La marche des ombres : Réflexions sur les enjeux de la migration de François De Smet

La marche des ombres : Réflexions sur les enjeux de la migration de François De Smet

Catégorie(s) : Sciences humaines et exactes => Economie, politique, sociologie et actualités

Critiqué par Ori, le 31 janvier 2016 (Kraainem, Inscrit le 27 décembre 2004, 86 ans)
La note : 10 étoiles
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Problématique des flux migratoires en Belgique

Une fois achevé ce petit opus de moins de 90 pages, l’on peut se vanter d’avoir tout embrassé de l’inextricable complexité entourant la politique migratoire de notre pays.

Exemplaire, l’anecdote des 2 enfants devant une seule balançoire : « j’y étais le premier, alors je ne désire pas la partager, et encore moins te céder ma place » … D’où la réflexion de l’auteur : « De quel droit, finalement, faudrait-il se résigner à ce que les conséquences arbitraires du hasard et de la prise de possession sanctifiées par le temps tiennent lieu de légitimations éternelles ? »

Une analyse approfondie est consacrée notamment aux concepts de frontière, d’asile et de migration légale, celle-ci se répartissant en migration de travail (10%), migration étudiante (30%), migration pour motifs familiaux (40%) et migrations médicales ou humanitaires.

L’auteur (directeur du Centre fédéral Migration) souligne qu’en matière de migration, c’est aujourd’hui le plus débrouillard qui gagne (situation néo-libérale de fait !) dès lors qu’entre celui qui aura gentiment attendu sur sa terre aride que l’ambassade de Belgique accepte sa demande de séjour (migration légale) et celui qui aura tout risqué pour parvenir en Occident (migration clandestine), le second sera infiniment mieux placé, la fermeture des frontières depuis 1974 rendant quasi-impossible de migrer pour raisons professionnelles lorsque l’on est de faible formation et ressortissant d’un pays pauvre.

Quant aux migrants qui cherchent un emploi et se déplacent pour survivre ou mieux vivre, ils ne pourront hélas que ruser, soit en arguant de faux motifs d’entrée (asile, études, regroupement familial) soit en usant d’une filière d’immigration clandestine dès lors que se trouve dramatiquement inexistante une politique de migration pour cause économique, laquelle (‘immigration choisie’) permettrait de combler nos propres manques sur le marché du travail.

La renonciation à mettre en œuvre une politique migratoire pour cause économique relève d’une double frilosité électorale : à droite, l’on agite la peur de l’étranger et la crainte de non-assimilation d’immigrés arrivant massivement sur notre territoire ; à gauche, l’on estime qu’une arrivée de main d’œuvre étrangère concurrencerait injustement nos forces locales de travail au profit du patronat … encore que, en parfaite schizophrénie, cette même gauche, invoquant droits de l’homme et multi culturalité, manifeste haut et fort en faveur des immigrés clandestins une fois arrivés sur notre sol !

Poursuivant son analyse, l’auteur aborde alors la problématique des clandestins que l’Etat pourrait vouloir identifier au moyen d’une politique de rafles, ce dont il s’abstient, faisant dépendre les expulsions y relatives du seul hasard d’un contrôle policier d’identité.

Quant à l’éventuelle régularisation massive des immigrés clandestins, l’auteur en souligne l’injustice à tous égards et aborde pour terminer l’existence des Centres fermés, à ne pas confondre avec les Centres d’accueil ouverts dévolus aux demandeurs d’asile durant l’examen de leur dossier.

La petite dizaine de Centres fermés existante aujourd’hui abrite provisoirement, en vue de leur expulsion, des étrangers interceptés en zones aéroportuaires ou dont les demandes d’asile ont été rejetées. Dès lors que leur population (8.000 personnes en moyenne) ne constitue qu’une très faible fraction des illégaux circulant dans notre pays, ils sont plutôt destinés à dissuader des immigrants potentiels.

François De Smet conclut en déplorant l’absence d’une réelle politique européenne sur les migrations et qui prendrait en compte le triple intérêt des migrants, des pays d’accueil et des pays d’origine et ce, sans jamais perdre de vue que le phénomène migratoire est consubstantiel à l’histoire de l’humanité.

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