Les abeilles grises de Andreï Kourkov

Les abeilles grises de Andreï Kourkov
(graue bienen (grey bees))

Catégorie(s) : Littérature => Russe

Critiqué par Pucksimberg, le 26 mai 2022 (Toulon, Inscrit le 14 août 2011, 42 ans)
La note : 7 étoiles
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Quand le grand frère russe surveille ...

Le roman d’Andreï Kourkouv, écrivain ukrainien, sorti cette année entre en résonance avec les événements actuels. En effet, le roman se déroule en zone grise, dans un petit village où ne semblent vivre que deux hommes : Pachka et Sergueï. L’armée ukrainienne et les séparatistes prorusses se bombardent de temps à autre, ce qui a fait fuir la population de ce village, exceptés ces deux hommes, autrefois ennemis, mais amis désormais face à l’adversité. Sergueï est apiculteur et il aime ses abeilles qu’il préserve. Quelques hommes fortunés viennent profiter parfois de séances d’apithérapie en s’allongeant sur les ruches de Sergueï, ce qui aurait un effet relaxant. Un jour, il décide de partir avec ses abeilles pour leur trouver un coin au calme. Mais déambuler dans le Donbass, la Crimée ou la reste de l’Ukraine n’est pas simple car la Russie veille …

Providentiellement, ce roman paraît à un moment où l’Ukraine fait la une des médias et où l’incompréhension de l’Occident se fait sentir. De plus le roman se déroule précisément dans des zones dont on nous parle depuis des semaines à la télévision. Le roman se déroule évidemment avant l’agression de 2022, mais tout rappelle ou annonce cette triste et douloureuse actualité. Ces population essuient quelques malencontreux tirs, de nombreux contrôles se trouvent aux frontières entre les régions, les statuts de la Crimée et du Donbass ne sont pas aussi clairs que ce que les médias laissent paraître … Entrer dans ce roman répond sans doute à la curiosité du moment et à un besoin de comprendre ce qui se passe aujourd’hui par le biais de la fiction écrite par un auteur qui vit cette situation de l’intérieur.

Les romans d’Andreï Kourkov rappellent quelque peu ceux d’Arto Paasilinna. Nous suivons notre personnage dans des situations sérieuses ou burlesques parfois. Comme dans un roman picaresque, il rencontre de nombreux individus, se déplacent dans de nombreuses régions et de ces escapades naît l’intérêt du roman. L’écriture de l’auteur est simple avec quelques accents poétiques parfois. Les chapitres sont courts, ce qui donne un certain rythme dans la lecture même si le roman n’avance pas très vite. Il ne faut pas s’attendre à de multiples rebondissements. L’on suit le quotidien des ces personnages simples en prise avec des décisions politiques qui les dépassent. Il est intéressant de voir comment tous les personnages cohabitent ensemble et quels sont les rapports de force qui se sont installés dans ce contexte complexe. Franchement, cette zone est vraiment complexe comme pourrait en témoigner le statut des Tatares.

Les personnages sont touchants par leur fragilité, par leur solitude et leur besoin simple de vivre normalement. Il y a de nombreux personnages secondaires, parfois truculents, qui apportent beaucoup à ce roman. L’univers dépeint n’est pas manichéen mais reflète des territoires où il ne fait pas bon vivre depuis des années malgré l’humanité des individus.

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