Prospérité, puissance et pauvreté de Daron Acemoglu, James Robinson

Prospérité, puissance et pauvreté de Daron Acemoglu, James Robinson
(Why Nations fail : The Origins of Power, Prosperity and Powerty)

Catégorie(s) : Sciences humaines et exactes => Economie, politique, sociologie et actualités , Sciences humaines et exactes => Histoire

Critiqué par Colen8, le 25 août 2016 (Inscrite le 9 décembre 2014, 82 ans)
La note : 8 étoiles
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Liberté, égalité, stabilité, justice, maîtres-mots de la prospérité

Economie et politique constituent les deux dimensions conjuguées de cette théorie fascinante par sa clarté, sa simplicité, son universalité. Depuis la préhistoire durant des millénaires, barbarie, cruauté, asservissement, pillage ont été le lot commun des grandes civilisations, des empires marqués par la domination de quelques-uns sur le plus grand nombre. Ailleurs ont perduré des structures instables de nature tribales, claniques, familiales, féodales survivant sous n’importe quel prétexte par la multiplication des conflits, des guerres, des invasions. Développée par un économiste enseignant au MIT et un professeur de sciences politiques de l’université de Chicago, c’est l’histoire mondiale vue sous l’angle géopolitique qui se lit comme une succession de récits d’aventures survenues en tous lieux et en tous temps. Deux modèles définissent chacune de ces dimensions avec à une extrémité les institutions dites « inclusives » ouvertes à tous génératrices d’une prospérité à long terme, à l’autre celles dites « extractives » caractérisées par l’accaparement des richesses au seul profit d’un pouvoir absolu ou d’une minorité puissante.
Le modèle inclusif, celui dont s’est dotée l’Angleterre la première, a vite essaimé dans ses anciennes colonies de peuplement. Plus tard il s’est également diffusé à des degrés divers en Europe de l’Ouest dans le sillage des guerres napoléoniennes porteuses des idées de la Révolution Française. Il implique un contexte centralisé de maintien de l’ordre, le pluralisme politique prenant appui sur une large base, la prééminence du droit, la liberté de la presse, l’ouverture aux idées nouvelles, le crédit accordé aux initiatives individuelles, l’adoption précoce des innovations. A l’opposé le modèle extractif est celui qui a quasiment prévalu jusqu’à l’avènement de la démocratie moderne. Il se traduit par un pouvoir autoritaire, une économie très encadrée, des privilèges réservés à une élite, le recours massif à l’esclavage remplacé ensuite par une main-d’œuvre aussi peu éduquée que rémunérée. Même instable dans son essence, il peut se perpétuer des siècles durant comme le démontre l’histoire contemporaine de tous ces pays en Asie, en Afrique, en Amérique Latine après leur émancipation de l’Union Soviétique pour les uns, de la colonisation pour les autres. Révolutions, coups d’états, guerres civiles se succèdent sans changement notable, une nouvelle faction se mettant à la place de la précédente pour en tirer les mêmes avantages à son tour.
Ces modèles proposés sont relatifs sans être ni déterministes ni prédictifs. Tout comme ils se déplacent le long de chacune de leurs dimensions, ils peuvent aussi basculer de l’une à l’autre volontairement ou en raison d’événements contingents. Sous des conditions critiques les institutions inclusives enclenchent un cercle vertueux lent mais progressif et auto-entretenu. L’Angleterre après sa victoire navale sur la Grande Armada qui lui a ouvert la route du commerce atlantique puis la Glorieuse Révolution (1688) en représente l’archétype. Elle a pu offrir des institutions durables assurant les fonctions régaliennes d’ordre, de justice (plus tard de santé publique, d’éducation), assises sur un pouvoir partagé et contrôlé. La confiance ainsi créée avec la garantie du droit de propriété, la liberté d’entreprendre (la main invisible d’Adam Smith), l’ouverture aux progrès technologiques (la destruction créatrice selon Joseph Schumpeter) est à l’origine de sa révolution industrielle qui a transformé en plusieurs siècles un royaume moyen excentré d’Europe en ce puissant empire britannique du XIXème siècle.
Les auteurs restent sceptiques à l’égard de la théorie dite de la modernisation (Lipset). Ils considèrent inopérantes les grilles d’analyses avancées par d’autres, telles les conditions climatiques et géographiques (Jared Diamond), les traditions culturelles (religion, éthique, valeurs d’après Max Weber), l’ignorance des élites dirigeantes… (FMI). Leur théorie attribue à ses modèles appliqués diversement selon les cas la croissance et la prospérité en Occident à partir de la révolution industrielle, qui a précédé celle du Japon, de la Corée du Sud, de quelques autres depuis 1945, plus récemment celle du Brésil. La croissance chinoise vertigineuse étant toujours sous modèle principalement extractif depuis 30 ans ne leur apparait pas tenable sans des institutions politiques versant vers le modèle inclusif. Un bémol toutefois : la théorie ne dit rien sur les conséquences du changement climatique, de la raréfaction de la biodiversité, de l’épuisement des ressources.

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