La dernière interview de Eshkol Nevo

La dernière interview de Eshkol Nevo
(Harʾaywn haʾaḥarwn (Haréayon haa'haron))

Catégorie(s) : Littérature => Moyen Orient

Critiqué par Kinbote, le 6 avril 2021 (Jumet, Inscrit le 18 mars 2001, 62 ans)
La note : 9 étoiles
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Une vie d'écrivain

Un écrivain en crise (les écrivains qui se racontent sont toujours en crise) répond aux questions des internautes que lui a envoyées un webmaster. On a l’éventail complet des questions sur le sujet.

Et l’écrivain qui est quasi un double de l’auteur y répond peu ou prou, directement ou à côté, de même qu’il nous raconte une série d’anecdotes impressionnante (le livre fait près de 500 pages) non dénuées d’humour sur son existence, dans un style véloce et d’une rare justesse qui n’ennuie jamais. On y évoque aussi de nombreuses chansons, israéliennes ou anglo-saxonnes (le narrateur est fan de Bowie) et, deux fois, Jacques Brel est cité.

J’ai parfois pensé à le lisant au Roth d’Opération Shylock car il y a ce jeu sur l’identité, vite vertigineux, qu’on est en droit de se poser quand un narrateur, qui plus est écrivain, se raconte.

Dans une « vraie » interview (voir ci-dessous), Eshol NEVO indique qu’il a juste menti sur ses relations avec ses enfants, pour les préserver. D’ailleurs, dans l’ouvrage, les enfants du livre souffrent du statut d’écrivain de leur père. Comme son épouse d’ailleurs.

Le narrateur est en crise, donc, car il souffre de dysthymie (pré-état dépressif), son couple bat de l’aile, sa fille aînée a souhaité quitter le domicile pour poursuivre ses études en pensionnat, son fils cadet ment sans arrêt et son meilleur ami est atteint d’un cancer du pancréas. Les fils de l’intrigue ainsi déposés sur la trame des questions, il ne reste plus à Nevo qu’à les dérouler jusqu’à la fin, cette fin dont le narrateur écrit, en réponse à une question qui lui est posée, qu’elle est importante car elle donne la signification de l’ensemble.

Pour la petite histoire, Nanni Moretti a adapté son roman Trois étages qui devrait sortir en 2021.
Nevo est considéré comme un des plus grands écrivains israéliens de sa génération, qui a d’ailleurs obtenu l’adoubement d’Amos Oz de son vivant (« Eshkol Nevo est un conteur fascinant qui offre aux lecteurs un portrait vaste et divers de la société israélienne »), entre autres, et à la lecture de cette Dernière interview, on est convaincu.

Le livre est traduit de l’hébreu par Jean-Luc Allouche.

UN EXTRAIT (La question qui ouvre le livre)

Vous avez toujours voulu être écrivain?

Non. Mais à un moment de mon adolescence, j’ai compris que mes fantasmes onanistes étaient plus élaborés que ceux de mes amis proches. Chez eux, c’était aussi fonctionnel qu’une photo d’identité. Chez moi, il y avait des obstacles, des conflits, des protagonistes plus complexes. Je devais croire à mes fantasmes pour qu’ils m’excitent. Aussi je les peaufinais dans le moindre détail. Je me souviens d’une certaine nuit dans la cave de Hagaï Carméli, à Ramot : quatre bons copains dormaient dans leurs sacs de couchage, et chacun décrivait son fantasme. Je fus le dernier à parler et, avant même que je finisse, tous s’étaient endormis sauf Ari qui, avant de remonter la glissière de son sac, avait lâché d’une voix ensommeillée: » Mon pote, j’ai l’impression qu’un jour tu seras écrivain. Mais tu dois d’abord apprendre à faire court. »

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