style de dessin mais reste clairement dans le haut du panier. On pense beaucoup à Loisel (ce n’est sans doute pas pour rien si l’auteur a participé au deuxième cycle de « La Quête »), et c’est un vrai plaisir des yeux, tant dans l’élégance du trait que dans les détails. L’auteur du « Grand Mort » possède en outre une maîtrise totale du cadrage et du mouvement, bref on ne peut être qu’émerveillé. Toutes ces qualités servent parfaitement le scénario d’Hubert, si bien construit qu’il nous donne véritablement envie de poursuivre l’aventure et de connaître la destinée qui attend Ibsen et Arzhur. Vivement la suite !

En résumé, un conte fantastique qui ne manque pas de souffle. On attend donc avec impatience la suite de ce diptyque prévue pour septembre, sans doute le dernier cadeau d’adieu de feu Hubert, qui rentrera ainsi définitivement dans la légende du neuvième art.

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